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Plus de contrôle sur les importations

Gilane Magdi , Mercredi, 23 février 2022

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) a imposé de nouvelles règles sur les importations en vue d’une plus grande transparence. La décision ne fait pas l’unanimité.

Plus de contr le sur les importations
Les banques vont faciliter aux importateurs les procédures d’ouverture des crédits documentaires. (Photo : Reuters)

La banque Centrale d’Egypte (BCE) a pris une nouvelle décision stipulant que tout importateur doit ouvrir une lettre de crédit (crédit documentaire) comme unique moyen de paiement des importations depuis le mois prochain. Cela signifie que les importateurs doivent verser le montant total de leurs marchandises importées à l’avance ou obtenir des facilités bancaires. La décision, annoncée la semaine dernière, a soulevé une vague d’opposition dans les milieux d’affaires, qui réclament son annulation. « Les règles de régulation des importations annoncées sont irréversibles et les banques égyptiennes sont prêtes à mettre en oeuvre efficacement les nouvelles procédures », a déclaré le gouverneur de la BCE, Tarek Amer, à l’agence de presse MENA. Amer a appelé les hommes d’affaires à régler d’urgence leur situation et à ne pas perdre de temps dans des controverses qui n’ont rien à voir avec la stabilité du commerce extérieur égyptien.

Pour calmer la situation, la Fédération des banques égyptiennes a révélé dans un communiqué de presse que 17 biens stratégiques seront exemptés de la décision. « La BCE a exclu de l’application de la décision de nombreuses denrées alimentaires, notamment le thé, la viande, les volailles, le poisson, le blé, l’huile, le lait en poudre, le lait infantile, le haricot, les lentilles, le beurre et le maïs, ainsi que les médicaments, les sérums et leurs produits chimiques », lit-on dans le communiqué de la fédération. Le communiqué a aussi indiqué que les importations des succursales de sociétés étrangères et leurs filiales, ainsi que les importations envoyées par le courrier express et celles d’une valeur allant jusqu’à 5 000 dollars ne sont pas obligées d’ouvrir des crédits documentaires bancaires.

Mohamad Al-Sallab, membre de la commission de l’industrie au parlement et membre de l’Union des industries, a mis le point sur les problèmes qu’affrontent les importateurs par la mise en application de la nouvelle décision. Pour lui, la décision pose deux problèmes : le premier est lié à la capacité de financement de l’importateur à fournir la valeur totale des marchandises importées avant l’expédition des marchandises. « Selon ce système, basé essentiellement sur la confiance entre l’importateur et l’exportateur, les importateurs paient une part de la valeur de transaction en fonction de l’accord avec l’exportateur, et le reste à la fin de la transaction sur une durée de 3 à 4 mois. Avec l’application de la nouvelle décision, ils sont obligés de verser le montant total des marchandises dès l’ouverture de la lettre de crédit documentaire au sein des banques », explique-t-il, en ajoutant que les banques ont annoncé qu’elles étaient prêtes à offrir des facilités bancaires à ceux qui ne possèdent pas la capacité financière. « Les banques vont fournir ces facilités sur une durée remboursable sur une année avec des taux d’intérêt entre 8 et 10 %. Cela augmentera le coût des produits importés, y compris ceux qui rentrent dans la production, et par la suite, la hausse des prix pour les consommateurs », explique-t-il.

Le deuxième problème est lié aux Petites et Moyennes Entreprises (PME) qui sont incapables d’ouvrir des crédits documentaires auprès des banques et dépendent sur le marché local pour répondre à leurs besoins en biens d’équipements importés, considérés comme étant des produits finis. « Les banques vont-elles accorder des facilités aux importateurs des biens finis pour les fournir aux PME ? », se demande-t-il.

Quels impacts sur l’industrie ?

Par ces nouvelles règles, le gouvernement vise notamment à réaliser des objectifs liés à la protection de l’industrie nationale et la lutte contre la fraude douanière. « Cette décision vient dans le cadre des procédures mises en application depuis octobre dernier pour le pré-dédouanement (Advance Cargo Information, ACI) visant à sécuriser les exportations vers l’Egypte. C’est pourquoi la BCE a imposé aux importateurs le crédit documentaire pour payer leurs importations, car la banque disposera de tous les documents liés aux marchandises et n’est pas seulement un intermédiaire pour transférer de l’argent au moment de la réception de l’envoi, comme c’est le cas dans le système de remise documentaire », explique à l’Hebdo Monsef Morsi, co-responsable du département de recherche au sein de la banque d’investissement CI Capital. De même, les nouvelles règles visent à freiner l’évasion douanière de certains importateurs qui présentent des factures d’importations inférieures à leur valeur réelle.

Selon le communiqué de presse publié la semaine dernière par le ministère des Finances, 42 procès judiciaires ont été émis au cours de l’année dernière concernant la soumission de factures avec des valeurs inférieures, les cotisations s’élevant à environ 246,23 millions de L.E. Toutefois, les discussions n’ont pas été stoppées entre le secteur bancaire et le milieu des affaires (Association des hommes d’affaires égyptiens, Union des chambres commerciales, conseils exportateurs). Ils ont tous présenté une lettre au premier ministre, Moustapha Madbouli, réclamant l’annulation de la décision. « Il y aura un impact négatif sur l’industrie, la production et le consommateur, la BCE a pris la décision sans prendre nos avis », a noté la lettre qui énumérait les raisons du refus de la décision. Selon la lettre, la mise en application du système de crédit documentaire affecterait directement l’approvisionnement de l’industrie avec ses besoins en matières premières. « Ce qui augmente ainsi le problème des chaînes d’approvisionnement existantes depuis le début de la pandémie de Covid-19, qui affectera à son tour le volume de production et l’approvisionnement en biens. Et donc, cela entraînera la hausse de leurs prix, causant ainsi des conséquences négatives pour le producteur et le consommateur », indique la lettre .

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