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Quel impact du boycott des produits étrangers ?

Amani Gamal El Din , Mercredi, 06 décembre 2023

Alors que l’impact du mouvement de boycott des entreprises israéliennes et occidentales est positif pour les sociétés égyptiennes sur le court terme, ses effets sur le long terme risquent d’être négatifs. Explications.

Quel impact du boycott des produits étrangers ?
Les experts estiment que l’impact du boycott est à double tranchant pour l’économie.

Le politique et l’économie sont les deux faces d’une même monnaie. A la suite de la guerre qui déchire Gaza depuis le 7 octobre dernier, les voix ne cessent de s’élever appelant à un boycott des entreprises et des produits « Made in Israël », ou encore de ceux des pays alliés, surtout les Etats-Unis. « Il y a deux types de boycott économique, celui de la consommation et des investissements. Et c’est une arme effective loin des gouvernements pour obliger certaines entreprises de sortir du marché israélien, surtout celles travaillant dans le domaine des armes. Ce boycott a été accompli de manière méthodique à travers le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) », explique Hussein Suleiman, économiste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. L’éditorialiste et ex-rédacteur en chef d’Al-Ahram Hebdo, Mohamed Salmawy, a prouvé, quant à lui, l’utilité de boycott comme arme économique dans la guerre contre Israël dans son éditorial du numéro du 29 novembre. Salmawy a dit que face à l’ampleur des appels de boycott, Israël s’est trouvé obligé de changer le numéro international imprimé sur ses produits, qui indique le pays d’origine, de 729 à 871. En effet, le boycott s’est étendu à plusieurs pays, du Canada aux Etats-Unis et de l’Europe à l’Australie, en passant par les Etats arabes.

Les réactions au Caire

Les réactions au Caire face à ces appels sont également frappantes. La plupart des clients qui se sont rendus aux centres commerciaux, comme « Cairo Festival City », au quartier huppé de Tagammoe, pour faire du shopping pendant la semaine du Black Friday, du 23 novembre et 1er décembre, ont boycotté les grandes marques, et des files d’attente étaient formées devant les magasins des marques égyptiennes comme Mobbacco, BTM, Rojada et autres, ou encore les marques turques, comme De Facto et LC Waikiki.

Mohamad Ali, directeur d’un café, a dit à l’Hebdo que les clients demandent de plus en plus de produits égyptiens. « Par exemple, il y a un boycott total de la marque de thé Lipton et je l’ai substituée par Al-Arousa Tea. J’ai trouvé une alternative à l’eau minérale Nestlé et je l’ai remplacée par une marque égyptienne », explique-t-il.

Les SMS se sont multipliés sur les téléphones portables de la part des marques occidentales proposant des soldes alléchantes, allant de 50 à 80 %, comme US Polo. Selon Aswaq Al-Arabiya, les usines Ariel et Persil, entre autres, ont arrêté pour la première fois temporairement de collecter la valeur des marchandises qui sont distribuées aux commerçants après que certains d’entre eux ont refusé de faire de nouvelles commandes auprès des représentants de ces sociétés. Ce qui a conduit les distributeurs à s’adresser aux compagnies mères. Celles-ci ont proposé des facilités de distribution des marchandises sans obtenir des fonds, jusqu’à ce que les stocks chez les distributeurs et les marchands soient vendus.

Impacts mixtes sur l’économie égyptienne

Les impacts du boycott se sont fait sentir rapidement sur certaines marques égyptiennes qui en ont bénéficié, mais les effets sur le long terme font l’objet de débat de la part des experts.

Dans une réaction rapide, la compagnie égyptienne Spiro Spathis a commencé à lancer sur le marché des produits similaires à ceux de Pepsi Cola et de Coca Cola. Son PDG, Youssef Taalat, s’est exprimé dans un tweet pour dire que la compagnie a doublé sa production et travaille 24h sur 24 pour répondre aux demandes. « Nous sommes en passe d’ouvrir de nouvelles lignes de production pour répondre aux besoins croissants du marché local, car les ventes ont augmenté de 300 %. De nombreux contrats ont été conclus avec de grands restaurants et des chaînes commerciales », explique Taalat.

S’exprimant à ce propos, Mohamed Shadi, économiste auprès du Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS), estime que « les effets seront négatifs sur l’économie égyptienne ». Il explique qu’il y a deux types d’entreprises. La première est à 100 % égyptienne, la deuxième est étrangère, soit travaillant d’un capital à 100 % étranger, ou bien ce qu’on appelle « Franchise », c’est-à-dire l’exploitation seulement de la marque commerciale, et dans ce cas-là, en contrepartie, la marge de revenus qui revient à la compagnie mère est minime, de 5 à 10 %. « Pour une entreprise purement étrangère, une fois que des pressions seront exercées par le boycott et que les pertes seront accumulées, elle sortira du marché avec des dollars, et donc une plus grande pression aura lieu sur le taux de change d’autant plus que nous souffrons d’un manque de dollars. En conséquence, il y aura une hausse de l’inflation et une baisse du pouvoir d’achat », renchérit-il.

Il poursuit que le deuxième type d’entreprises étrangères, « Franchise », emploie une masse considérable d’effectifs. Dans ce cas-là, le boycott sera une sanction à un investissement égyptien qui utilise la marque et les résultats se manifesteront d’abord sur le marché du travail et ensuite sur le produit égyptien même. Pour Shadi, une importante main-d’oeuvre perdra son emploi et ne sera pas facilement absorbée par les compagnies égyptiennes qui ont commencé à connaître une expansion.

« Une vraie expansion doit se faire au niveau du capital et des investissements, et ceci ne se fera jamais, car nous sommes devant une demande passagère. En réaction, l’investissement égyptien sera obligé d’élever le prix et il perdra une large tranche de ses clients habituels. Si les circonstances reviennent à la normale et la demande se réoriente de nouveau vers les produits étrangers, ce serait une perte pour les produits égyptiens et à l’économie nationale », analyse l’expert.

Shadi ajoute que les producteurs égyptiens doivent savoir que la demande sur leurs produits est occasionnelle. Les consommateurs doivent comprendre que s’ils ont changé leurs habitudes d’achat au profit du produit égyptien, ils doivent continuer sur cette pente.

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