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Le sens de l’élargissement des BRICS

Vendredi, 01 septembre 2023

Le groupe des BRICS (Chine, Russie, Inde, Brésil et Afrique du Sud) a accepté le 24 août l’adhésion de six nouveaux pays : l’Arabie saoudite, l’Egypte, les Emirats Arabes Unis (EAU), l’Iran, l’Argentine et l’Ethiopie, dans le but de restructurer un ordre mondial qu’il considère dépassé, ne reflétant pas l’existence de puissances émergentes.

En optant pour cette expansion, les dirigeants des BRICS, réunis dans leur 15e sommet à Johannesburg, ont laissé la porte ouverte à de futurs élargissements : plusieurs autres pays souhaitent rejoindre un groupe qu’ils espèrent capable de modifier les règles du jeu mondial, dominées par l’Occident.

L’élargissement, qui prend effet le 1er janvier, ajoute un poids économique et géopolitique aux BRICS et renforce leur ambition déclarée de devenir un champion des pays du Sud, dont beaucoup se sentent injustement traités par les institutions monétaires internationales contrôlées par l’Occident. Les BRICS cherchent à développer un mouvement vers un monde multipolaire et à affaiblir l’hégémonie des Etats-Unis, telle qu’exercée par des structures comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Les promesses des BRICS de défendre les intérêts du Sud font partie d’un changement d’orientation du groupe de l’économie vers la géopolitique. A l’origine, les BRICS se sont regroupés autour des questions de finance, de développement et de commerce. Mais le bloc a évolué pour symboliser les intérêts de nations émergentes face à un Occident hégémonique. Ce développement a été accéléré par l’apparition d’âpres rivalités stratégiques au niveau mondial et de multipolarité croissante. Ainsi, Pékin invoquait les menaces d’une nouvelle guerre froide avec Washington pour justifier l’élargissement du bloc. Pour Moscou, le groupe est un forum pour défier l’Occident qui cherche à isoler la Russie à cause de son invasion de l’Ukraine. Quant aux puissances moyennes qui veulent rejoindre les BRICS, leur adhésion leur apporte des bénéfices économiques évidents, tels des investissements et des transactions commerciales en monnaies locales, un accès plus aisé aux capitaux et à la technologie. Elle leur offre également un espace pour accroître leur influence internationale, notamment face à l’Occident.

On comprend que la poussée vers l’expansion a été largement tirée par la Chine qui veut accroître son influence mondiale face aux Etats-Unis. Elle avait le soutien de la Russie. Toutes deux poussaient à l’élargissement dans le but de renforcer le bloc comme contrepoids au Groupe des 7 et d’autres institutions dirigées par l’Occident et comme alternative à l’ordre mondial libéral mené par les Etats-Unis. En revanche, l’Inde et le Brésil craignent de s’aliéner l’Occident et que l’expansion ne dilue leur influence au sein du bloc. L’Inde en particulier, en concurrence avec la Chine, estime qu’un grand élargissement transformerait les BRICS en porte-parole de Pékin. New Delhi, qui a un différend frontalier avec Pékin, se trouve de plus en plus attiré par Washington en raison de leurs préoccupations communes concernant une Chine affirmée. Un bloc anti-américain ne lui serait donc pas souhaitable. Se trouvant dans une situation difficile face au changement d’identité des BRICS, New Delhi a ralenti l’adhésion de nouveaux membres l’année dernière en appelant à l’élaboration préalable de critères d’adhésion. Il a notamment proposé qu’un nouveau membre ne doive pas faire l’objet de sanctions internationales, excluant l’adhésion potentielle de l’Iran. Mais il lui était difficile de freiner le mouvement, étant donné la pression de la Chine, l’acteur principal du groupe, soutenue par la Russie.

L’élargissement décidé à Johannesburg traduit diverses considérations. Il y a d’abord la volonté de représenter le Sud dans son ensemble : trois pays d’Asie, deux d’Afrique et un d’Amérique latine. Il répond également à des critères d’ordre économique et stratégique. Il associe trois grands producteurs d’énergie, l’Arabie saoudite, l’Iran et les EAU, aux plus grands consommateurs du monde en développement, la Chine et l’Inde, renforçant l’influence économique des BRICS et élargissant sa marge de manoeuvre contre la domination du dollar dans le commerce du pétrole et du gaz en passant à d’autres devises. L’Iran doit son adhésion à ses liens étroits avec Moscou et Pékin. Avec ce dernier, il a conclu en mars 2021 un accord de partenariat stratégique de 25 ans, faisant de lui un pilier de l’initiative chinoise « La Ceinture et la Route ». Téhéran a également fait cause commune avec Moscou dans leur lutte contre les sanctions américaines et l’isolement diplomatique, leurs liens économiques s’approfondissant à la suite du conflit ukrainien.

Quant à l’Egypte, qui maintient des liens étroits avec Pékin et Moscou, elle est le plus grand marché du Moyen-Orient, une puissance régionale bénéficiant d’un emplacement stratégique entre l’Afrique et l’Asie et contrôlant une voie maritime majeure, le Canal de Suez, par laquelle transitent 12 % du commerce mondial. Enfin, l’Argentine et l’Ethiopie sont deux puissances régionales. La première a été notamment voulue par le Brésil alors que la seconde, où la Chine investit massivement, a été surtout soutenue par l’Afrique du Sud, afin de renforcer le poids relatif de leurs continents respectifs au sein des BRICS.

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