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Otan : Un élargissement et de nombreux enjeux

Elza Goffaux , Mercredi, 25 mai 2022

Alors que la Finlande et la Suède sont aux portes de l’Otan, la Turquie, dont l’accord est nécessaire, se montre réticente. La Russie, quant à elle, dénonce une nouvelle menace.

Otan : Un élargissement et de nombreux enjeux
(Photo : AFP)

C’est fait ! La Finlande et la Suède ont soumis, mercredi 18 mai, leurs candidatures respectives à l’adhésion à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Conséquence directe de l’offensive russe en Ukraine, les deux pays sortent de leur traditionnelle neutralité, créant un réel bouleversement dans l’équilibre sécuritaire de l’Europe. Alors que la Russie dénonce une menace pour sa sécurité territoriale, les deux pays scandinaves finalisent leur intégration dans le bloc occidental. « C’est un moment historique », a déclaré Jens Soltenberg, secrétaire général de l’Otan, alors que le président de la Finlande, Sauli Niinistö, a parlé d’une « nouvelle ère ». De son côté, la Suède a été plus réticente à abandonner sa neutralité. La décision « n’a pas été facile », affirme la première ministre suédoise, Magdalena Andersson, dont le pays a posé deux conditions: aucune base de l’Otan ne sera installée sur son territoire et le pays n’aura pas à recourir à l’arme nucléaire. En effet, le non-alignement suédois était synonyme de paix. La neutralité a été adoptée dès le XIXe siècle et c’est grâce à cette doctrine que le pays estime s’être tenu à l’écart des conflits pendant 200 ans.

Déjà membres de l’Union européenne et partenaires de l’Otan, la Finlande et la Suède seront des atouts militaires et stratégiques. Les frontières de l’alliance avec la Russie doubleront et l’organisation bénéficiera d’une portion du territoire suédois en Arctique. De plus, la Finlande compte 870000 réservistes, dont 280000 mobilisables immédiatement. Les deux pays prévoient aussi d’augmenter leur budget de défense dans les années à venir. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a donc renversé l’équilibre sécuritaire européen et bénéficié à l’Otan, qui, loin des divisions internes qui caractérisaient l’alliance ces dernières années, est réhabilitée de sa fonction de défense d’origine.

Les conditions d’Ankara

La Russie, mécontente, a d’ores et déjà réagi. « D’ici la fin de l’année, 12 bases militaires et unités seront déployées dans le district militaire de l’Ouest », a déclaré vendredi 12 mai Sergueï Choïgou. Le président russe, Vladimir Poutine, a, lui, indiqué que la réplique russe à cet élargissement serait décidée en fonction des déploiements de l’Otan dans ces pays, tout en minimisant l’importance de ces adhésions attendues.

Mais c’est surtout la réaction de la Turquie, membre de l’Otan, qui compte pour les nouveaux candidats. Dès l’annonce de ces candidatures, Ankara a fait part de son objection. Membre de l’Otan depuis 1952, la Turquie a traditionnellement soutenu la politique de la porte ouverte de l’alliance, y compris l’expansion de 1999 et 2004 vers l’Est. Mais elle reproche à ces deux pays de ne pas soutenir sa lutte contre les groupes militants kurdes, tels que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), et affirme qu’ils abritent tous les deux des membres du PKK. Les deux pays ont également imposé un embargo sur les armes à la Turquie en 2019 après son offensive militaire visant les Unités de protection du peuple kurde syrien (YPG) dans le nord de la Syrie.

Or, un consensus entre les 30 membres actuels de l’organisation est nécessaire pour que d’autres puissent adhérer à l’Otan. En marge d’une réunion de l’Otan la semaine dernière à Berlin, Mevlut Cavusoglu, chef de la diplomatie turque, a précisé que les discussions progressaient avec la Finlande, mais que la Suède continuait de se montrer « provocatrice ». La question a aussi été au centre des discussions entre le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et son homologue turc qui était aux Etats-Unis le 18 mai.

Selon les analystes, Ankara serait donc prêt à négocier et finalement à accepter l’élargissement de l’alliance. La Turquie pourrait monnayer son accord contre deux concessions : l’arrêt du soutien d’Helsinki et de Stockholm au PKK et la levée de l’interdiction de vente de certaines armes à la Turquie.

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