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Ramadan à l’africaine

Amira Samir , Mercredi, 13 avril 2022

En Afrique, les habitudes des musulmans sont très variées au cours du mois du Ramadan. Tour d’horizon.

Ramadan à l’africaine

Le Sénégal

Les associations caritatives sénégalaises  accordent une grande attention à l’organisation  de l’iftar dans la capitale, Dakar, afin d’aider  les nécessiteux ou les passants dans la rue  qui ne sont pas rentrés chez eux à temps  pour rompre leur jeûne. L’une des coutumes  sénégalaises les plus connues est celle appelée  « soukeurou koor », qui signifie « sucre du  Ramadan ». Cela signifie le fait d’offrir des  cadeaux aux personnes chères pour exprimer  leur amour au cours du mois de jeûne. Cette  tradition, qui relève de la tradition plus que  de la religion, est devenue un devoir commun,  particulièrement chez les femmes mariées,  supposées offrir un panier à leur belle-mère,  mais aussi aux belles-soeurs et au beau-père.  Avec les hausses des prix, cette habitude  est devenue un fardeau financier pour les  Sénégalaises.

Quant à l’Aïd Al-Fitr, la fête qui intervient à  l’issue du mois sacré, les musulmans du Sénégal  l’appellent « Korité », ce qui signifie la fin du  jeûne, et la célèbrent dans une atmosphère de  joie. Les Sénégalais se préparent pour cette  occasion en achetant de nouveaux vêtements  et de la nourriture raffinée, comme le célèbre  plat à base de riz, de tomates et de sauce à  l’oignon avec du jus de citron. Il y a aussi le  couscous à la sénégalaise, qui est préparé avec  toutes sortes de viande et de poisson.

La Tanzanie

Avant l’arrivée du Ramadan, les musulmans commencent à décorer les mosquées, les rues et les magasins  avec des lampes et des lumières de belles couleurs, et échangent les félicitations. Les Tanzaniens tentent  de faire habituer leurs enfants dès l’âge de 12 ans au jeûne. Les restaurants appartenant à des musulmans  tanzaniens sont fermés pendant les journées du Ramadan. Avant la prière du Maghrib (coucher du soleil),  certaines mosquées annoncent l’heure de l’iftar en battant des tambours permettant aux gens de rentrer chez  eux. Le repas de l’iftar en Tanzanie comprend essentiellement des dattes, de l’eau sucrée, du riz parfumé à  la noix de coco avec des légumes et du poisson. Pour les boissons, on sert du thé à la vanille et des jus de  fruits tropicaux.

La Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, le Ramadan est appelé « sune  kalou », ce qui signifie le mois de jeûne. Tout au  long de ce mois sacré, les mosquées diffusent des  enregistrements du Coran à la voix du cheikh  égyptien Abdel-Basset Abdoul-Samad, qui est  devenu le récitateur le plus célèbre en Côte  d’Ivoire. L’iftar en Côte d’Ivoire est différent  de tout autre pays africain. Car presque toutes  les familles prennent souvent leur iftar hors de  la maison : les familles préparent leur propre  nourriture et l’apportent à une famille pauvre afin  que tout le monde puisse partager ensemble cette  rupture de jeûne.

En général, l’iftar en Côte d’Ivoire est un  repas léger qui varie d’une région à l’autre ;  le « madid », le « tharid », ainsi que la soupe  restent parmi les plus servis. De plus, le plat le  plus célèbre du Ramadan est le « momi ». C’est  un pain cuit d’une façon très particulière, fait  d’orge, et mangé avec l’huile ivoirienne. Les  boissons les plus connues sont l’hibiscus, le  gingembre, le « cerveau du roi » et le « dajih »,  qui est une poudre locale mélangée à du lait, de  la farine et du sucre.

L’Erythrée

Dans la capitale,  Asmara, les musulmans  prennent l’iftar aux  mosquées tous les  vendredis et lundis.  Pendant les nuits du  Ramadan, des sessions y  sont organisées appelées  « Samra », qui incluent  des sessions réservées  aux femmes et aux filles.  Les Erythréens suivent  un rituel spécial après  l’iftar : le thé et le café,  avec du gingembre et  de la cardamome, sont  servis dans un pot spécial  appelé « gabna »,  en poterie, à côté du  « hambasha », qui est  du pain fait de farine,  de sucre, de levure et de  margarine. Les familles  se réunissent autour de  la table et prennent leur  café et leur thé en trois  étapes différentes. La  première s’appelle « la  coupe », la deuxième  « baraka » (bénédiction)  et la troisième « khadr ».  Des festivals ont lieu  les 10 derniers jours du  Ramadan .

L’Afrique du Sud

En Afrique du Sud, les « maankykers » (observateurs de la lune) sont  officiellement sélectionnés par le Conseil judiciaire musulman local pour  déclarer l’apparition de la nouvelle lune. Cela doit être déclaré à l’oeil nu  une nuit où les nuages sont clairs. Les « maankykers »se réunissent sur l’un  des magnifiques sommets de la montagne du Cap pour déterminer si le  croissant du Ramadan est visible. A Johannesburg, les jeunes sont habitués  à jouer au football après les prières de tarawih.

En Afrique du Sud, qui se  caractérise par une grande diversité ethnique, comportant des Africains,  des Indiens, des Malaisiens et des Indonésiens, les manifestations de  célébration du Ramadan varient en termes de nourriture. Les musulmans  indiens, par exemple, utilisent fréquemment des épices chaudes dans la  préparation des repas et des boissons, comme le « ganjoi »et la « harira »,  ce qui est pour eux une sorte de retour aux sources et de nostalgie pour le  passé. Des plats frits, des glucides, du sucre et des pâtisseries font partie du  régime alimentaire habituel du Ramadan en Afrique du Sud.

Le Kenya

Les villes à majorité musulmane sont décorées de tissus colorés et le  début du mois est célébré dans une ambiance festive. Les musulmans  au Kenya s’échangent les félicitations en battant les tambours. Avant  le sohour, le repas précédant l’aube, ils battent aussi les tambours pour  réveiller les musulmans et chantent des chansons islamiques pour les  exhorter à jeûner. Sur la table de l’iftar, on trouve des plats sucrés pour  vaincre la soif, mais aussi des plats traditionnels comme le riz cuit à la  noix de coco, qui est généralement servi avec du poisson ou du poulet. 

Les « sokoma » sont servis en apéritif. Il s’agit de choux cuits avec  des tomates et des oignons. L’iftar se sert avec du thé kényan. Dans  les mosquées, des musulmans se réunissent pour un iftar en groupe afin  de partager la nourriture ensemble. Même au temps du sohour, ils se  rassemblent dans les mosquées distribuant des fruits tropicaux et des  bouteilles d’eau pour se préparer au jeûne du lendemain.

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