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Ressusciter le Murale de Mahmoud Darwich

May Sélim, Mercredi, 12 juin 2024

Marcel Khalifé reprend une fois de plus les vers de son ami Mahmoud Darwich, pour en faire un opéra de deux heures.

Ressusciter le Murale de Mahmoud Darwich
Marcel Khalifé à la Maison de la Philosophie, aux Emirats arabes unis.

Le mois dernier, aux Emirats arabes unis, le chanteur-compositeur et luthiste libanais Marcel Khalifé a annoncé à la Maison de la Philosophie à Al-Fujaïrah le lancement de sa nouvelle composition Le Cri de la vie. Un opéra musical qui reprend le texte de Mahmoud Darwich, Murale.

Dans ce texte paru en l’an 2000, le grand poète palestinien imagine un dialogue entre soi-même et le monde. Il y aborde la vie et la mort, la prison et la liberté, la présence et l’absence, ainsi que d’autres questions existentielles, à sa façon.

« Le cri évoqué dans l’oeuvre est celui de la vie éternelle, de la créativité de tout genre. (…) Le cri est la voix du poète et le son de la musique », a annoncé Ahmed Al-Barqawi, directeur de la Maison de la Philosophie.

Darwich dit dans Murale : « Un jour, je serai ce que je veux. Un jour, je serai oiseau et, de mon néant, Je puiserai mon existence. Chaque fois que mes ailes se consument, je me rapproche de la vérité et je renais des cendres. Je suis le dialogue des rêveurs. J’ai renoncé à mon corps et à mon âme pour accomplir mon premier voyage au sens, mais il me consuma et disparut. Je suis l’absence. Je suis le céleste Pourchassé ».

Khalifé et Darwich, deux amis de longue date, ont toujours été liés par la résistance et le militantisme, mais aussi par l’amour de la vie. Darwich a de tout temps trouvé Beyrouth comme une ville rebelle et résistante. Et Khalifé a trouvé dans les mots du célèbre poète palestinien des cris forts, entendus de par le monde, contre l’occupation, l’oppression et l’absence de la liberté.

Le musicien-compositeur a récemment souligné dans les médias : « Murale constitue pour moi un chef-d’oeuvre universel, un texte exceptionnel de Darwich, mon vieil ami. J’étais avec Darwich quand il a rédigé ce poème épique il y a 23 ans. On a même donné des soirées poétiques à Paris et à Beyrouth durant lesquelles il récitait des extraits de cette oeuvre, alors que je l’accompagnais en musique ».

La reprise du poème relève-elle du hasard ? Ceci n’est pas très sûr. Car Marcel Khalifé a toujours été attiré par les vers de Murale depuis de longues années sans jamais oser se lancer dans la composition du texte en entier.

Pendant le confinement à cause du Covid-19, l’artiste libanais était à Sidney en Australie pour passer quelques jours avec son fils. Il était forcé de prolonger son séjour à cause des restrictions du vol. Le texte de Darwich en main, il ne cessait de le lire et de le relire. La musique lui monte à la tête, et il s’est mis à transcrire ses notes.

Il a décidé de se servir de la voix de Darwich, récitant des extraits du poème, de faire fusionner l’intonation du poète dans sa musique et de composer un nouvel opéra de deux heures. Il a joué l’oeuvre en partie, pour la première fois, à la Maison de Philosophie, aux Emirats, sous le titre de « Le Cri de la vie ». Mais il aspire à la présenter comme un opéra sur les planches avec des danseurs, un orchestre, une chorale et une mise en scène.

Une note d’espoir, malgré tout

Il regrette que son ami Darwich, le poète palestinien décédé en août 2008, ne puisse entendre Murale, mis en musique.

Ce dernier a clôturé « sa tragédie poétique » par l’absence et la mort en disant : « Cette mer m’appartient. Cet air humide m’appartient. Et mon nom, quand bien même je prononcerais mal mon nom gravé sur le cercueil, mon nom m’appartient.

Mais moi, désormais plein de toutes les raisons du départ, moi,

je ne m’appartiens pas, je ne m’appartiens pas, je ne m’appartiens pas … ».

Khalifé, lui, a choisi de semer l’espoir à travers sa musique. Il prend distance par rapport à ces mots tragiques et propose une continuation musicale de dix minutes où il célèbre la vie, le rêve et l’espoir.

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