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Cairo Design Week : Le grand rendez-vous de la créativité

Heba Zaghloul , Mercredi, 14 décembre 2022

Tenu le mois dernier pour la première fois en Egypte, le Cairo Design Week (CDW) a célébré la créativité égyptienne avec comme thématique phare: le design responsable. Balade.

Cairo Design Week : Le grand rendez-vous de la créativité
Ahmed Essam : Le tabouret pique-nique inspiré de l’Egypte Ancienne.

Pendant une semaine, le quartier d’Héliopolis s’est transformé en un véritable musée du design, permettant aux passionnés de l’art et de la culture de s’immerger dans le monde de la création. Fondé par le designer Hisham Mahdi, le Cairo Design Week (CDW) est une opportunité pour les designers, les créateurs, les artistes, les décorateurs et les architectes d’exposer leurs créations et de faire connaître au public les dernières tendances dans ce domaine. Le choix du quartier n’est pas anodin. Héliopolis est connu pour son héritage architectural, culturel et historique que ce quartier a su préserver au fil du temps. Six sites exceptionnels ont été choisis pour abriter l’évènement : le palais du Baron Empain, le palais Ghernata, la Villa Magenta, la villa Helmy, l’immeuble d’Al-Cayan, la villa Odyssey et Photopia. C’est donc dans ces bijoux architecturaux que le public a pu découvrir les installations éphémères, les expos artistiques et les nouveaux produits des jeunes talents ou des célèbres designers.

Le design responsable

Point de départ du parcours: le palais Ghernata, datant du XIXe siècle, récemment rénové, et qui jadis permettait notamment au roi Farouq de suivre les courses hippiques. Pour le CDW, ce lieu mythique abritait une exposition de peinture et de sculpture qui regroupe un grand nombre d’artistes et de jeunes talents. Entre peinture abstraite, thèmes issus du folklore égyptien ou encore de l’Egypte Ancienne, tous les styles se côtoient et se confondent pour former une véritable palette de matières et de genres. Et c’est également à Ghernata que le public a pu découvrir le design innovant et éco-responsable. «  Les matériaux utilisés dans ces produits sont tous recyclés », explique Malak Saad, manager de relations publiques à Esorus, une plateforme qui permet de mettre en relations les fournisseurs et les designers. Cette installation que décrit Saad se démarque par ses couleurs vives et son originalité. « Ce sont des légos, créés à partir de matériaux recyclés, que l’on peut modeler, assembler à notre guise pour former un meuble et le design de notre choix », poursuit-elle. En arrière-plan un arbre en papier recyclé ou encore une construction à partir de bouts de verre « pour éviter tout gaspillage ». Le tout forme un tableau pittoresque. Les constructions responsables peuvent être également à base de produits 100% naturels, « comme cette construction entièrement en feuilles de bananes », ajoute-t-elle.

Retour aux sources

Autre produit phare de la CDW: le fameux tabouret. Ainsi, 26 designers regroupés en 12 équipes ont eu pour mission de créer des tabourets inspirés de l’Egypte Ancienne, non seulement du point de vue du style, mais également au niveau de la technique et de la matière. Ahmed Essam, architecte et designer, a co-créé avec Omar Kishk « un tabouret pique-nique qui peut se détacher pour former une table ou être posé en hauteur pour servir d’étagère. Il est surtout conçu pour être porté dans un sac lors d’un pique-nique ». Une oeuvre originale, qui est à la base inspirée du « tabouret de l’ouvrier » de l’Egypte Ancienne. « Les douze équipes ont eu les mêmes consignes et pourtant chaque design est unique », rajoute-t-il. Ainsi, un des tabourets exposés rappelle l’oeil d’Horus, un autre reproduit l’appuie-tête du lit de Toutankhamon, un tabouret très innovant car entièrement construit en papyrus, et qui reste très solide. « Reprenant les techniques d’assemblage de l’Ancienne Egypte, les tabourets sont encastrés sans vis ni clous », continue Essam. « L’idée est que le design soit éco-durable et qu’il utilise intégralement du matériel et des produits locaux pour limiter l’impact sur l’environnement », explique Mona Ismaïl, designer. « Ces tabourets ont été exposés à la COP27, occasion pour montrer au monde le design égyptien innovant et fait à partir de ressources et de matériaux locaux », ajoute-t-elle.

La balade continue …

Destination suivante, en plein milieu de Korba au coeur d’Héliopolis : la fameuse villa Magenta consacrée au monde de la mode. Créateurs égyptiens, moyen-orientaux, mais aussi internationaux exposent leurs pièces uniques. En face se trouve la villa Cayan, transformée en showrooms pour les designers et les producteurs de tous les domaines, que ce soit le textile, le bois, la porcelaine ou les meubles. Le design responsable est toujours présent. Entre un producteur de marbre qui met en avant sa stratégie d’éco-durabilité et de préservation de l’eau, à travers un système dans lequel l’eau utilisée dans la production du marbre est filtrée et recyclée, ou un autre spécialiste des meubles en bois invitant le public à planter des arbres en leur proposant un stand de grains d’Acacia. Et encore et toujours la créativité, face à un public sous le charme, dans un « laboratoire de l’art », des meubles en blanc sont réinventés à travers des illustrations et décorations.

A deux pas de la villa Cayan, étape obligée du parcours design, on retrouve la villa Helmy, la résidence familiale d’Ahmed Helmy, une icône du design égyptien décédé tragiquement dans un accident de la route en juin dernier. Pour lui rendre hommage, une exposition émouvante, « Helmy ana », retrace le parcours du célèbre designer, à travers un film, des photos et une exposition de ses oeuvres.


Des produits innovants créés à base de matériaux recyclés.

Le design au coeur des débats

La balade prend fin au palace du Baron Empain, ce chef-d’oeuvre architectural emblématique. C’est le lieu où s’est tenu tout au long de la semaine le D-Forum. Parmi les sujets abordés, l’éco-responsabilité du design et la durabilité de celui-ci à travers l’utilisation de produits locaux et de matériaux recyclés, et ce, tout au long du processus de production. « Mais il y a également d’autres moyens pour créer un design plus responsable comme l’utilisation de l’espace, plus de lumière et donc moins d’électricité. Le but est de créer un bien-être personnel qui se traduit par un impact positif sur l’environnement », explique Soha Omar, designer. Autre sujet qui lui tient à coeur et qui était au centre des discussions est le rôle des femmes designers et « comment combattre les préjugés contre ces dernières, en s’entraidant, mais également en montrant le succès des femmes designers », ajoute-t-elle. Avis partagé par Randa Mahmoud, architecte-urbaniste, qui insiste sur « la nécessité de renforcer la position des femmes dans le monde du design en cherchant à sensibiliser le public, mais aussi à changer le regard masculin qui ne valorise pas assez les femmes designer ». La semaine du design a donc mis la lumière sur l’innovation et les nouvelles tendances, mais elle a surtout démontré une volonté de faire émerger des créations plus responsables, et faire évoluer les mentalités, pour que cela devienne éventuellement une source d’inspiration non seulement pour le public, mais également pour les nouvelles générations de design.

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