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La ruée chinoise vers l’Afrique

Mercredi, 05 juin 2024

La Chine vient de célébrer, le 25 mai, la « Journée de l’Afrique », marquant le 61e anniversaire de la création de l’Organisation de l’Unité africaine, prédécesseur de l’Union africaine.

A l’occasion, Pékin a réitéré son engagement en faveur du développement économique du continent. Une promesse qui s’illustre par la croissance des investissements chinois de 114 % en 2023. L’engagement total de la Chine en Afrique — une combinaison de contrats de construction et d’investissements — s’est élevé l’année dernière à 21,7 milliards de dollars, dont les investissements ont atteint un record de 11 milliards de dollars.

Les investissements de la Chine se concentrent sur deux volets, les infrastructures et l’industrie extractive, notamment des minerais rares et critiques pour l’industrie chinoise. Ainsi, 7,8 milliards de dollars ont été consacrés à l’exploitation minière, comme la mine de cuivre de Khoemacau au Botswana, que la société chinoise MMG Ltd a achetée pour 1,9 milliard de dollars, et les mines de cobalt et de lithium en Namibie, en Zambie et au Zimbabwe.

Stimulés par l’initiative « La Ceinture et la Route », lancée en 2013, les investissements chinois ont alimenté un boom des infrastructures à travers l’Afrique qui souffre d’un déficit important dans ce domaine, manquant de réseaux de transport adéquats, de réseaux énergétiques fiables et de systèmes de communication appropriés. 46 pays sur les 54 que compte l’Afrique ont signé des accords dans le cadre de cette initiative. Ces accords englobent divers projets, des ports et des chemins de fer aux réseaux de télécommunications, et offrent un potentiel important de développement et de croissance économique. Le chemin de fer Mombasa-Nairobi au Kenya, un corridor commercial vital, et celui reliant Addis-Abeba à Djibouti, permettant de désenclaver l’Ethiopie, en sont de parfaits exemples. Des centrales électriques, y compris des barrages hydroélectriques comme celui de Merowe au Soudan, et des installations d’énergie solaire ont été construites pour améliorer l’accès à l’électricité, un moteur essentiel de l’activité économique. Des investissements dans les infrastructures de télécommunications ont également été réalisés, y compris des réseaux de fibres optiques et des tours mobiles, améliorant la connectivité à travers l’Afrique, facilitant la communication, l’accès à l’information et la participation à l’économie numérique.

De 2000 à 2022, la Chine a accordé des prêts de 170 milliards de dollars pour financer ces projets, ce qui a alourdi la dette extérieure des pays africains. Plusieurs de ceux-ci ont été de plus en plus incapables de rembourser et ont demandé un allègement de leurs dettes. Cette situation a poussé la Chine, qui souffrait également d’un ralentissement économique dû à la pandémie de Covid-19, à réduire ses prêts publics et à s’engager dans une nouvelle approche qui privilégie les investissements privés, notamment en encourageant les entreprises chinoises à prendre des participations dans les sociétés africaines.

En conséquence de l’implication grandissante de Pékin en Afrique, celle-ci est devenue un moteur qui alimente la croissance économique continue de la Chine. Alimenté par une demande chinoise insatiable de matières premières et un marché africain de consommation en plein essor avide de produits manufacturés, le commerce sino-africain a grimpé en flèche ces dernières années pour atteindre un record de 282 milliards de dollars en 2023, la Chine représentant plus de 18 % du commerce total de l’Afrique. Cette augmentation spectaculaire reflète l’importance stratégique de l’Afrique pour les ambitions économiques de la Chine. L’Afrique possède 30 % des réserves minérales mondiales, y compris des minerais d’importance stratégique tels le lithium, un composant vital pour les véhicules électriques et l’électronique, alimentant la révolution technologique chinoise. Ce métal se trouve en abondance dans des pays comme la République démocratique du Congo.

En plus de sa richesse en ressources naturelles, l’Afrique se transforme en une puissance de consommation, avec un appétit croissant pour les produits manufacturés chinois. Avec une population jeune qui devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050 et une classe moyenne qui s’urbanise rapidement, la demande africaine d’électronique, de matériaux d’infrastructure et de produits de consommation devrait augmenter considérablement au cours des prochaines décennies.

En raison de l’importance stratégique de l’Afrique, l’engagement de la Chine va au-delà des activités purement économiques. Pékin fait usage de sa « puissance douce » en encourageant activement les échanges culturels à travers des initiatives telles que les Instituts Confucius et des programmes de bourses pour les étudiants africains. Ainsi, la Chine est en deuxième position, après la France et avant les Etats-Unis, dans l’accueil dans ses universités d’étudiants africains (81 562 en 2020, contre 126 331 pour la France et 48 275 pour les Etats-Unis).

L’une des raisons de la réussite de la Chine en Afrique se trouve dans son approche qui contraste fortement avec l’implication des Etats occidentaux. Contrairement à ces derniers qui conditionnent leurs aides économiques à la bonne gouvernance et aux réformes démocratiques, la Chine donne la priorité à un développement économique rapide sans ingérence dans les affaires intérieures des Etats africains. En retour, elle reçoit un soutien politique, gagne en influence et en prestige et consolide son image de puissance mondiale.

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