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Soulagement de la pression sur le dollar en Egypte

Gilane Magdi , Mercredi, 20 décembre 2023

Le prix du dollar sur le marché noir a reculé en réaction à diverses nouvelles annonciatrices de la baisse de la pression sur les réserves nationales en devises.

Soulagement de la pression sur le dollar
Plusieurs mesures doivent être prises pour maintenir le recul du dollar sur le marché parallèle. (Photo : AFP)

 Au cours des deux dernières semaines, le marché parallèle du dollar a témoigné du recul du prix du billet vert, sur fond de stagnation aux niveaux de l’offre et de la demande. Selon le site « Le marché aujourd’hui », le dollar a connu son plus bas prix le 4 décembre (46 L.E.). Il a ensuite oscillé entre la baisse et la hausse pour atteindre 50,70 L.E. le 17 décembre. Malgré cette hausse, il reste en dessous de la barre des 51 L.E. pratiquée au cours des trois derniers mois. Ce recul soulève des questions sur ses causes et sur les perspectives d’avenir. « Le marché parallèle est un marché basé sur la spéculation. Il paraît que les commerçants du dollar ont révisé leurs calculs à la lumière des bonnes nouvelles concernant l’arrivée prévue de nouveaux capitaux en dollars au cours de la prochaine période », a noté à l’Hebdo Hani Guéneina, ex-vice-gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) et président du département de recherches au sein de la banque d’investissement Cairo Financial Holding. Il explique que les déclarations optimistes publiées par les responsables du Fonds Monétaire International (FMI) viennent en tête de liste des nouvelles positives sur l’arrivée prochaine de nouveaux fonds.

L’institution internationale a annoncé en décembre qu’elle étudiait l’augmentation du montant de crédit accordé à l’Egypte. « Il est clair qu’un financement supplémentaire sera essentiel pour garantir le succès de la mise en oeuvre du programme politique pour l’Egypte. Les discussions sur le montant exact du financement font partie des pourparlers en cours entre le FMI et les autorités égyptiennes », a déclaré Julie Kozack, directrice de la communication du FMI, dans un communiqué de presse publié le 7 décembre sur le site de l’institution internationale. En décembre 2022, l’Egypte et le FMI ont signé un accord de prêt de 3 milliards de dollars sur 4 ans pour appliquer un programme de réforme économique. Une première tranche du crédit a été versée, mais le FMI a reporté deux revues du programme prévues en mars et en septembre pour verser les autres tranches, étant donné que les autorités n’ont pas respecté plusieurs engagements-clés liés à la mise en place d’un taux de change flexible. Une situation qui a entraîné de fortes pressions sur le billet vert sur fond du recul des revenus en dollars sous l’effet de la guerre en Ukraine et de la sortie des investissements étrangers du marché de la dette souveraine. Le dollar avait alors connu une hausse significative sur le marché parallèle au moment où le taux de change officiel est resté stable à 31 L.E., soit près de 18 L.E. de moins (37,4 %) que celui du marché noir.

10 milliards de dollars de l’Union européenne

La bonne nouvelle annoncée par le FMI n’est pas la seule. A la fin du mois de novembre, l’Union européenne a annoncé l’allocation de 10 milliards de dollars à l’Egypte dans le cadre de ses projets visant à approfondir ses relations avec Le Caire sur des dossiers importants tels que l’énergie et l’immigration. De même, les Emirats arabes unis ont annoncé cette semaine le renouvellement d’un dépôt de 1 milliard de dollars auprès de la BCE jusqu’en juillet 2026. « Le renouvellement de ce dépôt, qui devait être remboursé ce mois-ci, allège notamment les pressions exercées sur la BCE pour réunir le montant nécessaire en dollar », a noté à l’Hebdo un responsable banquier ayant requis l’anonymat. Il a prôné une intervention de la BCE sur le marché des changes en utilisant ses réserves internationales en vue d’augmenter l’offre du dollar afin de mettre fin au marché noir. « Les banques ne possèdent pas les liquidités suffisantes en dollar pour répondre aux besoins des importateurs. Donc, l’injection de ces fonds dans les canaux formels va donner plus de confiance et, par conséquent, le prix du dollar va chuter », recommande-t-il. Le 7 décembre, la BCE a annoncé l’augmentation de 71 millions de dollars de ses réserves internationales qui avaient atteint 35,17 milliards fin novembre, contre 35,1 milliards en octobre.

Pour sa part, Guéneina prévoit un autre scénario pour le taux de change. Selon lui, les responsables du FMI ont fait récemment deux déclarations importantes : la première recommande à l’Egypte d’appliquer un système de change flexible et la deuxième donne la priorité à la lutte contre l’inflation. « Ces deux déclarations signifient que le FMI va permettre à l’Egypte de passer par une phase transitoire de 4 à 6 mois pendant laquelle elle va appliquer le système de change à parité glissante connu sous le nom de crawling peg (le taux de change est en principe fixe, mais la parité de référence est modifiée régulièrement selon des paramètres prédéterminés) afin de combler le fossé entre le prix officiel du dollar et son prix sur le marché noir. Ensuite, elle va libéraliser le prix du dollar pendant la deuxième moitié de 2024 », a noté Guéneina, en ajoutant que la valeur du dollar doit varier entre 40 et 45 L.E., afin de garder la compétitivité de l’Egypte sur les marchés internationaux. « L’augmentation du prix officiel du dollar de 30,8 L.E. à 45 L.E. entraînera sans doute l’envolée des taux de l’inflation. Pour freiner cette dernière, la BCE devrait s’engager à augmenter ses taux directeurs de 5 % pendant sa prochaine réunion qui se tiendra le 21 décembre en lançant des certificats de dépôt avec des taux d’intérêt variant entre 27 et 30 % pour une durée d’un an », indique-t-il.

Mais la professeure des finances à l’Université américaine Doha Abdel-Hamid note à l’Hebdo que la BCE doit augmenter aussi l’intérêt sur le dollar en vue d’attirer plus de dépôts en billet vert. Elle propose un remède à la pénurie de devises et au marché parallèle qui réside dans un ensemble de politiques à long terme. « Il est nécessaire que l’économie soit fondée sur la production et l’exploitation optimale des ressources du pays », note-t-elle. Elle ajoute qu’il est important de stimuler l’industrie locale, en réduisant les importations et en attirant davantage d’investissements directs étrangers.

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