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Savoir se détacher des événements qui nous entourent

Hanaa Al-Mekkawi , Lundi, 13 novembre 2023

Stress, dépression, traumatisme … Les images de destructions et de morts à Gaza qui tournent en boucle risquent de provoquer, chez certains, de sérieux troubles psychiques.

Savoir se détacher des événements qui nous entourent

« Chaque jour, je suis obligé d’aller travailler et d’assumer toutes mes responsabilités alors que j’ai le moral à plat ». « Ce qui se passe à Gaza me déprime et je me sens impuissant ». « Je suis hanté par les images des enfants et des victimes ». « J’ai peur ». Dans son cabinet médical, le psychiatre Essam Chaltout, également professeur à l’Université du 6 Octobre, entend se répéter ce genre de plaintes très fréquentes ces jours-ci. Et ce, en raison du fait de suivre intensivement et continuellement les nouvelles. Les vidéos et les images chocs sont diffusées en grand nombre. Les scènes sont souvent insupportables, et pourtant, on ne peut s’empêcher de les regarder.

L’offensive israélienne contre Gaza est largement suivie par les Egyptiens. Cela se passe près de chez nous et on ne peut pas y être indifférent. Or, comme l’explique Chaltout, cette guerre est venue s’ajouter à une série d’événements négatifs mondiaux et locaux que tout le monde suit constamment : guerres, conflits politiques, épidémies, catastrophes naturelles, etc. « Nous sommes continuellement exposés à ce genre de contenu, il est devenu difficile de l’éviter en raison de la multiplicité des sources de publication et de la facilité d’accès : médias sociaux, chaînes de télévision, etc. Tout cela nous rend vulnérables et sujets au stress émotionnel, à l’ennui continuel et à la baisse de productivité. Un état d’épuisement psychologique et physique qui influence la performance de l’individu, voire conduit à une quasi-impossibilité d’exécuter ses fonctions ».

Quant à la psychiatre Rania Al-Fouli, elle explique qu’il s’agit d’un processus progressif qui se produit sur une longue période, qui n’arrive pas soudainement, mais qui peut se développer chez les personnes qui ne remarquent pas les signes d’alerte. Elle explique qu’il faut faire attention dès qu’on remarque n’importe quel changement, à commencer par la fatigue chronique et la perte de tonus, une diminution de l’immunité, des maux de tête fréquents, des douleurs musculaires, des troubles du sommeil ou/et de l’appétit.

Il existe également des signaux émotionnels, s’accordent à dire Chaltout et Al-Fouli, tels que le sentiment d’échec, de doute, d’impuissance ou de solitude, une perte de motivation, d’insatisfaction, de déception. « Pour ce qui est de l’état de dépression au sens médical du terme, il y a des signes alarmants comme le fait d’être incapable d’assumer les responsabilités les plus basiques du quotidien ou de prendre plus de temps à le faire, l’isolement ou encore la procrastination ». Des signes à prendre au sérieux.

 10 conseils pour éviter le stress dû à l’exposition aux images chocs

 Dr Rania Al-Fouli, psychiatre, nous livre quelques conseils pour éviter de déprimer en cas d’événements externes pesants.

1. Ne pas suivre l’actualité et l’évolution des événements de manière continue, mais plutôt de manière discontinue.

2. Eviter de regarder des scènes violentes, source d’anxiété, de stress, voire de dépression.

3. Reconnaître que ne pas pouvoir continuer à regarder des scènes douloureuses n’est pas honteux. On doit immédiatement arrêter de regarder dès qu’on sent que les images sont intolérables.

4. Admettre que dans de telles circonstances, l’empathie doit parfois laisser place à l’égoïsme afin de savoir survivre et apprécier ce que l’on a. Aider à sa manière, par des dons de sang ou d’argent par exemple.

5. Ne pas ignorer les besoins de son corps, comme dormir suffisamment et adopter une bonne alimentation.

6. Ne pas hésiter à demander un soutien psychologique de la part des parents, d’amis ou de professionnels.

7. Exprimer ses sentiments ouvertement et admettre que la peur, l’anxiété et la dépression sont des sentiments humains normaux.

8. Eviter de se sentir inutile, mais reconnaître ses capacités et son niveau d’énergie et les apprécier. Reconnaître que tout le monde a un rôle dans la vie et que parfois on ne peut pas intervenir directement pour sauver autrui.

9. Terminer sa journée par une activité plutôt joviale.

10. Faire de l’exercice et manger sainement aident à réduire le stress.

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