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Atabat Al-Bahga ou le miroir d’une génération plongée dans le virtuel !

Yasser Moheb , Jeudi, 28 mars 2024

Dans la télésérie Atabat Al-Bahga (les seuils de la joie), la star Yéhia Al-Fakharani retrouve son tandem fétiche : le réalisateur Magdi Abou-Emeira et le scénariste Medhat Al-Adl. Un trio qui tente de renouer avec ses succès d’antan, malgré des équations bien différentes.

Atabat Al-Bahga ou le miroir d’une génération plongée dans le virtuel !
La relation d’Al-Ansari avec ses petits-enfants devient considérablement renforcée.

Après avoir présenté deux grands succès en 2002 et 2007 à travers les deux feuilletons Goha Al-Masri et Yétrabba fi Ezzo (qu’il vive et soit toujours en forme), le duo Yéhia Al-Fakharani et Magdi Abou-Emeira se retrouve cette année au petit écran — 17 ans après — avec le drame social Atabat Al-Bahga (les seuils de la joie), dont le niveau artistique et dramatique divise. Trois ans après sa dernière télésérie ramadanesque Naguib Zahi Zarkach, le grand comédien Yéhia Al-Fakharani revient avec cette nouvelle expérience, où il retrouve son tandem préféré : le réalisateur Magdi Abou-Emeira et l’écrivain Medhat Al-Adl.

La série suit la vie de Bahgat Al-Ansari, interprété par la grande star Yéhia Al-Fakharani, un homme à la retraite qui mène une vie plutôt tranquille suite au décès de sa femme qui l’a affecté psychologiquement. Ses enfants, toujours occupés, mènent leur vie loin de lui. Par contre, la relation d’Al-Ansari avec ses petits-enfants se renforce considérablement et c’est ce qui le pousse à fournir du contenu de divertissement sur YouTube, qu’il appelle Atabat Al-Bahga, dans lequel il aborde de manière simple, analytique et optimiste certains problèmes sociaux et familiaux assez importants et alarmants.

Il se sert alors de la haute technologie et du cyber monde pour donner ses conseils aux jeunes et aux parents sans plonger dans cet espace virtuel comme les millions d’internautes partout dans le monde. « Mieux vaut se tenir sur les seuils de la joie que d’entrer dans la joie elle-même ». Telle est l’une des importantes citations du roman Seuils de la joie du grand romancier Ibrahim Abdel-Méguid, qui concrétise et explique cette philosophie du héros.

Le feuilleton démarre sous forme d’événements renfermant des faits actuels dans la société égyptienne contemporaine, à travers lesquels le téléspectateur fait la connaissance du héros de l’oeuvre, campé par Al-Fakharani, et de son entourage renfermant ses petits-enfants, leurs collègues et les voisins dont la vie est suivie par le héros afin d’en déchiffrer les différentes énigmes.

Conflits générationnels culturels

Au départ, le scénario réussit à nous enchanter par la description réaliste des différents personnages et de leurs conditions de vie, à travers laquelle on s’approche de chaque personnage avec un regard neuf. Mais au fil des épisodes et des événements, quelques longueurs frappant l’oeuvre et les signes d’un style de drame télévisé assez classique, voire traditionnel, signé Magdi Abou-Emeira, n’aident point à capter l’attention.

Côté fond, le doué scénariste et écrivain Medhat Al-Adl se sert — néanmoins — de sa grande verve et de son talent franchi pour peindre — en 15 épisodes seulement — les âmes humaines les plus simples comme les plus compliquées et suivre les étreintes et les accolades de la vie de ses protagonistes avec l’espace et le temps auquel ils appartiennent. Basé sur le roman éponyme du grand écrivain et romancier Ibrahim Abdel-Méguid, il fait laisser ses protagonistes défiler les coutumes ou les caractéristiques de leur temps, tantôt moderne tantôt vibrant, comme s’ils étaient ses idéogrammes ou leurs témoins à part entière.

Le script — co-signé Ahmad Al-Bouhi — est tissé de relations problématiques, parfois opposées, mais ne tombe ni dans l’accusation, ni dans la critique acerbe d’une société égyptienne qui change sans cesse. Toutefois, et avec des épisodes introductifs sur le plan de l’intrigue, l’oeuvre commence à décoller, mais assez sereinement, cependant sans chronologie thématique linéaire.

Adaptation oblige, les histoires des multiples personnages sont parfois abrégées et la notion de temps réel est mal transcrite. Beaucoup de va-et-vient d’un personnage à l’autre, sans qu’ils possèdent tous la même force, et certains sont moins bien dessinés que d’autres. Toutefois, la grande majorité des personnages jouent le miroir concave de cette période contemporaine, trop moderne et en mutation de la société égyptienne.

Un casting de toutes générations

En tête d’affiche, voici la crème de la crème de plusieurs générations d’acteurs. Du célèbre Yéhia Al-Fakharani à la jeune Hanadi Mehanna, du vétéran Salah Abdallah ou Alaa Morsi aux jeunes Khaled Chabat, Youssef Osman, Hazem Ihab, Moustafa Enaba et Ahmad Kamal Abou-Raya, et des actrices Joumana Mourad, Safaa Al-Toukhi et Sama Ibrahim aux toutes jeunes Passant Abou-Bacha et Kenzi Hilal, ils ont tous leurs espaces dramatiques sur l’écran, mais parfois — pour d’aucuns — sans grand éclat.

Les grands gagnants de cette foule de têtes sur l’affiche : Hanadi Mehanna, Khaled Chabat et Passant Abou-Bacha, puisque leur profit dépasse le fait d’avoir la chance de croiser Yéhia Al-Fakharani dans leurs carrières, mais de réussir à camper une certaine prestation différente, soit le face-à-face avec Al-Fakharani ou dans les différents événements du feuilleton. Mais reste la grande gagnante, Joumana Mourad, jouant là un rôle tout-à-fait différent, celui d’une dame modeste d’un entourage assez populaire qui, malgré un over-acting bien net dans certaines scènes, vient tout au contraire de celui de la dame assez belle, coquette ou séduisante qu’elle jouait dans presque la grande majorité des personnages de sa filmographie.

Côté forme, loin de la nouveauté et de l’attraction de l’idée générale du feuilleton, son exécution et sa présentation sur l’écran sont venues trop classiques. Connu par son intérêt aux sujets épineux, le réalisateur Magdi Abou-Emeira s’avère pourtant assez fidèle à son style visuel, presque le même dans toute sa filmographie. Un tel sujet assez moderne et dynamique pourrait être présenté autrement, mais reste le goût du style Abou-Emeira assez jouissif dramatiquement, tout à fait convenable au rythme d’interprétation assez serein d’Al-Fakharani, surtout dans un tel personnage de vieux grand-père.

Finalement, il faut le souligner : la présence de Yéhia Al-Fakharani sur l’écran, et surtout à travers le marathon des téléfeuilletons du Ramadan, reste bien avantageuse et rentable pour les producteurs et les chaînes satellites et offre un certain éclat et parfum aux drames télévisés du mois de jeûne. Une nouvelle aventure donc pour le tandem Fakharani-Abou-Emeira, qui n’est pas tant singulière et éblouissante comme de coutume. Une télésérie qui mérite d’être vue et suivie, même si elle ne nous porte pas si haut !

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