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Ahmed El Sheikh : L’investissement en Bourse limite les effets inflationnistes

Sherin Abdel Razek , Mercredi, 03 janvier 2024

Le président de la Bourse égyptienne, Ahmed El Sheikh, revient sur la performance de l’indice du marché financier (EGX 30) en 2023 et sur ses projets d’avenir.

Ahmed El Sheikh

 Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la performance de la Bourse égyptienne et de l’indice principal du marché financier (EGX 30) en 2023 ?

Ahmed El Sheikh : La performance d’EGX était positive en 2023. L’EGX 30 a réalisé une hausse de 70,53 %. L’EGX 70 a réalisé une hausse de 95,3 %. Le capital des sociétés cotées en Bourse s’est élevé à 1 720 milliards de L.E., soit une hausse de 78,9 %. Le montant des transactions boursières (en dehors des outils de la dette et des opérations spéciales) s’est élevé à 618 milliards de L.E., avec une hausse de 121 %. En 2023, pour la première fois, les transactions sur les bons du Trésor ont été possibles sur les écrans de la Bourse et se sont élevées à 2 550 milliards de L.E. Le montant total des opérations à la Bourse (outils de la dette et opérations spéciales inclus) s’est élevé à 3 420 milliards de L.E., soit une hausse de 215 %.

La direction d’EGX a suivi une approche basée sur une communication directe, rapide et efficace avec toutes les parties du marché, a évité les décisions brusques et a tenu à mener un dialogue efficace avec les acteurs du marché avant de prendre une décision afin de préserver le marché et stabiliser ses transactions. Dans le cadre de mon intention affichée de communiquer avec les sociétés de courtage, j’ai rencontré leurs dirigeants à deux reprises au cours de la dernière période et il a été convenu de tenir des réunions périodiques tous les trois mois. La direction d’EGX reçoit et étudie également les propositions de tous les acteurs du marché. La direction s’est engagée à exercer un contrôle rationnel du marché conformément aux meilleures pratiques internationales. Ainsi, toute intervention consistant à annuler des ordres ou des opérations, ou à arrêter des transactions, se fait dans des mesures minimales conformément aux dispositions de la législation réglementaire.

— Comment les gains de l’investissement en Bourse peuvent-ils se comparer à d’autres types d’investissement, tels l’or, l’immobilier ou les certificats de dépôt bancaires ?

— Je ne peux pas dire qu’il existe un canal d’investissement légitime et légal mieux que l’autre, mais chaque canal d’investissement a des avantages et des déterminants que l’investisseur doit prendre en compte lors de sa décision d’investissement. Investir en Bourse est une manière de minimiser les effets inflationnistes. L’investissement en Bourse présente de nombreux avantages par rapport à d’autres canaux d’investissement tels que la garantie de la liquidité. Ce qui veut dire la facilité d’entrée et de sortie des investissements. C’est-à-dire la facilité d’achat et de vente des outils financiers boursiers, d’autant que la tarification de ces outils est effectuée selon les mécanismes de l’offre et de la demande. Toutes les sociétés cotées sont soumises à des normes de transparence, ce qui permet à l’investisseur de prendre sa décision d’investissement en fonction d’informations suffisantes. En plus, les sociétés cotées adhèrent à des normes de gouvernance qui renforcent les principes de bonne gestion de l’entreprise, l’institutionnalisation de la prise de décision et assurent l’équilibre entre les différents pouvoirs et le contrôle.

— La Bourse est une plateforme pour le financement. Que veut-on dire par cette phrase ?

— Le rôle central et principal de la Bourse est le financement, que beaucoup négligent malheureusement. Le rôle de la Bourse en tant que plateforme de financement est d’aider à la croissance et à l’expansion des entreprises dans la mise en oeuvre des projets d’avenir en facilitant l’accès au financement via plusieurs sources de financement, parmi lesquelles l’augmentation du capital. L’entreprise peut obtenir un financement immédiat après sa cotation en Bourse en réinjectant une partie ou la totalité du rendement de l’offre dans une augmentation du capital. Etre coté en Bourse permet également aux entreprises d’obtenir un financement en émettant des obligations de différents types en fonction de la situation de chacune d’elles.

— Le premier marché volontaire d’investissement dans les crédits carbone a été lancé en novembre. Quelles sont les démarches entreprises à propos de ce marché ?

