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L’eau en Afrique, enjeux et risques

Amira Samir , Mercredi, 03 avril 2024

Alors que la question de l’eau est étroitement liée à la paix sociale et au développement économique, l’Afrique est confrontée à des niveaux dangereux de stress hydrique. Focus.

L’eau en Afrique, enjeux et risques

76 % de la population n’a toujours pas accès à un approvisionnement en eau potable dans certaines régions d’Afrique. Un tiers des Africains vivent dans des environnements où l’eau est rare, selon les Nations-Unies. Des chiffres alarmants alors que le monde a célébré le 22 mars la Journée mondiale de l’eau, qui se concentre sur le thème « L’eau pour la paix », mettant en exergue le rôle crucial de l’eau dans la consolidation de la paix mondiale.  

La célébration de la Journée mondiale de l’eau, cette année, intervient dans un contexte marqué par le stress hydrique exacerbé par les vagues de chaleur en Afrique où la rareté des ressources en eau nuit à la sécurité alimentaire et à l’hygiène publique, en particulier dans la région subsaharienne, notamment au Niger, au Botswana, en Somalie et au Kenya. Les niveaux de sécurité de l’eau en Afrique sont « inacceptablement bas », selon un rapport de l’ONU.  

Les citoyens de neuf pays africains tentent de vivre avec une moyenne de moins de 10 litres (2,6 gallons) par personne et par jour, ce qui constitue une situation véritablement déprimante. Selon certaines estimations, la pauvreté en eau est pratiquement incontournable pour les citoyens qui vivent surtout en Gambie, au Djibouti, en Somalie, au Mali, au Mozambique, en Ouganda, en Tanzanie et en Erythrée.  

Les régions d’Afrique du Nord, centrale et de l’Ouest sont les plus pauvres en termes de réserves d’eau : la Libye, par exemple, dépend à 95 % des eaux souterraines, de l’eau des vallées à moins de 3 % et de l’eau dessalée à 1,4 %. Elle se classe au 15e rang mondial sur la liste des pays qui seront confrontés à une grave crise d’eau dans les années à venir. 50 % des pays d’Afrique du Nord semblent être absolument rares en matière d’eau, avec moins de 500 mètres cubes d’eau par habitant et par an. La disponibilité de l’eau a récemment diminué en Afrique occidentale, centrale et australe en raison d’une croissance de la population. « L’Afrique est l’un des continents les plus secs du monde, les deux tiers de sa superficie étant arides ou semi-arides. Le changement climatique a provoqué une augmentation des phénomènes météorologiques imprévisibles, notamment des sécheresses et des inondations. En conséquence, la qualité des eaux souterraines s’est détériorée dans de nombreuses régions », explique Amay El-Taweel, experte des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.  

Conséquences sérieuses  

L’Afrique subsaharienne est considérée comme la région la plus touchée par le problème de l’eau. 300 millions des 800 millions d’habitants de l’Afrique vivent dans des endroits isolés où l’eau est rare. Selon les résultats d’une étude présentée par les Nations- Unies sur « la rareté de l’eau en Afrique : problèmes et défis », on s’attend à ce que d’ici 2030, plus de 250 millions de personnes en Afrique vivent dans des endroits où l’eau est rare, ce qui entraînera le déplacement de 24 millions à 700 millions de personnes vers d’autres endroits ; les conditions deviendront alors de plus en plus invivables. La sécheresse des terres entraîne actuellement une perte de plus de 3 % par an du revenu national brut provenant de l’agriculture en Afrique subsaharienne.  

Toutes ces données indiquent que le problème de l’eau en Afrique est une question de vie ou de mort pour tous les Africains du Nord au Sud, car l’eau reste la bouée de sauvetage qui approvisionne les pays du continent. La hausse de la température, la fluctuation des précipitations, ainsi que l’augmentation du nombre de la population du continent et celui de bétail inciteront les habitants à se tourner vers les lacs et les rivières pour étancher leur soif. Les niveaux de ces rivières et de ces lacs continueront alors de baisser, ce qui alourdira le fardeau des pays africains et du monde et celui des organisations de la société civile travaillant dans ce domaine.  

« Le dilemme de l’eau en Afrique est bien sûr causé par le changement climatique et l’augmentation des zones de désertification. J’ai même vu de mes propres yeux le déclin de la verdure et la réduction du nombre des animaux des forêts du Zimbabwe dans une scène qui fait saigner le coeur. L’Afrique du Sud impose à ses citoyens de ne pas dépasser les 20 litres d’eau par jour, sinon ce sera la catastrophe. Les pénuries d’eau en Afrique affectent ses activités productives les plus importantes, à savoir l’agriculture qui revêt une importance centrale dans le continent, car elle représente environ 35 % de la production totale et 40 % de ses exportations, selon le plan de l’Union africaine 2013-2063. L’agriculture doit être le moteur de la croissance dans les zones rurales où vivent 70 % des pauvres », indique Amany El-Taweel.  

La question de l’eau n’est pas sans lien avec la paix sociale et le développement économique. « L’eau est un dossier très particulier. Il faut le lier aux dossiers énergétiques, de sécurité alimentaire, ainsi qu’au changement climatique. Ce dossier nécessite une coopération et une coordination politique, et non un conflit. Les défis collectifs en Afrique imposent l’innovation, notamment dans les domaines de réduction de la dépendance à l’égard des ressources en eau et de rationalisation de leur utilisation », conclut El-Taweel.

 

Des chiffres qui en disent long

— 3 personnes sur 10 n’ont pas accès aux services d’eau potable de base en Afrique.

 — 13 sur 54 pays africains ont atteint un niveau modeste de sécurité de l’eau ces dernières années.

— Plus d’un tiers des pays africains sont considérés comme ayant des niveaux de sécurité de l’eau inférieurs au seuil de 45 %. Ces pays abritent un demimilliard de personnes.

— L’Egypte, le Botswana, le Gabon, Iles Maurice et la Tunisie sont les cinq pays d’Afrique les plus sûrs en eau, mais avec seulement des niveaux de sécurité d’eau absolument modestes.

— La Somalie, le Tchad et le Niger sont les pays les moins sûrs du continent en matière d’eau.

— Au niveau sous-régional, l’accès à l’eau potable varierait de 92 % en Afrique du Nord et de 62 % en Afrique centrale.

— 40% de la population totale de l’Afrique, soit 483 millions de personnes, n’ont pas accès aux services d’assainissement. Dans la plupart des pays d’Afrique du Nord, 100 % de la population ont accès à l’assainissement. Seuls 20 % de la population du Tchad et de l’Ethiopie ont accès à l’assainissement.

— Le Rwanda et le Liberia se classent au premier rang des huit pays ayant moins de 10 % d’accès aux installations et aux pratiques d’hygiène.

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