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Quel avenir pour le Hamas ?

Mercredi, 10 janvier 2024

Alors que l’armée israélienne a annoncé le 1er janvier qu’elle commençait à retirer plusieurs milliers de soldats de la bande de Gaza, dans ce qui constitue la réduction d’effectifs la plus importante depuis le début de la guerre contre le Hamas le 7 octobre, un premier bilan des combats s’impose.

Israël était obligé de réduire ses opérations militaires sous l’effet conjugué de la forte pression des Etats-Unis, inquiets du lourd bilan parmi les civils palestiniens, et de l’impact négatif sur l’économie israélienne de la mobilisation de plus de 350 000 réservistes, sans fin en vue des combats. L’économie devrait en conséquence se contracter de 2 % au premier trimestre de 2024.

Après 3 mois de guerre, Israël n’a pas encore atteint ses objectifs consistant à démanteler les capacités militaires du Hamas ou sa capacité à régner à Gaza, et n’a pas réussi à libérer les plus de 100 otages qui y seraient toujours retenus. Cependant, Israël maintient que bien qu’il n’ait pas encore vaincu le Hamas, il est proche de son objectif, affirmant avoir « éliminé » 8 500 combattants sur les quelque 30 000 que compte son bras armé, les brigades Ezz Al-Din Al-Qassam. Mais les pertes du Hamas sont certainement inférieures à ce qu’Israël prétend. Des estimations plus proches de la réalité les situeraient à quelque 4 000 combattants.

Les brigades Al-Qassam ont subi de lourdes pertes, mais la plupart de ses bataillons restent des unités de combat efficaces. L’Institute for the Study of War, un centre de réflexion américain bien informé, estime que sur 26 à 30 bataillons de combattants, qui auraient existé le 7 octobre, chacun comptant de 400 à 1 000 hommes, seuls trois ont été détruits. Sur le reste, 4 ou 5 bataillons auraient été « dégradés », ce qui signifie que leur force est réduite, mais qu’ils continuent à se battre, seuls ou en rejoignant d’autres unités. Durant les trois mois de guerre, la branche militaire du Hamas s’est révélée exceptionnellement efficace : toutes les unités dont les commandants ont été tués ont continué à se battre sous leurs adjoints. S’appuyant sur ses excellents renseignements sur le terrain, Israël a réussi à tuer au moins 5 commandants de bataillon lors de raids aériens ciblés, et au moins 6 autres sont morts au combat, dont le commandant de la Brigade nord. Pourtant, aucune de ces unités n’a été rendue sans commandement et ne s’est effondrée, confirmant la capacité du Hamas à planifier et à former des adjoints compétents.

Malgré ses pertes, le groupe est toujours vivant et dynamique. Politiquement, il est toujours, de facto sinon de jure, la seule entité exerçant un contrôle sur ce qui reste des structures civiles lourdement endommagées dans la bande de Gaza. Tant qu’il conservera les otages israéliens, le Hamas continuera d’être une partie inévitable sans laquelle aucune libération de ces captifs ne sera possible.

Israël a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’y avait pas de place pour le Hamas dans les structures civiles d’après-guerre de Gaza, mais n’a pas jusqu’ici produit un plan alternatif concret. Diverses suggestions selon lesquelles l’avenir de Gaza serait meilleur sans le Hamas ont été émises, mais personne n’a produit une suggestion cohérente sur la manière de supprimer le Hamas et par qui le remplacer. Les Etats-Unis, certains pays arabes et diverses organisations internationales ont suggéré que Gaza d’après-guerre soit dirigée par une Autorité palestinienne remaniée et revitalisée sous la présidence de Mahmoud Abbas, mais n’ont présenté aucun plan tangible sur la manière d’y parvenir. Pour l’instant, cela reste un voeu pieux. Pour l’avenir prévisible, le Hamas est là pour rester.

Contrairement à l’image prédominante en Israël et dans l’Occident faisant du Hamas un groupe terroriste, nombreux Palestiniens le voient sous un jour différent. Ceux qui se considèrent comme victimes de l’oppression israélienne, de l’inégalité de traitement et de la discrimination vouent souvent du grand respect au Hamas en tant que défenseur intrépide des Palestiniens et comme le seul groupe à le faire. De nombreux jeunes nés après les accords d’Oslo en 1993, qui devaient aboutir à une solution à deux Etats, admettent être frustrés par l’incapacité de l’Autorité palestinienne, contrôlée par le mouvement Fatah, à obtenir ce qui a été convenu dans ces accords. Ce sentiment de frustration est devenu particulièrement fort en Cisjordanie, dirigée par le Fatah, qui est considéré par de nombreux jeunes comme inefficace, corrompu et peu intéressé à travailler pour la cause palestinienne. Un sondage d’opinion publié le 13 décembre par le Centre palestinien de Recherche sur les politiques et les enquêtes a montré une augmentation du soutien au Hamas parmi les Palestiniens, y compris dans la bande de Gaza dévastée, et un rejet écrasant du président soutenu par l’Occident, Mahmoud Abbas, avec près de 90 % disant qu’il doit démissionner. Le sondage a indiqué que 44 % en Cisjordanie soutiennent le Hamas, contre seulement 12 % en septembre. A Gaza, le groupe bénéficie d’un soutien de 42 %, en légère hausse par rapport à 38 % il y a trois mois.

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