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La Banque Centrale opte pour une dévaluation graduelle

Salma Hussein , Mercredi, 21 septembre 2022

Une dévaluation graduelle de la livre égyptienne est l’approche préférée de la Banque Centrale actuellement et dans la période à venir. Voici le raisonnement et les défis en questions et réponses.

La Banque Centrale opte pour une dévaluation graduelle
Un grand succès : le marché parallèle du dollar est presque inexistant. (Photo : Reuters)

Quelles sont les mesures de la Banque Centrale pour apaiser le marché des changes ?

Contrairement à ce qui a été prévu, le nouveau gouverneur, Hassan Abdallah, a laissé la livre lentement glisser contre le dollar. En un mois, ce dernier est passé de 19,18 à 19,44, soit une dépréciation de 1,36 %. La Banque Centrale a poursuivi une dévaluation graduelle, en prolongement d’une politique entamée depuis mars 2022. Le 21 mars, la livre avait perdu en un jour plus de 19 % de sa valeur contre le dollar. Pendant les cinq mois qui ont suivi, la livre a perdu encore presque 5 %.

Par ailleurs, le nouveau gouverneur a pris une autre mesure pour mieux gérer le marché des changes : unifier les taux de change. L’Egypte a ainsi aboli le taux de change préférentiel offert aux importateurs (une subvention à l’importation de certains biens, notamment les denrées alimentaires et quelques matières intermédiaires). L’abolition est aussi un signe de coordination entre le ministère des Finances et le gouverneur de la Banque Centrale. Dernièrement, plusieurs économistes, y inclus des parlementaires, ont dévoilé à la presse que la Banque Centrale considère ajouter le rouble russe à son panier de réserves internationales et permettre aux touristes russes de régler leurs paiements en rouble. Il s’agit du tiers des revenus touristiques en Egypte que le pays pourrait utiliser pour payer le blé importé, vu que la Russie est le second fournisseur de blé au pays.

Qu’est-ce qu’une dévaluation graduelle ?

Il s’agit de laisser la monnaie locale se plier à petits échelons sur une certaine durée, jusqu’à ce qu’elle atteigne une certaine valeur. Il s’agit de « dévaluer graduellement et de manière crédible », d’après les recommandations d’un groupe de chercheurs auprès du FMI. Pour Noaman Khaled, directeur-associé de la maison d’investissement Arqaam Capital, « la Banque Centrale a psychologiquement préparé le marché à percevoir une certaine trajectoire du taux de change ». La conjoncture de l’économie mondiale accentue la situation : La Réserve fédérale (la Banque Centrale des Etats-Unis) a augmenté le taux d’intérêt, menant le dollar à la hausse contre toutes les monnaies. Les pays en développement sont les plus touchés.

Quels sont les avantages d’une dévaluation graduelle ?

Une étude menée par le FMI en 2018 sur un grand nombre de pays, sur la période 1969-2015, a montré que la dévaluation graduelle est plus convenable dans le cas où l’importation représenterait une grande part de la consommation d’un pays. Il est aussi le cas quand la dette extérieure est importante, pour ne pas augmenter brusquement le fardeau du service de la dette. Dans le cas de l’Egypte, une dévaluation graduelle permet à la Banque Centrale de ne pas entamer une grande hausse des taux d’intérêt, note Amr El-Alfy, directeur de recherche de la banque d’investissement Prime Holding. « Il s’agit d’éviter l’impact négatif d’une grande dévaluation brusque qui augmenterait les coûts du service de la dette, ainsi que les coûts de l’investissement », explique-t-il au bulletin électronique Enterprise.

La même étude montre que la dévaluation en « big bang » affecte négativement le PIB, la consommation et l’investissement dans la plupart des cas. Elle peut aussi pousser l’inflation à une hausse démesurée. L’expérience de la dévaluation en Egypte 2016-2017 appuie cette conclusion, quand l’inflation a atteint un niveau record dépassant les 30 %.

Comment avoir une dévaluation graduelle réussie ?

Il est essentiel de contrôler le marché noir et limiter la spéculation sur le dollar. Pour l’instant, c’est un succès pour la Banque Centrale. En 2016, quand celle-ci a essayé une dévaluation graduelle, il était trop tard, le marché noir était déjà responsable de fournir quelque 60 % des besoins en devises, notamment les importations. Aujourd’hui, par contre, le marché parallèle est presque inexistant. Selon Noaman Khaled, pour que la dévaluation graduelle réussisse à stabiliser le marché des changes, l’économie a besoin de quelque 5-6 milliards de dollars pour pouvoir couvrir les besoins urgents des importateurs. Le meilleur scénario serait donc de recevoir ce montant à travers des investissements et des aides des pays du Golfe, le plus tôt possible, tout en procédant avec la réouverture de l’importation et la dévaluation graduelle.

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