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Iraq, Syrie : un même combat

Dimanche, 29 juin 2014

Quels effets auront les derniers succès militaires de l’Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) sur la guerre civile en Syrie ? A première vue, on serait tenté de croire que la percée de l’EIIL (Daech en arabe) en Iraq renforcerait sa présence sur le terrain en Syrie voisine. Cette supposée conséquence n’est pas aussi évidente.

D’abord, l’avancée militaire de l’EIIL au nord et à l’ouest de l’Iraq, dans les zones à majorité sunnite, oblige cette organisation à consacrer plus d’hommes et d’argent au contrôle et à la défense de ces vastes régions, qu’il dirige comme un Etat dans l’Etat, contre les assauts de l’armée régulière, secondée désormais par les Etats-Unis. On estime que plus de la moitié de l’ensemble des combattants de Daech, qui sont de l’ordre de 10 000, se trouvent aujourd’hui en Iraq. Cette concentration, appelée à croître, de l’effort de guerre sur le territoire iraqien affaiblirait en conséquence les opérations de l’EIIL en Syrie, concentrées dans la région frontalière de l’Iraq, au nord et au nord-est.

Le récent départ de Syrie vers l’Iraq de milliers de miliciens chiites iraqiens, afin de défendre le régime dominé par la majorité chiite contre l’EIIL, aura également des répercussions en Syrie. Ces miliciens étaient venus en Syrie pour aider le régime alaouite (une branche du chiisme) de Bachar Al-Assad, contre l’insurrection sunnite radicale de Daech. Leur retour progressif en Iraq oblige le régime de Damas, éventuellement en coordination avec Bagdad, à augmenter la pression militaire sur les régions contrôlées par ces djihadistes ultra-radicaux. Cette réorientation de l’effort militaire pourrait faire le bonheur des autres groupes rebelles syriens hostiles à l’EIIL. Le départ des miliciens iraqiens pourrait également pousser le Hezbollah chiite libanais à envoyer ses combattants en vue de combler cette lacune, avec l’aide des conseillers militaires des Gardiens de la révolution islamique en Iran. Ces trois composantes chiites des alliés régionaux de Damas défendent, aux côtés de l’armée syrienne, ce qu’ils considèrent être l’axe chiite au Moyen-Orient, composé de l’Iran, de l’Iraq, du régime de Damas et du Hezbollah, contre la majorité sunnite.

Lors de leur avancée en Iraq, les combattants de Daech ont saisi de l’armée iraqienne d’importantes quantités de pièces d’artillerie, de chars, de véhicules blindés, d’armes légères, de dispositifs de communication et de munitions …

Des informations font état d’un transfert d’une partie de ces armes vers le territoire syrien, en vue de leur usage contre le régime de Damas et contre les rebelles rivaux. Ces informations sont de nature à rendre les gouvernements occidentaux encore plus réticents à livrer à l’opposition syrienne des armes offensives et modernes de peur qu’elles ne tombent entre les mains des djihadistes, au grand dam de l’opposition modérée. Cette réticence aura pour conséquence de réduire la pression sur Al-Assad, que beaucoup d’Occidentaux considèrent dorénavant comme un moindre mal en comparaison avec les islamistes radicaux de l’EIIL ou du Front Al-Nosra, qui s’inspirent tous deux de l’organisation terroriste d’Al-Qaëda. Mais si Daech se trouve entraîné dans une guerre d’usure en Iraq sans issue rapide, ce qui semble se profiler à l’horizon avec l’aide militaire américaine, il est probable qu’il perdra du terrain en Syrie au profit des autres factions de l’opposition et de Damas.

Les conflits en Syrie et en Iraq sont désormais considérés comme liés, en raison des liens existant entre eux et des desseins de Daech pour l’établissement d’un califat dans les deux pays, dont les frontières communes sont aujourd’hui pratiquement inexistantes, permettant les déplacements de combattants et la contrebande d’armes. Cette situation risque de créer une contagion dans les pays voisins où l’EIIL a une présence, comme le Liban et la Jordanie. Elle est également de nature à attirer tous genres d’intervention étrangère, régionale et internationale, au détriment des populations locales .

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