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Un plan ambitieux pour l’économie égyptienne

Gilane Magdi , Amani Gamal El Din , Jeudi, 11 janvier 2024

Le Conseil des ministres a publié la feuille de route des orientations économiques du nouveau mandat présidentiel. L’objectif est d’augmenter les recettes en dollar et de développer les secteurs économiques. Explications.

Un plan ambitieux pour l’économie égyptienne
Le document prévoit l’augmentation des revenus du Canal de Suez à 26 milliards de dollars en 2030. (Photo : Reuters)

Le Centre de l’information et de soutien à la prise de décision, dépendant du Conseil des ministres, a publié le 7 janvier un document intitulé « Les orientations stratégiques de l’économie égyptienne durant le nouveau mandat présidentiel (2024-2030) ». Ce document, préparé par 400 experts locaux et internationaux dans 19 domaines en rapport avec l’économie égyptienne, esquisse les priorités de l’économie aux niveaux économique, macroéconomique et social. Il établit 873 recommandations sur les court et long termes. « La publication de ce document intervient à un moment critique pour l’économie égyptienne dans le contexte des luttes et des guerres qui ravagent le monde, notamment le Moyen-Orient », a déclaré le premier ministre, Mostafa Madbouly, dans un communiqué publié par le Conseil des ministres. Et d’ajouter que le document sera soumis à un dialogue national conformément aux directives présidentielles. « Le document sera soumis à un dialogue ouvert avec les hommes d’affaires, les industriels et les unions des industries et il sera accompagné d’une analyse de la situation secteur par secteur », explique Mohamed Al-Bahey, membre du conseil d’administration de l’Union égyptienne des industries.

Ce document peut être considéré comme une feuille de route pour l’économie égyptienne au cours des six prochaines années. Il prévoit une croissance économique durable et équilibrée comprise entre 6 et 8 % en augmentant la part des investissements et des exportations dans le PIB d’environ 50 %. L’objectif est que l’économie égyptienne soit parmi les plus grandes du monde en 2030. Mohamed Shadi, économiste auprès du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS), explique que les objectifs de croissance sont optimistes. « Il est très difficile de faire des projections sur les taux de croissance. Les prix des produits essentiels et des services dans le monde ne sont pas stables. Je pense que le taux de croissance en Egypte sera compris entre 5,2 et 5,5 %. Les secteurs moteurs de la croissance sont les infrastructures, les énergies et l’agriculture », affirme-t-il.

Le document a établi un plan à court terme basé sur la hausse des investissements globaux à 1 800 milliards de L.E. au cours de l’exercice 2023-2024, dont 600 milliards d’investissements privés. Al-Bahey a une proposition concrète en ce qui concerne l’investissement. « Je propose de rétablir le ministère de l’Investissement. C’est vrai que l’institution chargée de l’investissement, l’Organisme général des investissements, fait des efforts, mais elle n’a pas les prérogatives d’un ministre », explique-t-il. Et d’ajouter qu’il faut accélérer les stratégies de l’investissement et entrer en contact avec les investisseurs, qu’ils soient égyptiens ou non. « Le ministre en charge doit détenir toutes les prérogatives », affirme Al-Bahey.

Au niveau des exportations, le document prévoit leur augmentation à 148 milliards de dollars d’ici 2030. Et ce, à travers la création de 10 nouvelles zones d’exportation dans un certain nombre de gouvernorats et l’accès à 10 nouveaux marchés d’exportation.

Le document insiste sur les moyens d’attirer des liquidités pour réduire la pression sur les devises étrangères et sur la participation des femmes et des jeunes à l’économie. « Nous avons besoin de solutions rapides, raison pour laquelle il faut accorder la priorité aux stratégies à court terme. Chaque ministère doit élaborer ses plans et préparer ses indicateurs de performance. Le facteur temps est d’une grande importance », explique-t-il.

Politique monétaire et baisse de l’inflation

La politique monétaire vise à assurer la stabilité des prix et à réduire les taux d’inflation pour qu’ils ne dépassent pas les 5 % d’ici 2030. « Les pressions inflationnistes commenceront à reculer à partir de cette année pour arriver à un taux de 9,2 % entre 2024 et 2028 », affirme Al-Bahey. Il explique que l’Egypte va continuer à adopter une politique de change flexible pour renforcer la résilience de l’économie face aux chocs externes, et ce, parallèlement à l’amélioration des recettes en devises pour combler le fossé entre le marché officiel et le marché parallèle du dollar. « Selon les estimations du Fonds monétaire international, le taux de change de la livre égyptienne par rapport au dollar sera d’environ 36,83 L.E. en moyenne sur la période 2024-2028 », affirme le document. L’Etat va accentuer ses efforts pour soutenir la collecte de devises. Un programme national de mobilisation des ressources en devises sera adopté pour renforcer la solidité et la flexibilité de l’économie égyptienne face aux crises. Le plan vise à collecter environ 300 milliards de dollars d’ici 2030, soit près de trois fois les niveaux actuels de devises étrangères en Egypte grâce à la hausse des exportations et des revenus du tourisme et du Canal de Suez (voir schéma).

D’autres solutions innovantes pour attirer les devises étrangères sont mises en avant par le document, notamment la création d’une société spécialisée dans la vente et la location des biens immobiliers en devises étrangères avec des revenus attendus compris entre 2 et 3 milliards de dollars, et ce, en échange d’un permis de séjour pour une période de 5 ans (Green Card). Une autre proposition est de créer un fonds d’investissement doté d’un capital d’un milliard de dollars avec des parts qui peuvent être souscrites par les Egyptiens à l’étranger pour investir dans un portefeuille d’actifs appartenant à l’Etat dans les secteurs industriels et des services à hauts rendements.

Industrialisation, la pierre angulaire

Le document accorde une importance particulière aux investissements manufacturiers qui devraient croître de 21 %, pour atteindre 101 milliards de L.E. et contribuer au PIB industriel estimé à 393 milliards de L.E. « L’industrie est la pierre angulaire de l’économie égyptienne car elle est connectée à tous les secteurs, du tourisme au commerce », renchérit Al-Bahey. Et d’ajouter que l’une des industries-clés que l’on peut cibler est celle des produits pharmaceutiques qui couvre 93 % des besoins de la population égyptienne. Les prix des médicaments égyptiens équivalent au dixième des prix mondiaux et la qualité est presque la même.

C’est à travers l’industrialisation que le gouvernement peut atteindre les objectifs de l’emploi. Le document prévoit la création de 7 à 8 millions d’emplois au cours des six prochaines années à travers l’augmentation du nombre de travailleurs dans les secteurs économiques générateurs d’emplois. De même, une stratégie concernant l’emploi pour 2024-2030 sera adoptée. Elle sera axée sur l’harmonisation de la formation et des besoins du marché de travail afin d’augmenter le nombre total des travailleurs dans le secteur privé et augmenter ainsi sa contribution à l’emploi à 90 %. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de développer les petites et moyennes entreprises pour accroître la capacité d’absorption du marché de travail à environ 900 000 emplois, ce qui permettra de maintenir les taux de chômage à un niveau compris entre 7,3 et 7,5 % en 2023-2024.

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