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Yousry Al-Sharkawy : Que les subventions parviennent à ceux qui en ont besoin est le plus important

Marwa Hussein , Mercredi, 05 juin 2024

3 questions à Dr Yousry Al-Sharkawy, conseiller d’investissement international et président du conseil d’administration de l’Association des hommes d’affaires égyptiens et africains.

Yousry Al-Sharkawy

Al-Ahram Hebdo : Le sytème des subventions est sujet à de nombreux déséquilibres. Comment y remédier ?

Dr Yousry Al-Sharkawy : Ceci est vrai. Prenons un exemple. Les différentes tranches de consommation d’électricité par les ménages sont subventionnées à des niveaux différents, le niveau de consommation le plus élevé est subventionné par 5 à 10 piastres par kilowatt, alors que les subventions allouées aux tranches inférieures dépassent la livre par kilowatt. Mais l’équation est compliquée lorsqu’il s’agit des subventions à l’électricité. Ainsi, nous avons de larges familles dont la consommation serait élevée, mais qui sont à revenu limité et reçoivent l’électricité à des prix élevés alors qu’au contraire, la consommation de certaines familles aisées, logées dans des quartiers huppés, est limitée vu que la famille n’est pas nombreuse et elles obtiennent plus de subventions que des familles pauvres.

Que les subventions parviennent à ceux qui en ont vraiment besoin est, à mon avis, plus important que la question de les supprimer ou de les préserver. Pour déterminer les familles qui ont le plus besoin des subventions, nous devons créer une base de données exacte. Le débat continu lié à la question des subventions tourne toujours autour de la même question : comment allouer les subventions à ceux qui en ont besoin et comment répartir les destinataires en tranches pour pouvoir redistribuer les subventions de manière plus efficace ? J’estime que cela est plus important que la baisse ou la hausse des sommes allouées aux subventions.

Il faut déterminer qui mérite d’être subventionné. Il y en a ceux qui estiment que 70 millions de personnes en Egypte ont droit aux subventions, d’autres ramènent ce chiffre à 50 millions, d’autres parlent de 18 millions. Il y en a ceux qui sont éligibles à des subventions totales, d’autres à des subventions partielles et d’autres devront recevoir encore moins de subventions, selon leurs revenus. Cela répond à la question de transformer les subventions en nature en des subventions en espèces. Il faut donc un dialogue sociétal et des législations afin de créer ces bases et donner ainsi des mécanismes de mise en oeuvre pour une juste répartition des subventions. En outre, lorsqu’on parle des subventions aux produits alimentaires, il est important de contrôler le gaspillage tout au long du processus, depuis les adjudications jusqu’au transport ou le stockage.

Pour transformer les subventions en nature en des subventions en espèces, il faut garantir que ces subventions arrivent aux ménages. Ces points doivent être sujets à un dialogue sociétal et à des ajustements législatifs pour parvenir à des solutions radicales et trouver des mécanismes de mise en oeuvre de ces solutions.

— Le gouvernement a déjà modifié le système des subventions aux produits alimentaires et au pain. Qu’en pensez-vous ?

— L’Etat a pris des étapes dans le processus de numériser le système de distribution des subventions alimentaires, mais ces expériences sont sujettes à deux variables. D’abord, le taux de change du dollar face à la livre et l’inflation. L’autre variable est de réévaluer ces expériences et d’identifier leurs inconvénients. Par exemple, le nouveau système de distribution du pain subventionné a mis fin aux queues devant les boulangeries, mais les marchands de gros de la farine continuent à vendre la farine subventionnée sur le marché noir. Il faut voir comment assurer le contrôle pour prévenir ces pratiques entreprises par certains.

— Que pensez-vous des subventions à l’énergie pour les industries ?

— Certaines industries reçoivent des subventions à l’énergie, surtout le gaz. Mais j’aimerais proposer que ces subventions soient liées à un certain nombre de critères. A titre d’exemple, le niveau des exportations, ou encore le niveau de production ou des composants locaux. Accorder des subventions aux usines qui exportent, etc.

Cela peut aussi s’appliquer aux subventions à l’énergie aux ménages, en les liant au niveau de consommation. On peut par exemple proposer une subvention aux ménages dont la consommation d’électricité ne dépasse pas un certain niveau. Cela pourrait motiver les citoyens à rationaliser leur consommation en énergie. Nous avons besoin de motiver les industries par des idées de marketing modernes et stimulantes. Et nous avons besoin que les subventions soient mieux distribuées à ceux qui en ont besoin à travers la motivation plutôt qu’à travers des mesures punitives.

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