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Cent ans racontés en trois heures

Hanaa Al-Mekkawi , Vendredi, 24 mars 2023

Le metteur en scène et comédien Mohamad Sobhi présente sa nouvelle pièce Aëla Etaamallaha Bloc (une famille qui évolue dans le temps). Il remonte un siècle en arrière et revient au temps présent, évoquant l’évolution des rapports familiaux.

Cent ans racontés en trois heures
Sobhi résume l’évolution de la société égyptienne en trois actes.

Le rideau s’est levé sur une projection, essayant d’imaginer la vie en 2027, selon le scénario fictif, les machines prendront le contrôle de tous les aspects du quotidien, les êtres humains se ressembleront davantage, comme s’ils étaient les rouages d’un même engin. Tous dormant dans des boîtes, ils se rendent au travail sans réfléchir. Mais un jour, l’un d’entre eux se réveille et décide de se rebeller contre cet état inhumain. Il part à la recherche des raisons pour lesquelles on est arrivé là, en remontant dans le temps pour découvrir comment vivait sa propre famille il y a cent ans. La vidéo projetée est préparée et réalisée par Chadi Al-Hakim. Elle sert à introduire le sujet de la nouvelle pièce comique de Mohamad Sobhi, Aëla Etaamallaha Bloc (une famille qui évolue dans le temps).

L’intrigue commence par une scène où Saad Zaghloul, leader de la Révolution de 1919, est reçu dans la maison d’un dignitaire égyptien très conservateur, en 1927. Malgré sa passion pour la culture et les arts, l’hôte est un homme à paradoxes. Il juge par exemple que le gramophone peut détruire la famille et affecter sa cohésion. C’est un homme oriental, qui se veut moderne, qui possède une bibliothèque bien garnie, regroupant des ouvrages en littérature, notamment sur la poésie, et lequel incarne toutes les contradictions de la société égyptienne.

Puis, le metteur en scène nous situe de nouveau dans le temps présent, on voit bien que toutes les conditions de vie ont changé, avec les télévisions, les téléphones portables, Internet, etc. Apparemment, le grand-père conservateur avait raison, le progrès technologique impacte les relations familiales, dans le mauvais sens. Avec les années qui passent, on sent le poids du politique, les conditions économiques sont de plus en plus difficiles, depuis l’époque de Gamal Abdel-Nasser jusqu’à présent, en passant par les années de l’ouverture économique sous Sadate. Tout le monde devient plus matérialiste et individualiste. On cherche le gain rapide comme ce descendant de la famille qui a reçu autrefois Saad Zaghloul ; il est prêt à vendre l’ancienne bibliothèque de son grandpère, sa grande maison … Bref, n’importe quoi !


La pièce nous fait découvrir plein de talents en herbe.

La musique qui traverse les époques

L’un des aspects les plus positifs du spectacle, écrit par Moustapha Chehayeb, est sa capacité à faire référence aux conflits latents, sans discours directs. Il les suggère plutôt de manière intelligente, à travers des descriptions et des allusions poétiques. Le metteur en scène maintient un rythme assez dynamique au premier acte, alors que le deuxième cherche à forcer le rire, en l’absence d’émotions et de chaleur humaine. L’espace scénique assez restreint a permis de bien garder le lien avec le public. Celui-ci échange les regards avec les comédiens, se sent complice du jeu, d’où ses réactions assez vives et instantanées.

La diversité du choix musical permet de lier les différentes époques. Il en est de même pour le décor varié conçu par Mohamad Gharbawi et les costumes de Marwa Odeh, reflétant également la divergence des catégories sociales en question dans la pièce. Et ce, sans exagération aucune. Wafaa Sadeq, qui tient la vedette devant Mohamad Sobhi, a réussi à entrer dans la peau de plusieurs personnages, tantôt elle est l’épouse, tantôt la fille, et puis la mère dans le troisième acte. Elle maîtrisait tous les rôles, passait subtilement de l’un à l’autre, attachant un intérêt particulier aux détails. Quant au reste des comédiens, ils sont tous membres de l’« Acting Studio », que tient Sobhi lui-même, afin de former de jeunes artistes. Ils ont dévoilé des talents multiples, étant capables de chanter, danser et jouer avec la même aisance. Ce sont des talents à suivre : Dalia Hassan, Réhab Hussein, Menna Tareq, Laila Fawzi, Angelica Ayman, Lamia Orabi, Dalia Nabil, Kamal Attiya, Moustapha Youssef, Mohamad Youssef, Mohamad Saïd, Mahmoud Abou-Haniya, Mohamad Chawqi Tantawi, Michael William et Helmi Galaleddine.

La pièce sera reprise après le Ramadan, pendant la fête du petit Baïram, et durera deux ans. Au théâtre de la cité Sonbol, sur la route désertique d’Alexandrie, 20 km après le péage à la sortie du Caire.

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