— Dans le contexte de la consolidation de la position de la Bourse dans le domaine des pratiques environnementales et sociales et de la gouvernance des entreprises, et en marge de l’accueil par l’Egypte de la COP27, la Bourse égyptienne a annoncé, le 30 novembre 2023, la création du premier marché volontaire du carbone en Afrique, AFRICARBONEX. Le lancement de ce marché constitue une nouvelle étape importante sur la voie du plan égyptien de durabilité entamé en 2010, puisque la Bourse égyptienne est la première Bourse au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et le deuxième marché émergent au niveau mondial à lancer l’indice de durabilité S&P/EGX ESG. Une coordination est en cours avec l’Autorité de surveillance financière pour permettre aux sociétés de courtage d’intervenir dans l’échange des crédits carbone et d’organiser le processus de cotation des crédits carbone et leur mise à disposition en tant qu’instrument financier, et également adopter des règles d’échange et de règlementation, ainsi que l’attribution des licences aux autorités d’enregistrement, de vérification et d’authentification.

— Quels sont les avantages de ce marché ?

— Premièrement, c’est un marché réglementé, c’est-à-dire soumis à un organisme de contrôle, ce qui renforce la transparence et la crédibilité et permet aux entreprises d’acheter et de vendre des crédits carbone liés au volume de leurs émissions, ce qui permet de transformer ces crédits en un instrument financier et crée de la liquidité. Le site Internet du marché propose également une plateforme avancée permettant d’afficher les projets pour lesquels des crédits carbone ont été émis. Le système d’échange du marché des crédits carbone a été conçu de façon à fournir un certain nombre de mécanismes d’échange, qu’il s’agisse d’une vente aux enchères (achat/vente), d’accords spéciaux conclus entre le vendeur et l’acheteur ou d’une vente aux enchères continue, ainsi qu’un système de règlement des opérations exécutées.

— L’année 2024 verra-t-elle le lancement d’un indice des entreprises conforme à la charia islamique ? Quelles sont les normes financières exigées pour inclure les entreprises dans l’indice ?

— Nous travaillons sur le lancement de cet indice visant à offrir une alternative d’investissement adaptée aux investisseurs recherchant un instrument conforme aux dispositions de la charia, que ce soit des particuliers ou des institutions. Quant aux normes utilisées, elles incluent les ratios de prêt dans les limites des actifs de l’entreprise, les ratios d’emprunt et d’endettement dans le cadre de l’actif total de l’entreprise, ainsi que les ratios de trésorerie et de liquidité pour l’actif total de l’entreprise de sorte que chaque norme ne dépasse pas un certain pourcentage convenu en coordination avec le Comité de surveillance de la charia auprès de l’Autorité générale de contrôle financier.

— Qu’en est-il du marché d’échange des actions immobilières, autrement dit la « Bourse immobilière » ?

— Premièrement, il faut tenir compte du fait que le lancement de ce marché nécessite des modifications législatives permettant l’enregistrement public. La Bourse vise à créer un marché spécial pour l’échange et le transfert de la propriété des actifs immobiliers en convertissant l’actif immobilier en actions immobilières équivalentes à des unités métriques qui représentent un document de propriété négociable. Ce marché est considéré comme une plateforme commerciale qui permet aux investisseurs et aux sociétés immobilières d’acheter et de vendre des actions d’actifs immobiliers ou d’investir dans des projets immobiliers.

— Quelles sont vos prévisions pour 2024 ?

— Je suis optimiste quant à la réaction positive du marché aux mesures économiques et aux propositions de la Bourse égyptienne pour le développement. Un nombre de thèmes ont été mis en avant dans le cadre d’un dialogue sociétal. Le plus important étant l’élaboration des règles de cotation des titres financiers, ainsi que le développement des règles d’échange boursier pour introduire de nouveaux dérivés financiers. La dernière version des règles de cotation des titres financiers a vu le jour. Une coordination est en cours avec l’Autorité de régulation financière pour une révision de ces règles afin de tenir compte des besoins du marché et des meilleures pratiques internationales, dans le but de garantir une meilleure protection de clients et une simplification des procédures. Par exemple, les procédures exécutives seront fusionnées avec les règles de cotation pour simplifier et éviter les répétitions.

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