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Netanyahu dans de beaux draps

Abir Taleb , Mercredi, 24 janvier 2024

Dissensions au gouvernement, appels à des élections anticipées et colère populaire : les critiques contre Netanyahu ne cessent de prendre de l’ampleur. Mais ce dernier persiste et signe.

Netanyahu dans de beaux draps

De Tel-Aviv à Haïfa en passant par Jérusalem, des milliers d’Israéliens ont manifesté dans la soirée du samedi 20 janvier non seulement pour réclamer la libération du reste des Israéliens retenus par le Hamas, mais carrément pour demander le départ de Benyamin Netanyahu. Parallèlement à ce rassemblement, le 15e depuis le début de la guerre en cours, des membres des familles de ces personnes ont campé pour la première fois devant le domicile du premier ministre afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il fasse davantage pour ramener les leurs et mettre fin à la guerre. Pas assez pour convaincre Netanyahu, qui a rejeté dimanche dernier les conditions du Hamas pour libérer les personnes en captivité, la fin de la guerre et le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza. Des conditions « de capitulation » selon le premier ministre israélien qui n’entend en aucun cas mettre fin à la guerre.

Le premier ministre israélien est accusé par l’opposition et une partie de la population de poursuivre la guerre pour se maintenir au pouvoir. En effet, il a été inculpé il y a quatre ans pour corruption, abus de confiance et fraude dans trois affaires différentes. Ce qui peut lui coûter une éventuelle peine de prison ferme, une fois son mandat fini.

Au sein du cabinet également, des dissensions portent surtout sur le sort des otages. Le ministre israélien de la Guerre et ancien chef d’état-major, Gadi Eizenkot, a publiquement reconnu l’incapacité de l’armée à réaliser les objectifs qui ont été fixés. « Aucun résultat stratégique n’a été atteint … Nous n’avons pas démoli l’organisation Hamas », a-t-il déclaré à la chaîne de télévision israélienne Channel 12 News jeudi soir. Dans son interview, l’ancien général a dit espérer que le premier ministre ne cherchera pas à poursuivre indéfiniment le conflit, afin d’assurer sa survie politique. « Sans un accord, il est impossible de ramener les otages vivants », a également dit ce ministre qui propose de nouvelles élections législatives prochainement parce que, selon lui, les Israéliens n’ont plus confiance dans le leadership de Netanyahu. L’ancien premier ministre israélien Ehud Barak a également appelé à de nouvelles élections.

Or, si des élections avaient lieu aujourd’hui, le Likoud serait nettement battu, selon tous les sondages, par l’Unité nationale, une formation centriste dirigée par Benny Gantz, un ancien chef d’état-major qui a accepté, pour le moment, de rallier le cabinet de guerre. Pour espérer se maintenir au pouvoir et manoeuvrer en vue de reporter le plus longtemps possible le verdict, Netanyahu a pour priorité absolue de maintenir sa majorité, avec ses 64 députés sur 120.

De son côté, le parti Yesh Atid, du chef de l’opposition Yair Lapid, a annoncé qu’il avait déposé une motion de censure contre le gouvernement au sujet du budget de l’Etat pour 2024, récemment approuvé, a rapporté cette semaine The Times of Israel. Il s’agit de la première motion de ce type inscrite à l’ordre du jour de la Knesset depuis le début de la guerre. « Ce gouvernement ne peut pas continuer à exister. C’est un échec qui coûte des vies humaines et l’avenir du pays », a déclaré Yesh Atid dans un communiqué.

Autant de déclarations qui dévoilent les symptômes des divisions au sein du gouvernement de coalition israélien, ainsi que du mécontentement croissant à l’égard des plans de guerre de Netanyahu. Selon les analystes, en effet, le gouvernement d’union créé pour mener la guerre ne reflète aucune union véritable ; et au fur et à mesure que la guerre se prolonge sans véritable victoire israélienne sur le terrain, le mécontentement à l’égard de Netanyahu augmente. Mais rien n’y fait. Netanyahu, qui joue sa survie, persiste et signe et entend aller jusqu’au bout quel que soit le prix à payer.

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