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Amr Abdel-Ati : Les relations avec la Chine sont l’un des sujets prioritaires dans la course à la Maison Blanche

Ines Eissa , Mercredi, 01 mai 2024

Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, vient d’effectuer une visite en Chine, pays avec lequel les relations sont souvent tendues. Dr Amr Abdel-Ati, chercheur au CEPS et spécialiste des questions américaines, explique le contexte de cette visite.

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Al-Ahram Hebdo : Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, s’est rendu en Chine quelques jours après le vote d’une aide à Taïwan et d’une menace de l’interdiction de TikTok. Pourquoi ce timing et où en sont les relations sino-américaines ?

Amr Abdel-Ati : La dernière visite de Blinken s’inscrit dans un contexte plus large que les relations bilatérales. L’Administration démocrate exploite actuellement les relations avec la Chine pour des raisons essentiellement électorales. Cette visite a été précédée d’une visite de la ministre américaine du Trésor ; de même, Blinken avait effectué une visite à Pékin au mois de juin dernier. A cet égard, les relations avec la Chine sont l’un des sujets prioritaires dans la course à la Maison Blanche. Il est bien clair que les républicains prônent traditionnellement une politique plus dure à l’encontre de la Chine soit au niveau politique ou au niveau des relations commerciales. Alors que les démocrates adoptent une ligne politique basée sur la gestion des divergences par le dialogue. Bien que les démocrates et les républicains s’accordent sur les mêmes objectifs vis-à-vis de la Chine, le choix entre les moyens de les atteindre influence le vote des électeurs.

— Outre les sujets de friction bilatéraux habituels, Washington accuse la Chine d’alimenter indirectement le conflit en Ukraine en armant la Russie. La Chine est-elle prête à faire des concessions à ce sujet ?

— Effectivement, la Chine a renforcé sa coopération avec la Russie depuis les débuts de la guerre en Ukraine dans le but de compenser les effets des sanctions imposées à l’encontre de Moscou par les Etats-Unis et l’Europe. Washington accuse Pékin de contribuer indirectement à la continuation de la guerre en Ukraine par son soutien économique et commercial apporté à la Russie, surtout par ses exportations des biens et produits à double usage. A mon avis, les relations sino-russes reposent sur une vision convergente du système politique international mené par une volonté américaine et européenne d’hégémonie. Par conséquent, le rapprochement entre les deux pays serait loin d’être affecté par les pressions de l’Administration américaine à cette phase. En d’autres termes, les relations entre les deux parties seraient d’une nature stratégique difficile à influencer par de simples mouvements diplomatiques américains.

— Il semble clair que Washington veut faire pression sur Pékin tout en préservant la stabilité. Qu’en est-il de la volonté de Pékin ? Et qu’en est-il du bras de fer économique ?

— Depuis quelques années, la doctrine américaine au niveau international est basée sur la nécessité de partager le coût et la responsabilité d’affronter les menaces majeures avec les grandes puissances du monde. Des problèmes comme le Covid et le réchauffement climatique ont prouvé sans aucun doute la validité de cette doctrine. Dans ce contexte, les Etats-Unis mènent une politique ayant pour objectif d’engager les grandes puissances comme l’Europe et surtout la Chine dans les efforts mondiaux d’affronter les défis de nature globale. Par conséquent, envers la Chine, l’Administration américaine, surtout les démocrates, viserait à ne pas mettre un niveau de pression qui pousserait Pékin à se désengager. Dans le bras de fer économique et commercial, Washington et Pékin ont un intérêt majeur à gérer leur conflit et à contenir leur concurrence. Ce qu’ils ont réussi à faire tout au long des dernières années.

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