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Guerre d’usure à Gaza

Mercredi, 22 mai 2024

Alors que la guerre de Gaza est entrée dans son huitième mois, Israël est loin d’atteindre ses objectifs déclarés et semble bien enlisé dans un bourbier, sans fin en vue.

La guerre actuelle, menée contre quelque 30 000 combattants du Hamas, selon les estimations israéliennes, n’a pas abouti à une victoire, malgré quelques succès tactiques. Israël n’a atteint aucun de ses trois principaux objectifs : la défaite du Hamas, le retour de tous les otages israéliens et l’assurance que le groupe de résistance ne puisse rétablir son contrôle militaire ou politique sur l’enclave palestinienne une fois les combats terminés.

En décembre dernier, l’armée israélienne a déclaré la victoire dans le camp de réfugiés de Jabalia, affirmant qu’elle avait brisé l’emprise du Hamas sur son fief traditionnel dans le nord de la bande de Gaza. Cinq mois plus tard, les troupes israéliennes sont de retour à Jabalia pour combattre les militants du Hamas, qui se sont rapidement regroupés dans les zones « nettoyées » par Israël. Selon des habitants du nord de Gaza, le Hamas a lancé une campagne de recrutement et a installé un nouveau quartier général à Jabalia, après le retrait de l’armée israélienne en fin 2023. D’autres preuves montrent que le Hamas s’est regroupé dans des zones du centre et du nord de Gaza qu’Israël affirme avoir « nettoyées » il y a des mois.

L’offensive d’Israël à Gaza, qui était censée être rapide, a cédé la place à une rude bataille d’usure, soulignant à quel point il reste loin de son principal objectif militaire, la destruction complète du Hamas. En tant que groupe de résistance qui a facilement accès aux recrues, à un vaste réseau de tunnels et est profondément ancré dans le tissu social de Gaza, le Hamas a montré qu’il pouvait résister à une guerre prolongée et dévastatrice. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a récemment déclaré qu’Israël avait tué 14 000 combattants du Hamas. Un chiffre qui n’est pas vérifiable de manière indépendante et aucune preuve n’a été fournie pour l’étayer. Même ce chiffre équivaudrait à moins de la moitié de la force de combat estimée du Hamas avant la guerre. Il est par ailleurs contesté par de hauts responsables du renseignement américain qui affirment que l’armée israélienne n’a réussi à tuer qu’un tiers des combattants du Hamas et à détruire un tiers de son vaste réseau de tunnels.

La reprise de violents combats dans le nord de l’enclave intervient alors que l’armée israélienne poursuit sa campagne très critiquée par la communauté internationale dans la ville méridionale de Rafah, longtemps présentée par Netanyahu comme une bataille finale contre les derniers bataillons intacts du Hamas. Maintenant, des responsables américains et certains membres du gouvernement israélien offrent des évaluations de plus en plus claires sur la résilience du Hamas et l’échec de Netanyahu à élaborer un règlement politique au conflit.

En effet, Netanyahu a constamment refusé les propositions américaines d’envisager une voie vers un Etat palestinien ou d’accorder à l’Autorité palestinienne, qui gouverne une partie de la Cisjordanie, un rôle de premier plan dans la bande de Gaza d’après-guerre. Il a indiqué que son gouvernement n’accepterait pas que l’Autorité palestinienne, qu’il a qualifiée d’entité hostile, prenne le contrôle de Gaza. Les autres propositions impliquant des forces extérieures de la région ou des Nations-Unies n’ont pas réussi à gagner du terrain, alors que l’option préférée de Netanyahu — persuader les chefs de clan de gérer l’enclave au nom d’Israël — n’est pas viable car elle est une recette pour la corruption et les règlements de comptes entre familles rivales. Des experts militaires israéliens, dont le ministre de la Défense, Yoav Gallant, avertissent qu’Israël pourrait se diriger vers une nouvelle occupation militaire, un scénario cauchemardesque pour l’armée israélienne et une nouvelle ligne de faille dans les relations avec les Etats-Unis.

La vérité est que Netanyahu refuse obstinément de présenter un plan réalisable sur l’après-guerre à Gaza, afin de se maintenir au pouvoir. Un tel plan inclurait nécessairement un engagement d’Israël dans un processus de paix avec une entité palestinienne, probablement une Autorité palestinienne réformée. Un tel plan inciterait au moins deux partis d’extrême droite de la coalition de Netanyahu, le Parti sioniste religieux et Force juive, à quitter le gouvernement, forçant de nouvelles élections. De même, des concessions importantes pour obtenir la libération des otages, telles que la libération de militants palestiniens de haut rang des prisons israéliennes ou l’autorisation d’un retour massif des Palestiniens déplacés dans le nord de la bande de Gaza, pourraient conduire à l’effondrement de sa coalition d’extrême droite et à la tenue d’élections anticipées. Les sondages montrent systématiquement que Netanyahu essuierait une défaite écrasante lors d’une élection. Plus la guerre dure, plus elle met en évidence le fait qu’Israël n’a ni vision, ni stratégie pour vivre en paix côte à côte avec les Palestiniens.

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