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La fin ne justifie pas forcément les moyens !

Yasser Moheb , Mercredi, 13 décembre 2023

Premier film du réalisateur Omar Hilal, le long métrage Voy ! Voy ! Voy ! a été choisi afin de concourir à l’Oscar du meilleur film étranger non anglophone. Une comédie noire inspirée de faits réels.

La fin ne justifie pas forcément les moyens !
Nelly Karim et Mohamad Farrag, une histoire d’amour hors du commun.

Le syndicat des Cinéastes égyptiens a sélectionné le film Voy ! Voy ! Voy ! pour représenter l’Egypte à la compétition des Oscars, catégorie Meilleur Film étranger, non anglophone. Ecrit et réalisé par Omar Hilal, le film réunissant à l’écran Mohamad Farrag et Nelly Karim est en tête du box-office depuis sa sortie le 13 septembre dernier. Il est basé sur des faits réels survenus en 2015 : des membres de l’équipe nationale de bell ball (balle de cloche, handisport pour malvoyants) se sont échappés durant le Championnat du monde qui se déroulait en Pologne. D’après les médias, des joueurs voyants auraient fait semblant d’être aveugles pour faire partie de la délégation égyptienne et participer au tournoi. Aucun des 12 joueurs n’est retourné en Egypte ; ils ont tous fui vers une destination inconnue.

Dans le film, Hassan, interprété par Mohamad Farrag, est un jeune ambitieux, issu d’un milieu modeste, travaillant comme agent de sécurité. Il cherche à tout prix à quitter le pays, tentant même de séduire une touriste britannique de 70 ans pour l’épouser et acquérir la nationalité britannique. Toutefois, ses plans tombent à l’eau, car elle meurt subitement. Il envisage ensuite de traverser la Méditerranée jusqu’en Italie, contre la somme de 30 000 L.E. qu’il doit verser aux passeurs, sans aucune garantie. Par pur hasard, il tombe sur un article sur une équipe de cécifoot (football à cinq déficients visuels) qui devait participer à un tournoi mondial en Pologne. Et l’idée a germé dans son esprit, d’où la suite des événements.

Ruse hilarante

Tous les joueurs de ce handisport doivent avoir les yeux bandés, à l’exception du gardien étant la seule personne voyante de l’équipe. Le ballon est modifié pour émettre un tintement, afin que les joueurs sachent où aller. Ceux-ci doivent répéter « Voy », qui signifie qu’ils vont aller chercher le ballon, d’où le titre du film.

Complètement désespéré, Hassan achète une canne blanche et une paire de lunettes de soleil, et commence à s’entraîner pour jouer à l’aveugle. Une fois bien entraîné, il décide de rencontrer le chef d’équipe et le directeur du club, qui l’accueillent chaleureusement. Par la force des choses, il fait ses preuves, comme étant le plus habile des joueurs.

Au club, il fait la rencontre d’Inji, une jeune journaliste, campée par Nelly Karim, effectuant un reportage sur l’équipe de sport assez spéciale. Vite, il s’éprend d’elle.

Avant de partir en Pologne, on découvre que Hassan, ainsi que le chef d’équipe et le directeur du club cherchent à profiter de l’occasion du tournoi pour fuir le pays et s’installer en Europe.


Faire semblant d’être un non-voyant pour s’installer en Europe.

Casting à la hauteur

Ce premier long métrage de Omar Hilal, déjà connu depuis des années dans le monde de la publicité, a réussi à démontrer une aventure narrative captivante.

Composé et rythmé de manière réfléchie, il tire avec grâce et relâche le suspense, alors que les absurdités s’accumulent et que la nature désastreuse de la vie des personnages est révélée. On sent dans la grande majorité des scènes la présence d’un réalisateur qui prête attention à chaque détail. Ayant écrit lui-même le scénario, il ressent chaque personnage et réussit à le présenter dans un cadre qui porte son propre point de vue.

Le casting, comprenant des farceurs comme Bayoumi Fouad, Taha Dessouqi et Haggag Abdel-Azim, promet d’arracher les rires du public. Cependant, l’oeuvre garde un lot considérable d’émotions. Elle s’avère convaincante de par un casting qui colle bien aux personnages.

Mohamad Farrag excelle dans le rôle de Hassan, loin d’être un personnage catalogué « escroc ». Ses décisions sont poussées par sa pauvreté et la médiocrité de la vie qu’il mène. Comme plusieurs milliers d’autres, il cherche à échapper à une situation étouffante. La simplicité et la crédibilité de la performance de Farrag garantissent l’empathie du public, l’éloignant des clichés qui teintent normalement les personnages malvoyants dans les films. Et Nelly Karim, dans le rôle de la journaliste, arrive à tout dire par de simples gestes et regards. Elle continue à impressionner par son côté naturel.

Enfin, c’est une comédie dramatique qui parvient à souligner des réalités sociales propres aux communautés les plus démunies, tout en y injectant du sourire et de l’humanité. De quoi l’avoir placée parmi les films rivalisant pour l’Oscar du meilleur film étranger non anglophone. Une première présélection de neuf films sera effectuée le 21 décembre. Ensuite, le 23 janvier 2024, cinq longs métrages seront nommés au final, alors que la 96e cérémonie des Oscars aura lieu le 10 mars 2024 à Los Angeles, en Californie.

L’année dernière, l’Egypte s’est abstenue de participer à cette compétition prestigieuse, car n’ayant pas trouvé de films à la hauteur. C’était une sonnette d’alarme pour les cinéastes du pays qui a toujours été présent aux Oscars depuis sa création en 1947, avec plus de 35 oeuvres.

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