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Une guerre pour rien ?

Mardi, 02 septembre 2014

Quel bilan peut-on dresser des sept semaines d’agres­sion israélienne contre la bande de Gaza? La conclusion d’une trêve, le 26 août, entre le Hamas et Israël a mis un terme au conflit le plus meurtrier entre les deux par­ties, qui se sont affrontées à 2 reprises, en 2008-2009 et 2012. Côté palestinien, le bilan des pertes humaines est très lourd: 2139 morts, essentiel­lement des civils, dont 490 enfants, des milliers de blessés et des infrastructures dévas­tées.

Sur le plan politique, aucun des deux protagonistes n’a vraiment gagné la bataille. Chacun y a atteint certains de ses objectifs. Cependant, le Hamas semble mieux tirer son épingle du jeu. Loin d’avoir réalisé tous ses buts, notam­ment la levée totale du blocus, il a réussi à obtenir son allége­ment immédiat avec l’ouver­ture des points de passage avec Israël et l’Egypte, et l’exten­sion de la zone de pêche de l’enclave jusqu’à 6 milles marins. Certes, l’arsenal mili­taire du Hamas a été durement endommagé, notamment le réseau de tunnels souterrains dans la région frontalière avec Israël, et plusieurs de ses com­mandants ont été assassinés, mais il a tenu face à l’une des armées les plus puissantes du Moyen-Orient. Et dans ce type de guerre asymétrique, où la force militaire la plus puis­sante, Israël, ne parvient pas à défaire son ennemi, est consi­déré comme une victoire pour la partie faible, le Hamas.

Israël, en revanche, a moins atteint ses objectifs. Il est parti en guerre avec le but déclaré de faire taire les tirs de roquettes du Hamas et des autres groupes islamistes contre son territoire. Or, ces tirs n’ont cessé tout au long du conflit. Seul le cessez-le-feu, et non la puissance militaire de l’armée israélienne, y a mis un terme. Il n’est donc pas éton­nant dans ces conditions que le premier ministre, Benyamin Netanyahu, se soit trouvé sous le feu des critiques, après la conclusion de la trêve avec le Hamas, en raison des résultats peu concluants de son offen­sive militaire contre la bande de Gaza. Au moment où l’économie israé­lienne souffre juste­ment des effets de cette guerre, avec notamment la chute des revenus du tou­risme et la récession que prévoit la Banque Centrale. Celle-ci estime que le taux de crois­sance en Israël perdra 0,5 % cette année à cause de l’impact de l’attaque militaire.

Reste que les gains relatifs des deux belligérants sont fra­giles et risquent d’être effacés avec le temps si les deux par­ties ne parviennent pas à les consolider en concluant un accord à long terme, lors de la prochaine reprise des négocia­tions au Caire. C’est là que commenceront les choses sérieuses: les négociations autour des revendications majeures des deux protago­nistes, dont dépend la durabi­lité de l’actuel cessez-le-feu.

Côté palestinien, le Hamas insiste sur une levée totale du blocus imposé par Israël depuis 2007 et la construction d’un aéroport et d’un port à Gaza. Or, Israël n’envisage ces possibilités que dans le cadre d’un désarmement total de la résistance palestinienne à Gaza. Ce que rejettent catégo­riquement le Hamas et les autres groupes islamistes palestiniens. Pour eux, ce scé­nario n’est envisageable que dans le cadre d’un accord de paix définitif garantissant les droits du peuple palestinien.

Les belligérants ont été obli­gés d’accepter l’arrêt des hosti­lités en raison de la montée des pressions sur eux. Netanyahu s’est ainsi trouvé face à la montée des critiques de la classe politique, notamment la droite extrémiste, son rival aux prochaines législatives, et de l’opinion publique, à cause des résultats non décisifs de son offensive, alors que le Hamas ne pou­vait indéfiniment supporter les conséquences des lourdes pertes humaines et de la dévastation de la bande de Gaza devant son opinion publique. Ils ont donc conclu une trêve dont les termes sont proches de ceux déjà conclus dans le passé. A moins d’un accord global, le nouveau ces­sez-le-feu, fragile comme ses prédécesseurs, porte en lui les germes d’une nouvelle défla­gration l

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