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A propos de la Chine et du Moyen-Orient

Mercredi, 17 janvier 2024

« A défaut d’être le centre du monde — sauf peut-être durant l’Antiquité —, le Moyen-Orient n’a cessé d’être au coeur de son agenda », relève l’éminent politologue français Bertrand Badie dans son introduction analytique du rapport annuel « L’état du monde 2021 ».

Durant les temps anciens, le Moyen-Orient était l’objet de l’occupation et de la concurrence entre les puissances coloniales. Aujourd’hui, le Moyen-Orient est devenu le théâtre d’une présence effective de nombreuses puissances : les anciennes superpuissances, les nouvelles superpuissances et les puissances régionales émergentes.

La Chine est en tête des nouvelles superpuissances. Selon une étude, « la Chine a dû attendre la fin des années 1990 et la montée de sa puissance jusqu’à devenir un géant asiatique pour découvrir l’importance du Moyen-Orient pour son économie et sa nouvelle politique internationale ». De nombreuses sources sont d’accord pour dire que le début du nouveau millénaire a témoigné de l’orientation de la Chine vers le Moyen-Orient, le décrivant de « périmètre vital, indispensable et crucial ». C’est à partir de cette date que la région avec toute sa diversité, le changement dans ses conflits et son étendue, des pays de l’Orient jusqu’à l’Iran, est devenue partenaire de la Chine.

Dans l’énorme projet économique chinois transcontinental, connu sous le nom de l’initiative de « La Ceinture et la Route », qui est la réincarnation de l’axe historique de la « Route de la soie », le Moyen-Orient est une région axiale en ce qui concerne la liaison entre l’océan Indien et l’Europe.

Les relations étrangères chinoises s’appuient sur une philosophie de trois étapes composées de l’instauration de partenariats économiques, du développement d’infrastructures et du commerce et de la coopération dans les technologies modernes, de la technologie nucléaire civile aux énergies renouvelables. Les trois étapes ont été accomplies par des choix très précis en deux décennies, à partir de l’an 2000. Cette philosophie a été appliquée dans toutes les régions vitales du monde dont le Moyen-Orient et l’Afrique. En vingt ans, le commerce chinois avec le Moyen-Orient a été multiplié par 25. Plus que la moitié des besoins pétroliers de la Chine provient des grands producteurs de la région ; il est prévu que ces besoins doublent d’ici 2035.

Afin de comprendre la position chinoise envers l’agression israélienne barbare contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, il faut avant tout comprendre la nature de l’action chinoise au niveau international. Le comportement de la Chine se caractérise par la discrétion et la détermination, comme le décrit Bertrand Badie dans son livre Nouvelles perspectives de l’ordre mondial. C’est ainsi que Badie a résumé les ambitions chinoises pour accéder au sommet de l’économie mondiale, se basant sur un PIB qui rivalise avec celui des Etats-Unis et dépassant les économies allemande, japonaise, française et britannique.

Partant de sa position économique actuelle, la Chine est une superpuissance par excellence. Ceci lui permet d’agir dans le système économique international à partir des principes de la mondialisation et à la lumière d’une diplomatie qui oscille entre mystère, discrétion et dissimulation, poussant d’autres parties à adopter des positions effectives tout en leur accordant un soutien complet.

La Chine forme sa position politique conformément à ses intérêts stratégiques. Par conséquent, elle n’adopte pas de positions tranchées envers les événements qui se déroulent. La Chine se contente de s’abstenir de voter au Conseil de sécurité, laisse la Russie prendre les positions les plus claires et la soutient en même temps par une diplomatie à la fois stricte et douce et aussi à travers les bases militaires en cas de nécessité. Chose que la Chine fait avec grande précision en suivant un comportement diplomatique envers les affaires du Moyen-Orient au sein desquelles se trouvent la cause palestinienne et tout ce qui concerne l’Iran dans ses relations avec l’Occident. En même temps, la Chine pratique un comportement strict et ferme par une présence matérielle permanente de son arsenal dans le Golfe et l’installation de bases militaires à l’étranger dont la première était celle annoncée à Djibouti en 2017. Tous ces comportements se complètent.

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