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L’Egypte et le conflit libyen

Lundi, 13 octobre 2014

La visite au Caire, les 8 et 9 octobre, du premier ministre de la Libye, Abdallah Al-Thinni, marque une nou­velle étape dans l’engagement de l’Egypte aux côtés du gou­vernement de son voisin. Le Caire s’est engagé, lors de la visite, à lui apporter un soutien sécuritaire, face au danger des milices islamistes qui sévissent dans plusieurs régions du terri­toire libyen. L’Egypte appor­tera ainsi son aide à la forma­tion de l’armée et de la police libyennes aux méthodes de la lutte antiterroriste. Les deux pays se sont également enten­dus sur la nécessité de renfor­cer leur coopération sécuritaire en matière de contrôle de la frontière commune qui s’étend sur 1115 km.

Depuis l’assassinat de l’ex-dirigeant libyen Muammar Kadhafi, fin 2011, et la consé­quente intensification du conflit libyen entre factions rivales, cette frontière est devenue poreuse, permettant la circulation de militants isla­mistes dans les deux sens et le commerce illicite de tous types de marchandises, notamment la contrebande d’armes prove­nant de l’arsenal de l’armée libyenne, à destination des groupes terroristes égyptiens basés au Sinaï, mais aussi des factions palestiniennes dans la bande de Gaza et des différents groupes de l’opposition armée au régime de Bachar Al-Assad en Syrie. Depuis la destitution de l’ancien président issu des Frères musulmans, Mohamad Morsi, en juillet 2013, le dan­ger terroriste en provenance de la frontière de l’ouest est deve­nu de plus en plus réel, avec notamment la recrudescence des attaques meurtrières contre l’armée et la police, dont celle qui a coûté la vie à 22 gardes-frontières en juillet dernier. Depuis, l’Egypte agit sur trois niveaux. Le premier est destiné à encourager la coopération sécuritaire avec la Libye, en proie au désordre et au militan­tisme islamiste lourd de consé­quences. L’accord sécuritaire conclu lors de la visite d’Al-Thinni au Caire s’inscrit dans ce cadre. La volonté du Caire d’une coordination rapprochée anti-islamiste avec la Libye est partagée par le chef du gouver­nement libyen, en situation très délicate et hautement périlleuse. Les milices isla­mistes, qui avaient joué un rôle majeur dans la chute du régime de Kadhafi, se sont récemment emparées de la capitale Tripoli et de larges parties de la deuxième ville du pays, chef-lieu de l’est, Benghazi, obligeant le Parlement dernière­ment élu et le gouver­nement d’Al-Thinni à fuir vers la petite ville de Tobrouk, à l’est. Ces islamistes, qui appar­tiennent à plusieurs groupes, dont l’Aube de la Libye (Tripoli) et Ansar Al-Charia (Benghazi), contestent la légitimité du Parlement élu et du gouverne­ment. Elles ont ainsi rétabli l’ancien Parlement dominé par les islamistes, et ont formé un nouveau gouvernement. La faiblesse du gouvernement libyen, qui peine à imposer son autorité sur l’ensemble du ter­ritoire, soulève de sérieux doutes sur ses capacités à com­battre efficacement les milices islamistes et les groupes terro­ristes qui menacent la sécurité de l’Egypte.

Le Caire a parallèlement agi au niveau régional, auprès des pays voisins de la Libye, et a sollicité une mobilisation internationale pour un désar­mement des milices et un embargo sur les armes à leur destination. Mais le peu d’em­pressement, voire l’inaction, de la communauté internatio­nale à intervenir dans le bour­bier libyen pose des limites importantes à tout progrès dans ce domaine. Seule l’ini­tiative de l’Algérie, proposée dans le cadre de l’action régionale, de réunir dans la deuxième moitié d’octobre à Alger les protagonistes libyens en vue d’une réconci­liation nationale, fait preuve du sérieux nécessaire, en s’at­taquant à l’aspect politique de la crise en Libye.

Le dernier niveau de l’action du Caire s’adresse aux tribus du Désert occidental, frontalier de la Libye, où des bédouins sont impliqués dans la contre­bande. Les autorités égyp­tiennes se sont employées à convaincre les dirigeants de ces tribus de leur remettre les armes trafiquées et de coopérer contre les actes terroristes en pro­venance de la Libye, moyen­nant le réexamen de procès intentés contre des bédouins et le paiement de compensations aux familles dont les fils ont été tués lors des violences qui ont suivi la chute des Frères musulmans. L’action du gouvernement à ce niveau s’est soldée par une meilleure coopération entre les bédouins et les services de sécurité en matière de contrôle de la frontière et de la contre­bande.

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