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De beaux rêves qui tournent en cauchemar

May Sélim, Dimanche, 19 mars 2023

Le metteur en scène Hani Afifi et le compositeur, dramaturge et producteur Ibrahim Maurice présentent leur nouvelle pièce musicale Wala fil Al-Ahlam (même pas dans les rêves). Un spectacle amusant sur les planches du théâtre Qasr Al-Nil.

De beaux rêves qui tournent en cauchemar
Safargel et Bargel, un fonctionnaire et un alchimiste. (Photo  : Bassam Al-Zoghby)

Pendant plus d’une dizaine d’années, le théâtre Qasr Al-Nil a sombré dans l’oubli. Ce théâtre, qui accueillait autrefois les concerts d’Oum Kalsoum, Abdel-Halim Hafez, Warda, ainsi que les pièces de théâtre des comédiens Samir Ghanem, Chérihane et Mohamad Sobhi, entre autres, était presque abandonné depuis la Révolution du 25 Janvier 2011.

Aujourd’hui, il renaît de ses cendres en accueillant une nouvelle comédie musicale intitulée Wala fil Al-Ahlam (même pas dans les rêves), mise en scène par Hani Afifi, écrite et mise en musique par le producteur Ibrahim Maurice. Les deux créateurs collaborent pour la deuxième fois, après le succès de leur première pièce musicale Leila en 2017. «  Après Leila, j’ai commencé à écrire Wala fil Al-Ahlam. Le texte lyrique était prêt en 2019, mais le projet a été reporté à cause de la pandémie. Le metteur en scène Hani Afifi et moi-même, nous nous entendons bien, c’est pourquoi je tenais à retravailler avec lui », souligne Ibrahim Maurice, compositeur et producteur, qui a fondé sa propre troupe de théâtre en 2016, à savoir le Théâtre musical égyptien. « Afin de présenter mes textes lyriques et mes spectacles musicaux, j’avais besoin de producteurs prêts à s’aventurer dans ce champ assez coûteux. Il était difficile d’en trouver un; donc, j’ai décidé de lancer ma formation théâtrale en la dotant d’un cadre institutionnel pour pouvoir monter mes spectacles. Je ne cherche pas à cumuler les profits commerciaux, mais essentiellement à offrir des spectacles différents au public et d’autres formes de musique », précise-t-il.

La pièce se situe dans les années 1960 et raconte l’histoire des deux frères Safargel et Bargel. Le premier est un fonctionnaire traditionnel à la recherche du bonheur et le deuxième un alchimiste qui tente de produire une potion magique permettant aux gens de faire de beaux rêves. Ainsi, on se réveille heureux, aspirant à une journée pleine d’espoir ! Safargel boit la potion magique de son frère. Pendant le sommeil, il rêve de sa dulcinée Gamila, sa voisine à qui il n’arrive jamais à parler. Le rêve se prolonge et les situations deviennent de plus en plus intrigantes.

Le choix du cadre temporel de l’oeuvre est bien justifié par le metteur en scène Hani Afifi, expliquant : « C’est une décennie assez romantique. Elle est riche de par sa mode vestimentaire, son architecture, l’environnement culturel. La langue de communication avait même quelque chose de plus raffiné. Bref, elle se caractérisait par une certaine élégance. Revenir à cette époque donne lieu à des scènes, visuellement, plus belles ».


L’amour idéal, c’est une chimère  ! (Photo  : Bassam Al-Zoghby)

Les costumes conçus par Marwa Auda restituent cette ambiance raffinée : des robes très féminines de toutes les couleurs, des vestes classiques … Pendant le rêve, lorsque les amants se rencontrent, les vêtements deviennent plus bariolés et les couleurs criardes. Les décors et l’éclairage de Mohamad Al-Gharbawi et Yasser Chaalan restituent l’architecture du centre-ville de l’époque.

L’arrière-plan est composé d’un écran sur lequel sont projetées des peintures des deux côtés des planches. « L’écran de projection facilite la transition rapide entre les scènes », fait souligner Afifi. En fait, cette astuce est subtilement utilisée. Parfois, la peinture nous projette dans une longue rue, faisant partie de la scène urbaine d’autrefois. Parfois, elle nous place entre les murs d’une salle de séjour avec des plafonds hauts, dans un jardin tout en verdure, etc.

L’éclairage accentue les couleurs verte, lilas et jaune, lorsque les événements se situent dans le jardin, ou s’avère plutôt neutre dans la maison des deux frères, plus lumineux dans la rue ...

Un jeu de paradoxes

Dès les premières scènes, l’humour est introduit à travers un jeu de paradoxes. D’abord à travers les contrastes entre les deux frères: Safargel, fonctionnaire en costume classique, et Bargel, avec des cheveux frisés, portant une robe blanche avec des dessins comiques. Les paradoxes sont courants aussi dans les scènes de rêves, montrant tour à tour la belle Gamila avec son soupirant, puis avec d’autres, révélant sa face vulgaire et cruelle.

Les rêves se poursuivent : Safargel y épouse sa voisine Zahra, à qui il ne prête pas attention dans la réalité. Malheureusement, après le mariage, elle est entièrement épuisée par les tâches ménagères et l’éducation des enfants. Leur vie conjugale est vite consumée par la routine, de quoi déclencher les rires. Le couple, toujours en conflit, fait rarement la paix. Il se plaint de la cherté de la vie : une paire de pigeons coûte 40 piastres ! C’est la fin du monde ! Le metteur en scène fait allusion à la crise économique actuelle avec beaucoup de sarcasme. La comparaison s’impose avec les années 1960.

Les comédiens sont des chanteurs professionnels, dont les voix ensorcèlent le public. Mohamad Abdou de la troupe Black Theama, Zahra Rami, Mona Hala et plusieurs autres ont déjà fait leurs preuves dans le domaine du chant. Ibrahim Maurice adopte le rock théâtral. Il y mêle de la musique orientale, tout en ayant recours à des instruments de percussions pour donner le rythme à la pièce. S’ajoute à cela le style de chant arabe classique, prolongeant les dernières syllabes. Ce mixage musical engendre des airs assez familiers.

Tout le monde chante et danse. La chorégraphie de Sally Ahmed réussit à refléter des danses collectives, évoquant les histoires de couples, les relations entre voisins du héros, la dépression de l’un des deux principaux personnages. A l’aide de mouvements simples, les comédiens s’expriment en chantant ou en dansant.

Le rêve de Safargel tourne en cauchemar. Même en dormant, il n’arrive pas à atteindre le bonheur, d’où le titre Même pas dans les rêves. Les voisins essayent de le réconforter, lui conseillent de ne jamais chercher le bonheur absolu. Dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas.

Wala fil Al-Ahlam, Jusqu’au 19 mars, tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 20h au théâtre Qasr Al-Nil. 6 A, rue Qasr Al-Nil, centre-ville.

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