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Le mariage à l’épreuve de la première année

Chahinaz Gheith , Mercredi, 14 février 2024

La première année de mariage est une période de transition délicate, mettant à l’épreuve la solidité du couple. Focus sur cet épisode du lien conjugal, à l’occasion de la Saint-Valentin.

Le mariage à l’épreuve de la première année
La première année de mariage est une période de découvertes et d’ajustements.

Nermine a passé des mois à préparer chaque détail de sa cérémonie de mariage, à organiser des activités, à chercher des idées de décoration sur le site Pinterest et à personnaliser cette nuit de noces qu’elle voulait graver dans les mémoires. Bref, des mois de préparation pour quelques heures de fête et une vie de bonheur, voilà ce qu’elle s’était imaginé du mariage. « Il y a eu un vrai coup de blues qui s’est installé les jours qui ont suivi », confie cette jeune femme de 26 ans, mariée il y a un peu plus de six mois. A la place de la joie qu’elle s’attendait à ressentir après le mariage et loin du petit paradis dont elle avait rêvé, elle a connu une baisse de moral.

En effet, le retour à la réalité s’est fait environ deux semaines plus tard, le temps de rentrer de sa lune de miel. Nermine, qui pensait que l’amour seul suffirait, se retrouve confrontée aux aléas de la vie commune et enchaîne les disputes. « Les premiers jours ont été un tourbillon d’émotions. Les différences de routine et de style de vie ont créé des tensions. Les moments de bonheur étaient parfois éclipsés par des désaccords et nous avons découvert des aspects de nos personnalités que nous ne connaissions pas », explique cette jeune femme, tout en affirmant que ces premiers mois étaient des mois de découverte et d’adaptation. « J’ai appris à le connaître différemment, car on ne connaît une personne que lorsqu’on vit avec elle. J’ai observé ses habitudes et lui aussi. J’ai appris ses goûts culinaires. Nous avons reçu nos familles. Beaucoup de choses simples de la vie qui ont été une première à chaque fois pour nous ».

Même constat pour Ola, 32 ans, mariée depuis deux ans, et dont la déprime nuptiale s’est traduite par un sentiment d’insatisfaction. « Je n’ai jamais pleuré autant que la première année de mon mariage. Je pense que cela était dû à toutes les pressions. J’ignorais ce qu’on attendait de moi. Les différences d’opinions et les ajustements à la vie conjugale étaient difficiles. Nous avons sous-estimé l’impact du changement, tout en essayant de nous adapter à notre nouvelle vie ensemble. Car apprendre à partager l’espace et les responsabilités a été un défi constant. La première année a testé notre patience et notre capacité à trouver un terrain d’entente afin de comprendre les besoins de l’autre », souligne-t-elle. Pour Ola, les premiers mois après le mariage ont apporté leur lot de complications : des beaux-parents envahissants, des rapports tendus et des dîners familiaux trop récurrents. Autant de raisons d’avoir de mauvaises relations avec sa belle-famille, d’autant plus qu’elle a rencontré une belle-mère trop possessive. « C’est dans ces moments difficiles que j’ai décidé d’apprivoiser ma nouvelle famille en douceur, tout en montrant à ma belle-mère que je ne vole pas sa place et que les rapports entre mon mari et elle resteront les mêmes », assure-t-elle.

Apprendre à se connaître

Quant à Mostafa, il confie ne pas comprendre pourquoi les gens disent que la première année de mariage est la plus difficile. « Logiquement, elle devrait être la plus facile, car l’amour que nous portons est censé être assez fort pour surmonter les obstacles financiers et psychologiques de la préparation du mariage », lâche ce jeune homme de 29 ans qui a passé sa première année de vie de couple en confinement, lors de la pandémie du Covid-19. Une année au cours de laquelle il a vécu l’équivalent de cinq ans de disputes, de réconciliations et de compréhension mutuelle. « Nous étions en plein dans le premier pic de la pandémie. Ma mère était gravement atteinte du coronavirus. Je me sentais distant plus que jamais de ma femme qui était devenue ma seule source d’interaction. Pourtant, nous avons fini l’année plus proches que jamais, avec la conviction que nous pouvions tout traverser ensemble », raconte-t-il.

En effet, la première année de mariage est assez enchanteresse. Mais il y a toujours le revers de la médaille. Autrement dit, partager le quotidien d’une personne apporte son lot de bons et de mauvais moments. S’adapter aux habitudes de l’autre et apprendre à faire des compromis ne s’apprennent pas en un jour ! Cela demande du temps et des efforts. Car deux personnalités doivent se fondre ; il faut faire face à certaines pressions, relever des défis et expérimenter des situations nouvelles. Rien d’étonnant donc à ce que la première année soit critique et que les nouveaux mariés rencontrent certains problèmes.

