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S.E. Mme Yvonne Baumann : La Suisse est un vieil allié du programme de réforme économique égyptien

Ghada El Sharkawy , Lundi, 31 juillet 2023

S.E. Mme Yvonne Baumann, ambassadrice de Suisse au Caire, fait le point sur les relations entre l’Egypte et la Suisse. Pour elle, les domaines de coopération entre les deux pays sont multiples et variés.

S.E. Mme Yvonne Baumann

Al-Ahram Hebdo : Comment jugez-vous l’état des relations entre l'Egypte et la Suisse ?

Yvonne Baumann : L’Egypte et la Suisse ont établi de solides relations économiques, politiques et culturelles remontant au XIXe siècle, lorsque de nombreux entrepreneurs et commerçants suisses ont démarré leurs activités en Egypte. Sur le plan économique, l’Egypte est le premier partenaire commercial de la Suisse en Afrique. La Suisse est également un investisseur important en Egypte, puisqu'elle s'est classée 7e au cours de l’année fiscale 2021-2022, parmi les pays investissant en Egypte. Une centaine d'entreprises suisses opèrent sur le marché égyptien dans divers domaines, notamment l'alimentation et l’industrie pharmaceutique. Elles offrent environ 25 000 emplois sur le marché égyptien.

L'Egypte est un pays important, et pas seulement en ce qui concerne la paix et la stabilité dans la région. Des consultations ont lieu entre les deux pays sur les questions liées à la région. La Suisse travaille avec l'Egypte sur des questions telles que la promotion de la paix et la prévention des conflits, en particulier dans le cadre de mécanismes multilatéraux. La Suisse encourage et soutient les solutions pacifiques par le dialogue. Elle est désormais membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies, pour la première fois dans l'histoire. Construire une paix durable et protéger les civils figurent parmi les priorités de la Suisse durant les deux années de son mandat au Conseil de sécurité.

Dans le conflit israélo-palestinien, la Suisse soutient, tout comme l’Egypte, une solution à deux Etats conformément au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu. En ce qui concerne la Syrie, la Suisse a accueilli favorablement le processus de paix dirigé par l'Onu à Genève et s'emploie activement à soutenir la population syrienne touchée par la guerre. Le Yémen est également une zone prioritaire pour les opérations d'aide humanitaire de la Suisse. La Suisse a activement contribué au processus de paix mené par l'Onu dans ce pays. Concernant la Libye, la Suisse copréside le groupe de travail sur le droit international humanitaire et les droits de l'homme dans le cadre du processus de Berlin.

— Quels sont les développements du programme de coopération suisse en Egypte, qui couvre la période 2021-2024, pour approfondir le partenariat entre les deux pays ?

— Le programme de coopération 2021-2024 s'inscrit dans la continuité de plus de 40 ans de partenariat entre l'Egypte et la Suisse. Nous travaillons en accord avec le gouvernement égyptien pour atteindre les Objectifs de développement durable des Nations-Unies et mettre en œuvre la Vision 2030 de l'Egypte. La Suisse a fourni à l'Egypte environ 64 millions de dollars de subventions pour des projets de coopération depuis 2021.

Dans le domaine des affaires et de l'entrepreneuriat, nous travaillons en vue d’améliorer l’environnement des affaires et l'accès au financement pour les Micro, Petites et Moyennes-Entreprises (MPME). Nous avons accompagné la Banque Misr dans le lancement des premiers produits financiers égyptiens adaptés aux femmes. Plus de 300 000 femmes en ont bénéficié à ce jour. Le bureau de l'ambassade pour la coopération internationale travaille également en étroite collaboration avec l'Egypte sur la gestion des déchets, y compris les déchets solides, les déchets hospitaliers et les déchets électroniques dans les gouvernorats de Qéna, Assiout, Kafr Al-Cheikh et Gharbiya. Dans le cadre de la gouvernance, de l'Etat de droit et des droits de l'homme, la Suisse soutient les plateformes de dialogue et une justice adaptée aux enfants.

— Comment la Suisse soutient-elle le programme égyptien de réforme économique ?

— La Suisse est un vieil allié du programme de réforme économique de l'Egypte. Nous nous félicitons des progrès réalisés par l'Egypte dans le domaine de l'uniformisation des règles du jeu, créant plus de place pour la croissance du secteur privé. En partenariat avec des institutions financières internationales, nous avons soutenu, par exemple, des projets sur la budgétisation par programme, qui permet au gouvernement de lier ses priorités stratégiques à ses plans de dépenses. La Suisse a également fait partie du parcours du gouvernement vers l’émission de la première obligation verte de la région, positionnant l’Egypte comme un pionnier de l’investissement vert.

— Quel est le volume des échanges commerciaux entre les deux pays ? Et quels sont les principaux projets d'investissement suisses en Egypte ?

