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L’art au service des femmes de la rue

May Sélim, Jeudi, 04 mai 2023

La septième édition de l’exposition Le Printemps des artistes se déroule du 5 au 7 mai, au Club diplomatique du centre-ville du Caire. 400 oeuvres de 80 artistes y seront exposées. Les revenus de l’exposition iront au Samusocial International, pour aider les femmes de la rue.

L’art au service des femmes de la rue
L’identité architecturale de la cité, par Nour Hussein.

Au siège du club diplomatique du caire, beau bâtiment qui date de 1907, les préparations sont en cours pour accueillir la septième édition de l’exposition collective Le Printemps des artistes. Cette édition, organisée par 10 femmes francophones ré­sidentes en Egypte, propose du 5 au 7 mai une large gamme de plus de 400 oeuvres réalisées par 80 artistes.

Le Printemps des artistes a pour mission d’établir des passerelles pour soutenir à la fois des artistes contemporains et une association caritative à fort impact social. L’événement allie la dynamisation de la scène artistique à l’aide concrète aux plus démunis. Cette manifestation artistique a été lancée au Caire en 2017, par deux Françaises résidant en Egypte, avec pour ambition de laisser une empreinte positive dans leur pays d’accueil. L’édition de cette année est placée sous le haut patronage de l’ambassade de France et est organisée au profit du Samusocial Egypte qui aide à la réinsertion des enfants des rues et des jeunes mères isolées.


Masques de Santo Makoi.

A l’origine, le Samusocial International (SSI) est une ONG française créée en 1998 par le Dr Xavier Emmanuelli, 5 ans après avoir développé le premier Samusocial à Paris. Le SSI est présent dans les grandes villes du monde pour apporter des réponses adéquates au phénomène croissant de l’exclusion sociale en milieu urbain, et en 2008, il a ouvert un bureau au Caire.

« Nous aidons les adolescents et les en­fants à avoir des tests et des soins médi­caux et nous les guidons vers des centres d’hébergement. Nous organisons des ate­liers d’artisanat aux jeunes pour leur four­nir du travail ou pour les aider à établir de petits projets. Cette année, les revenus de l’exposition du Printemps des artistes seront destinés au soutien des femmes de la rue. Et ce, pour les aider à prendre soin d’elles-mêmes et de leurs petits. Beaucoup sont des femmes qui, après l’accouche­ment, ne trouvent ni de soutien ni de lieu d’hébergement. Ce n’est pas facile pour elles d’allaiter leurs bébés dans la rue. Nous cherchons à construire pour elles des centres et des asiles d’hébergement et leur fournir les soins nécessaires », explique Géraldine Tawfik, directrice du Samusocial International Egypte. Et Isabelle Gilistro, directrice de la septième édition du Prin­temps des artistes, de souligner : « Nous oeuvrons de la même manière que les gale­ries d’art. C’est-à-dire le pourcentage des ventes accordé normalement à la galerie est réservé au Samusocial International ».


Set Al-Kol Bamba Kachar par Waël Hamdan.

Femmes et ville

Fouiller dans les rues de la ville, les bâtiments architecturaux imposants, à la recherche d’images de personnes souriantes ou en détresse est un sujet récurrent chez les peintres et photographes de cette septième édition. Parfois, la ville avec ses constructions urbaines paraît écrasante et dominante. Elle s’empare de tout : la plage, les bords du Nil, les espaces verts. La présence des habitants est minime. Les immeubles paraissent colorés, on dirait des formes géométriques agencées et tangentes, comme chez Osama Farid. Celui-ci propose des tableaux abstraits de la ville urbaine, mais aussi d’autres peintures plus réalistes qui révèlent les constructions des grandes villes de par le monde.

Les peintures de Waël Hamdan, à l’origine photographe, évoquent le Vieux Caire. Elles montrent la rue d’Al-Moez avec un jeu de couleurs jaunes rayonnants témoignant des effets d’éclairage sur les bâtiments et une moto qui roule.

Nour Hussein peint la ville à l’aide de couleurs gaies. Les constructions architecturales trahissent les couleurs ternes d’une ville de la Haute-Egypte avec ses mosquées, ses mausolées et ses habitants, alors qu’Alexandrie, avec son célèbre théâtre romain, grouille d’embouteillages.

Salma El-Sharkawy est hantée par les lignes que trace l’identité architecturale dans une ville. Avec des lignes géométriques rudimentaires et une palette limitée, elle réussit à montrer une vue à vol d’oiseau de la ville et plus précisément le quartier de Garden City, donnant sur le Nil.

Dans d’autres peintures, des portraits de femmes traduisent leurs aspirations. Ce sont des femmes que l’on trouve dans les villes d’Egypte comme ailleurs, aujourd’hui ou autrefois. Certaines ont marqué l’Histoire par leurs aventures artistiques, d’autres sont plutôt à la recherche de liberté. Le portrait signé Waël Hamdan révèle une femme maquillée avec un corps généreux. Sur sa tête est inscrit : Set Al-Kol Bamba Kachar (la patronne Bamba Kachar, en allusion à une célèbre danseuse orientale du début du siècle dernier). Considérée en tant qu’icône de beauté, elle s’est donnée à la danse orientale, défiant sa classe sociale. Elle a participé aux premiers films muets égyptiens.

Une ville dominante, par Osama Farid.

La graphiste Kamar Shafie dessine sur l’écran de sa tablette. Il suffit de toucher l’écran avec son doigt pour dessiner sans relâche. Ses oeuvres montrent des femmes en postures sensuelles. La jeune peintre Nada Sherif est, quant à elle, soucieuse de la liberté des femmes et de leur lutte quotidienne au sein d’une société patriarcale. Ses protagonistes femmes sont souvent à vélo. Elles ont le corps déformé et les traits téméraires, prêtes à se lancer dans l’aventure routière.

Chez l’artiste soudanais installé en Egypte Santo Makoi, les visages de femmes, avec leurs couleurs de peau mate, leurs accessoires et leurs habits de couleurs criardes, sont réduits à des masques. Leur esprit rebelle ressort du tableau.

Même chose avec la sculpture de Zeinab Sobhy, montrant une femme à la tête haute. Elle scrute l’horizon. La posture de la statue révèle l’ambition d’une femme qui veut se libérer, s’envoler.

Ainsi, il s’agit souvent dans les oeuvres de cette exposition de femmes en ville. Celles qui cherchent à surmonter les peines et les maux du quotidien. Elles aspirent à changer de vie, à connaître un meilleur sort, ce qui rejoint l’objectif du Samusocial et des organisatrices de l’événement.

Du 5 au 7 mai au Club diplomatique du Caire. Les 5 et 6 de 10h à 17h, le 7 mai de 10h à 18h. 12, rue Abdel-Salam Aref, à l’angle de la rue Talaat Harb et Qasr Al-Nil, centre-ville.

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