Dr Ayman Abdel-Fattah, sociologue et conseiller conjugal, estime que le « wedding blues » est un phénomène répandu où certains couples ressentent une certaine mélancolie ou déprime après le jour de leur mariage. Selon lui, loin de marquer le début d’une vie commune comme ce fut le cas durant des siècles, le mariage est aujourd’hui vécu d’abord comme un aboutissement. La décoration est pensée dans les moindres détails, les lieux sont réservés de nombreux mois à l’avance. Bref, rien n’est laissé au hasard. « Une fois les noces terminées, les conjoints doivent faire face à la réalité du mariage et à la prise de responsabilités qui peuvent faire peur. Le wedding blues survient lorsque toutes les attentes se focalisent sur la fête au détriment de sa signification. C’est semblable à la déception d’après-vacances que beaucoup de gens vivent », analyse-t-il. Il ajoute que parfois, le réel n’est pas à la hauteur des attentes et le décalage est tellement immense qu’il peut provoquer une profonde déception, voire une déprime passagère.

Après avoir redoublé d’efforts et d’attentions pour séduire et se faire aimer, il arrive que l’un des conjoints perde de sa vigueur dès les premiers jours. Zeina, trentenaire, en témoigne : « Avant notre mariage, Hicham était très romantique. A chacune de nos rencontres, il m’offrait des fleurs et me couvrait de mots doux. Mais, dès le lendemain du mariage, il est devenu un autre homme. Avec le temps, j’ai compris qu’il ne faisait plus d’efforts pour me séduire parce qu’il pensait que je lui appartenais désormais ».

Un passage difficile

Cependant, l’expérience du mariage est différente pour chacun. Pour de nombreux couples, la première année est une période d’apprentissage intense, tant sur eux-mêmes que sur leur conjoint. Ils apprennent à gérer ensemble les finances, à diviser les tâches, à comprendre leurs différences, à gérer les conflits, à fixer des limites, à gérer leurs attentes, etc. Cette première année peut donc être la plus difficile, car elle est pleine de changements et d’ajustements, tandis que les deux époux s’adaptent à leurs nouveaux rôles. La façon dont ils gèrent cette période d’adaptation est cruciale pour la longévité de leur mariage.

Nombreux sont les couples qui divorcent au cours de la première année de mariage. Selon les chiffres de l’ONU, l’Egypte se classe au premier rang mondial en matière de divorce. Toutes les six minutes, un couple se sépare dans le pays : 34 % des divorces surviennent lors de la première année de mariage, 12,5 % lors de la deuxième année et le reste à partir de la troisième année.

Une étude de l’Université du Texas à Austin sur les prédicteurs de la satisfaction conjugale et les facteurs de stress révèle qu’un déclin de l’amour, de l’affection et de la réactivité, ainsi qu’une augmentation de l’ambivalence au cours des deux premières années de mariage peuvent être des indicateurs d’un divorce. Les couples qui ont divorcé au cours des deux premières années montraient des signes de désillusion et étaient négatifs les uns envers les autres dès les deux premiers mois de leur mariage. L’étude a également révélé que les jeunes mariés peuvent être plus enclins à l’insatisfaction en raison d’attentes irréalistes ou d’un décalage entre leurs rêves et la réalité du mariage. Les ajustements inattendus courants incluent les petites choses de la vie, les déceptions, les lourdes responsabilités, les rôles relationnels et le sexe.

Dr Abdel-Fattah pense que la relation de couple passe par trois étapes : fusion, désaccord et rapprochement. La relation conjugale connaissant des hauts et des bas, il est essentiel de comprendre que certaines années sont plus difficiles que d’autres. Cela peut être dû à des facteurs tels que le changement, les défis financiers, les résultats scolaires des enfants, la maladie, le stress professionnel et les petits désaccords qui peuvent s’accumuler au fil du temps.

« Le fait de comprendre les sentiments de chacun aide à ralentir la colère. L’homme, par exemple, fait souvent preuve de peu de perspicacité pour ce qui est des troubles émotifs que sa femme connaît au cours de son cycle menstruel. Il oublie qu’elle n’est pas dans son meilleur état pendant cette période et qu’elle a besoin davantage d’amour et de considération. A son tour, la femme doit aussi comprendre que son mari a des hauts et des bas, des jours bons et d’autres qui le sont moins. Une telle perspicacité peut, à elle seule, suffire à désamorcer une dispute. C’est là la clé d’une première année réussie », conclut Dr Abdel-Fattah.

Ainsi, en faisant preuve de compréhension, de patience et de soutien mutuel, les couples peuvent traverser chaque année avec succès et renforcer leur amour et leur engagement mutuel.

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