— L'Egypte reste la première destination des exportations suisses en Afrique. Le volume total des échanges entre l'Egypte et la Suisse s’est élevé à 1,5 milliard de dollars en 2022. L'Egypte importe principalement des produits chimiques et pharmaceutiques de Suisse, tandis que 40 % des exportations égyptiennes sont des produits textiles, suivis des produits agricoles. Des entreprises suisses et égyptiennes ont également conclu un accord de 260 millions d'euros pour la livraison de machines à filer suisses, afin de rendre le secteur égyptien du coton textile encore plus compétitif.

Au cours des dernières années, la Suisse a figuré parmi les dix premières sources d'investissement direct étranger en Egypte. Avec des entrées de capitaux de 649 millions de dollars, la Suisse s'est classée 7e au cours de l’année fiscale 2021-2022 parmi les pays qui investissent en Egypte. Près de 100 entreprises suisses opèrent actuellement dans des domaines tels que l'alimentation et les boissons, les machines et la technologie, la construction et l'énergie, et contribuent à environ 25 000 emplois. Plusieurs entreprises suisses ont leurs sites de production et exportent vers les pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'autres régions. Plusieurs accords ont été signés entre des laboratoires pharmaceutiques suisses et égyptiens pour localiser la production et renforcer la recherche. De plus en plus d'entreprises suisses envisagent d'étendre leur présence en Egypte.

— Comment la Suisse soutient-elle l'Egypte en ce qui concerne les réfugiés et les migrants, et aussi en ce qui a trait à l'impact de la crise actuelle au Soudan ?

— L'Egypte a toujours joué un rôle important en ce qui concerne les questions migratoires. En coopération avec le gouvernement égyptien, les agences des Nations-Unies et la société civile, la Suisse soutient l'accès à des services tels que l'éducation, la santé, le soutien psychologique, mais aussi à des solutions de logement ou au développement des compétences pour les migrants, les réfugiés et les Egyptiens, en mettant l'accent sur les besoins des femmes, des enfants et des jeunes.

En réponse à la crise soudanaise, la Suisse a adapté certains projets aux besoins des réfugiés soudanais à la frontière et à Assouan. Nous reconnaissons qu'il s'agit d'un grand défi pour l'Egypte, en particulier dans la situation économique actuelle, et le pays mérite davantage de soutien. Nous collaborons avec le Croissant-Rouge égyptien pour l'aide humanitaire, la nourriture, les soins de santé primaires, ainsi qu'avec les agences des Nations-Unies et d'autres organisations pour protéger les femmes et les enfants, distribuer de la nourriture et de l'aide en espèces et former les jeunes. Au total, depuis le début de la guerre, la Suisse a fourni plus de 870 000 dollars de nouveaux financements à l'Egypte et réaffectera plus de 2,3 millions de dollars dans les mois à venir.

— Pouvez-vous nous dévoiler l'horizon de la coopération culturelle et éducative entre les deux pays, surtout dans le domaine de l'enseignement technique ?

— Il y a un échange culturel dans un certain nombre de domaines entre la Suisse et l'Egypte, tels que la musique, les arts visuels, le théâtre et le cinéma. La Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia, chargée de promouvoir les arts et la culture suisses, dispose d'un bureau régional au Caire.

L'Egypte est également un pays prioritaire en matière de subventions pour des projets de préservation du patrimoine culturel mobilier. Dans le domaine de la restitution des objets culturels, nous avons restitué environ 70 pièces d’archéologie égyptiennes ces dernières années.

Il existe une riche collaboration entre les universités et les instituts de recherche dans les deux pays, en égyptologie et dans d'autres domaines. Outre l'Institut suisse de recherches architecturales et archéologiques sur l'Egypte Ancienne, créé au Caire en 1949, plusieurs universités sont impliquées dans différents projets.

Consciente de l'importance de l'enseignement technique pour approvisionner le marché du travail en travailleurs qualifiés, la Suisse soutient le gouvernement égyptien dans la mise en œuvre de sa stratégie de réforme de l'enseignement technique. Nous travaillons également avec des entreprises suisses et d'autres acteurs du secteur privé.

— Qu’en est-il du soutien de la Suisse dans le secteur vert ?

— La Suisse a consacré plus de 30 % de son budget de coopération actuel à la promotion d'une économie et d'un développement urbain plus verts en Egypte. Notre travail a contribué à améliorer l'accès à l'eau potable pour plus de 600 000 personnes et a contribué au développement de stratégies pour aider les villes et les individus, y compris les petits exploitants agricoles égyptiens, à devenir plus résilients au changement climatique.

La Suisse a également joué un rôle dans la promotion des opportunités commerciales vertes auprès des micro, petites et moyennes entreprises dans les secteurs de l'agriculture et du textile. Ces entreprises apportent des solutions innovantes et durables sur le marché.

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