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L'université et la contestation pro-Frères

Mardi, 28 octobre 2014

La rentrée universitaire a fait un début chaotique, mais plus calme que l’année dernière. Reportée de deux semaines, jusqu’au 11 octobre, pour renforcer les mesures de sécurité aux entrées et autour des campus, elle a été marquée par plusieurs manifestations estudiantines et des affrontements intermittents avec la police, qui se sont soldés par le décès d’un étudiant à l’université d’Alexandrie et l’arrestation de plus de 160 autres.

Les autorités appréhendaient la répétition des affrontements très violents de l’année dernière, fomentés sur les campus, et parfois à l’extérieur, par des centaines d’étudiants affiliés ou partisans des Frères musulmans, qui protestaient ainsi contre le nouveau régime politique, après la destitution, le 3 juillet 2013, du président Mohamad Morsi, issu de la Confrérie. En comparaison, les troubles estudiantins de l’année présente, provoqués toujours par les partisans des Frères musulmans, sont moins violents, moins fréquents et plus sporadiques, en raison de l’essoufflement du mouvement de protestation pro-Frères et du renforcement des mesures de sécurité.

Mais des mouvements estudiantins affiliés à des partis et groupes politiques, sans être partisans des Frères musulmans, ont fait leur apparition cette année. Ils s’opposent à ce qu’ils considèrent être des limitations aux libertés des étudiants dans l’université. Ainsi, une « coalition des étudiants d’Egypte » vient de voir le jour le 18 octobre. Composée d’étudiants appartenant aux partis Al-Dostour, L’Egypte forte, le Parti démocratique égyptien, le Courant populaire, le Parti Egypte-Liberté, le mouvement du 6 Avril, le Mouvement socialiste révolutionnaire et le Groupe Résistance, elle réclame une université « libre » et « indépendante ». Pour ce faire, la coalition demande, entre autres, la libération de tous les étudiants arrêtés, la révocation de toutes les lois qui limitent les libertés estudiantines, le retour des tous les groupes étudiants interdits et l’amendement du règlement estudiantin, de manière à permettre la participation des étudiants dans la prise de décision.

La création de cette coalition est le produit d’un ensemble de facteurs, dont l’arrestation des dizaines d’étudiants, même s’ils appartiennent en majorité à la Confrérie. Il s’agit de la mise en place d’un ensemble juridique et régulateur qui frappe d’interdit toute activité politique étudiante et vise à raffermir le contrôle du gouvernement sur les universités. Dans sa quête de stabilité, les autorités du Caire poursuivent leur politique sécuritaire contre les Frères musulmans et leurs partisans dans les universités, qui sont des foyers de contestation, souvent violente, notamment dans l’université d’Al-Azhar. Bien qu’elle vise principalement la Confrérie, cette politique tend aussi à bannir toute autre contestation, notamment violente. La rentrée universitaire a été ainsi marquée, dès avant son début, par l’annonce d’une série d’interdits et de restrictions relatives aux activités politiques des étudiants.

Début septembre, le ministre de l’Enseignement supérieur, Sayed Abdel-Khaleq, a annoncé l’interdiction de toute activité politique dans les campus, y compris pour le corps enseignant et les employés des universités. En août, le président de l’Université du Caire, Gaber Nassar, a annoncé l’interdiction de toute activité politique estudiantine, ajoutant que les groupes étudiants seront dissouts s’ils font de la politique. En conséquence, les groupes affiliés aux partis Al-Dostour, de L’Egypte forte et Al-Nour (salafiste) ont été gelés.

Certes, les mesures de sécurité qui visent à faire face à des actes de violence, de sabotage et de perturbation du processus d’enseignement et de la vie étudiante sont les bienvenues. Idem pour les mesures administratives et disciplinaires qui cherchent à garantir le bon déroulement des cours et à protéger la vie humaine, les installations universitaires et les biens publics et privés. Comme l’annonce, en janvier dernier, par le Conseil suprême des universités, d’un amendement du règlement des universités, accordant aux recteurs des universités le droit d’expulser les étudiants coupables d’actes terroristes et de sabotage, ceux qui ciblent les installations universitaires, les examens ou le travail dans les campus, portent atteinte aux personnes, aux propriétés publiques ou privées, et incitent les étudiants à commettre des actes de violence.

Il faut toutefois garder un équilibre entre la nécessité de maintenir la sécurité et la sérénité du processus éducatif et le droit des étudiants à réfléchir et à discuter du présent et de l’avenir de leur pays. L’université est avant tout un lieu d’enseignement, mais aussi un lieu de réflexion et d’échange d’idées, dans le respect, certes, des règles universitaires et du droit de tous à la sécurité.

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