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Le rêve, un droit humain

Rasha Hanafy , Dimanche, 27 août 2023

Le dernier roman en date de l’écrivaine et psychiatre Basma Abdel-Aziz, Aawam Al-Touta (les années du mûrier), étale plusieurs personnages, plus modestes les uns que les autres. Mais qui continuent tous à alimenter l’espoir.

Le rêve, un droit humain

Manger, boire et s’habiller ne sont pas seulement les besoins de l’homme. Il a aussi des rêves à concrétiser, quelle que soit sa condition, même les plus faibles d’esprit. Tel est le message du roman de l’écrivaine et psychiatre Basma Abdel-Aziz, intitulé Aawam Al-Touta (les années du mûrier), publié aux éditions Al-Mahrousa. Le roman se déroule en 8 chapitres dont 6 portent des noms de personnes. Le personnage principal, au prénom de Nagha (c’est-à-dire couronnée de succès), est une femme de ménage d’origine rurale, faible d’esprit. Elle a l’air unique en son genre dans sa robe large, à deux grandes poches. Elle a passé plus de 30 ans à travailler dans la maison de madame Alifa (c’est-àdire apprivoisée ou amicale). Puis, un jour elle est sortie et n’est jamais revenue.

L’événement central du roman est la disparition de Nagha, qui est partie à la recherche de ses rêves, assez simples. Elle veut mener une vie normale, comme tout le monde, aux côtés de la personne de son coeur. Le roman montre l’intérêt de tous les habitants de l’immeuble quant à l’absence de Nagha. Ceuxci se rassemblent pendant plusieurs jours successifs, parlent d’elle, évoquent les raisons de sa disparition et chuchotent entre eux que son départ soudain a été éventuellement précipité par la cruauté de sa patronne, madame Alifa. Cette dernière s’opposait apparemment au désir de la jeune fille de se marier et de combler ses besoins humains. Or, la déficience mentale n’écarte pas les pulsions charnelles.

Pour raconter son histoire, l’écrivaine a eu recours au narrateur omniprésent et aux monologues de chacun des personnages qui s’expriment dans les chapitres qui leur sont réservés.

Et pour situer l’histoire, elle multiplie les références à des incidents réels, permettant au lecteur de se repérer dans le temps. Par exemple, elle mentionne la mort accidentelle de la princesse Diana, la relation entre le président américain Bill Clinton et Monica Lewinsky, et ainsi de suite, pour déterminer l’époque où se déroule le roman, à la fin des années 1990.

Cette femme, Nagha, qui est censée être au plus bas de l’échelle sociale, outre sa condition particulière, s’avère cependant très débrouillarde de par son instinct. Toute seule, elle découvre qu’elle a une volonté de fer et qu’elle est capable de décrocher plein de chances, quelles que soient les circonstances. L’expérience de Nagha inspire Wafaa, l’employée bien éduquée, et Hachem, l’infirmier marginal, ainsi que d’autres personnages du roman.

Espoirs des laissés-pour-compte

Wafaa, Abdou, Am Kamel, Bahgat et Hachem sont des personnages que l’on découvre au fur et à mesure au cours des six premiers chapitres. L’écrivaine raconte leurs histoires, leurs rêves, leurs espoirs, leurs douleurs. Mais l’intrigue principale reste l’histoire de Nagha et les rapports qu’elle entretient avec les habitants du bâtiment n°97, dans le quartier d’Héliopolis, où elle a travaillé pendant longtemps comme aide-ménagère. On découvre aussi les membres de la famille chez qui elle a travaillé : madame Alifa, son mari Gawdat et leurs deux filles, Ola et Salma, qu’elle a côtoyés pendant plus de 30 ans. Nagha est née dans un petit village. Sa famille a remarqué sa déficience mentale, elle était différente par rapport à ses pairs. On l’a envoyée travailler au Caire, sans chercher plus tard à avoir de ses nouvelles. La maison d’Alifa était pour eux un bon débarras, surtout qu’elle leur envoyait une part de son salaire tous les mois.

Les personnages marginaux du livre, qu’il soit au niveau de leur profession ou de leur classe sociale, sont présentés à travers la disparition de Nagha. Wafaa, l’employée, qui a quitté son mari à cause de son impuissance sexuelle, rêve de recommencer sa vie. Elle vit avec son père, Am Kamel, planton dans un centre médical à la retraite, qui se prête à des travaux temporaires, pour joindre les deux bouts. Hachem, l’infirmier, se transforme en chirurgien, pour sauver la vie d’un patient renvoyé par tous les hôpitaux, à défaut de moyens. Abdou, le chauffeur, mais surtout le bien-aimé de Nagha, ainsi que son frère Mossaad, le concierge, rêvent d’acheter une maison et d’y vivre dignement.

Le roman abonde en symboles. Les arbres, par exemple, sont les symboles de l’aspiration au changement, à l’espoir de renaître. Nagha parle avec le mûrier géant, devant le balcon de l’appartement de madame Alifa. Cette dernière ordonne de le couper, pour éviter les voleurs. Malgré ceci, les fleurs du mûrier continuent à pousser, sur les restes du tronc. Le chêne, au centre médical, est abattu lorsqu’Am Kamel quitte son travail, et ainsi de suite. En suivant les parcours très différents des personnages, on parvient à mieux cerner les rêves et les déceptions de ces êtres simples.

Aawam Al-Touta (les années du mûrier), de Basma Abdel-Aziz, aux éditions Al-Mahrousa, 2022, 137 pages.

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