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La politique israélienne d’affamer les Palestiniens

Mercredi, 27 mars 2024

L’ONU tire à nouveau la sonnette d’alarme.

La moitié des 2,3 millions de Palestiniens de la bande de Gaza sont au bord de la famine à cause de la poursuite des bombardements et de la politique délibérée d’Israël d’affamer la population. C’est ce qu’a affirmé le dernier rapport de l’« Integrated Phase Classification » (IPC), un groupe onusien de surveillance de la faim dans le monde qui comprend le Programme Alimentaire Mondial (PAM), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et d’autres agences. Selon le rapport publié le 18 mars, la faim et la malnutrition ont déjà « largement dépassé » le seuil de famine dans le nord de Gaza où 70 % de la population souffrent de « niveaux catastrophiques » de faim. Environ 210 000 Palestiniens, sur une population de quelque 300 000 dans le nord, seraient déjà dans la « Phase 5 », la plus élevée de l’échelle de l’insécurité alimentaire de l’IPC, connue sous le nom de « Phase de catastrophe ». Dans les deux tiers des ménages du nord, les gens ont passé des journées et des nuits entières sans manger au moins 10 fois au cours des 30 derniers jours, a révélé le rapport. Dans le sud, cela concerne un tiers des ménages. Le rapport prévient qu’entre « la mi-mars et la mi-juillet » dans le scénario le plus probable d’une offensive terrestre israélienne à Rafah, la moitié de la population de la bande de Gaza devrait faire face à des conditions catastrophiques, autrement dit, serait en famine.

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a promis de lancer une offensive terrestre à Rafah, la ville la plus méridionale de l’enclave, qui est bombardée depuis des semaines et où environ 1,5 million de Palestiniens ont trouvé refuge. En parallèle, le conseiller présidentiel américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, a révélé qu’Israël n’avait présenté aucun plan ni aux Etats-Unis ni au reste du monde sur la protection des civils palestiniens en cas d’offensive.

L’IPC, mise en place il y a 20 ans, fournit les évaluations les plus fiables des crises humanitaires. Ses chiffres pour Gaza sont les pires de tous les temps. Elle estime que 677 000 personnes, soit 32 % de tous les Gazaouis, vivent aujourd’hui dans des conditions « catastrophiques » de famine et que 41 % supplémentaires sont dans des conditions « d’urgence » (Phase 4). La famine est définie en droit pénal international comme le fait de priver des personnes d’objets indispensables à leur survie. Cela comprend non seulement la nourriture, mais aussi les médicaments, l’eau potable, l’assainissement, les abris, le combustible de cuisine et les soins maternels pour les enfants. Depuis le début du conflit, le 7 octobre, Israël a imposé un siège total sur la bande de Gaza, privant la population de nourriture, d’eau, de carburant, de médicaments et de fournitures médicales.

Les conclusions du rapport de l’IPC ont provoqué des réactions en chaîne, mettant à l’index la politique délibérée d’Israël d’affamer les Palestiniens, en tant que punition collective visant à leur imposer une mort lente, à les soumettre et à les forcer à quitter leur terre. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a estimé qu’il s’agit du « plus grand nombre de personnes confrontées à une faim catastrophique jamais enregistré, n’importe où, n’importe quand », alors que la directrice du PAM, Cindy McCain, a révélé que « la vitesse à laquelle cette crise de la faim et de la malnutrition, provoquée par l’homme, a ravagé Gaza est terrifiante », pointant du doigt la responsabilité d’Israël. Le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, n’y est pas allé par quatre chemins, accusant l’Etat hébreu d’utiliser « la famine comme une arme de guerre » et affirmant que la famine n’était pas « une catastrophe naturelle » mais qu’elle est causée par Israël qui « empêche l’aide humanitaire d’entrer à Gaza ».

Le PAM estime que Gaza a besoin d’au moins 300 camions de nourriture par jour pour répondre uniquement aux besoins élémentaires de la faim. Or, l’agence onusienne n’a réussi à faire entrer que neuf convois dans le nord de Gaza depuis le début de l’année, en raison des restrictions israéliennes. Jusqu’au 7 octobre, environ 500 camions chargés de produits essentiels entraient chaque jour à Gaza. Depuis, moins d’un tiers de ce nombre a été autorisé à entrer, tandis que la production alimentaire locale a été réduite à presque zéro en raison des bombardements israéliens.

Les travailleurs humanitaires affirment qu’Israël empêche délibérément l’entrée des convois humanitaires, notant que l’agence israélienne qui contrôle l’accès à Gaza, COGAT, a imposé des critères arbitraires à l’entrée des secours. En conséquence, les Gazaouis représentent désormais 80 % de toutes les personnes confrontées à la famine ou à une faim catastrophique dans le monde, a noté dès janvier un groupe d’experts onusiens des droits de l’homme. Seul un cessez-le-feu permanent permettant l’entrée sans entrave de l’aide humanitaire pourrait mettre un terme à la dégradation de la situation.

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