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Séculiers contre islamistes

Lundi, 18 août 2014

La scène politique en Egypte est en pleine recomposition, en prévision des légis­latives attendues fin 2014. Le ciel commence cependant peu à peu à s’éclaircir avec l’appa­rition progressive de trois coa­litions électorales ou forces politiques, en lice pour le pro­chain scrutin, troisième et der­nière étape de la feuille de route annoncée le 3 juillet 2013, à la suite de la destitu­tion du président Mohamad Morsi.

La première de ces forces, qui semblerait devoir dominer la scène, est la coalition élec­torale du « Wafd égyptien », dominée, comme son nom l’indique, par le parti libéral du Wafd (centre droit), la plus ancienne formation politique égyptienne, dont la création remonte au début du XXe siècle. L’alliance comprend quatre formations libérales de droite: le Parti social-démo­crate, la Réforme et le déve­loppement, les partis conser­vateurs et de la Conscience, tous nés après le soulèvement populaire du 25 janvier 2011. Cette alliance devrait être rejointe par celle du « Courant démocratique », comprenant 6 formations libérales, dont 3 de gauche et 3 de droite. Les pre­mières sont l’Alliance popu­laire socialiste, le parti nassé­rien Al-Karama, et le Courant populaire. Celles de droite sont Al-Dostour, Al-Adl et L’Egypte Liberté. Cette coali­tion a décidé de rejoindre celle du Wafd, après le refus du der­nier d’intégrer des figures de proue du régime de Moubarak et la fin de non-recevoir oppo­sée par les dirigeants du Wafd à Amr Moussa, ancien ministre des Affaires étrangères de Moubarak, qui tentait de for­mer, sous sa houlette, une large coalition électorale, la Nation égyptienne, de forma­tions séculières, qui feraient face aux forces et candidats islamistes aux prochaines législatives. Les composantes du « Courant démocratique » se veulent avant tout des forces « révolutionnaires » qui représentent les idéaux du 25 janvier, d’où leur refus de toute coopération avec des figures de l’ancien régime.

La deuxième coalition, en compétition avec la première, est le Front égyptien. Sa tenta­tive d’adhésion à celle du Wafd a été rejetée par ce der­nier, car elle est majoritairement dominée par des caciques du régime de Moubarak. Elle comprend les for­mations séculières de droite du Mouvement national, fondé par Ahmad Chafiq, dernier premier ministre de Moubarak et ancien candidat à la présiden­tielle en 2012, du parti Misr Baladi, présidé par l’ancien ministre de l’Intérieur sous Moubarak, Ahmad Gamaleddine, des partis Le Congrès, fondé par Amr Moussa, Al-Ghad et L’Egypte moderne, mais aussi du parti de gauche, Al-Tagammoe.

La raison d’être des deux précédents blocs séculiers est de faire barrage aux partis et candidats appartenant aux courants de l’islam politique. Ceux-ci forment le 3e bloc politique. Leur principal repré­sentant est le parti salafiste Al-Nour, après l’interdiction et la dissolution du parti des Frères musulmans, Parti Liberté et Justice (PLJ). Entouré de petites formations salafistes, Al-Nour aspire à récupérer une partie de l’élec­torat du PLJ, partisane d’un rôle plus important de la reli­gion dans la vie politique et publique. Il était arrivé en deu­xième position, après le PLJ, aux dernières législatives de fin 2011, avec 25% des sièges. Mais le vent a bien tourné depuis la chute de la confrérie, et Al-Nour devrait subir l’effet de la désaffection populaire vis-à-vis de l’islam politique.

Le parti subit également un isolement politique imposé par les deux principales coalitions séculières. Il se trouve presque seul, si l’on fait abstraction des quelques petits par­tis salafistes. Il est sur la défensive face aux accusa­tions du camp sécu­lier qui le taxe de parti religieux, vio­lant la Constitution de janvier 2014, qui interdit la formation de partis politiques à base de religion.

Reste à savoir finalement le poids réel de ces différentes coalitions électorales et du parti Al-Nour lors des pro­chaines législatives, à partir du moment où la nouvelle loi sur l’élection du Parlement, pro­mulguée en juin, fait la part belle aux candidats indépen­dants auxquels elle accorde 75% des sièges (420), contre 20% seulement (120) aux listes de partis.

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