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Le Yémen s’enfonce dans la guerre

Lundi, 07 février 2022

Le Yémen a entamé le Nouvel an avec une montée en flèche des combats qui augure mal pour les efforts de paix entrepris par l’Onu. Vendredi, une frappe aérienne de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a fait des dizaines de morts dans la ville de Saada, fief de la rébellion houthie qui contrôle le nord du pays. Un autre raid a ciblé le centre de communication dans la ville portuaire de Hodeida sur la mer Rouge, privant d’Internet l’ensemble du territoire. Cette campagne intensive de bombardements intervient à la suite de l’attaque houthie aux drones et aux missiles, le 17 janvier, contre une installation pétrolière-clé à Abu-Dhabi, la capitale des Emirats Arabes Unis (EAU). La coalition a immédiatement riposté en lançant des raids contre la capitale Sanaa, tuant au moins 12 personnes, dans le bombardement le plus meurtrier de la ville depuis 2019.

 


L’attaque du 17 janvier a démontré la capacité des Houthis à lancer des frappes à longue portée. Les rebelles yéménites mènent fréquemment des attaques transfrontalières contre l’Arabie saoudite, voisine du Yémen, mais aussi les EAU, qui ne partagent pas de frontière avec ce dernier, et qui sont distants de quelque 1 037 kilomètres. Les Houthis avaient précédemment affirmé avoir mené des frappes contre les EAU. Mais les autorités émiraties n’ont jamais reconnu les attaques présumées et de nombreux observateurs ont estimé que les allégations étaient farfelues.

Les EAU faisaient partie de la coalition qui est intervenue au Yémen en 2015 pour rétablir le gouvernement internationalement reconnu du président Abdrabbo Mansour Hadi, qui a été évincé par les Houthis en septembre 2014. En juin 2019, ils ont retiré la plupart de leurs troupes, après avoir estimé en privé que la guerre était impossible à gagner. Abu-Dhabi a toutefois conservé une influence significative au Yémen en soutenant des milices, notamment celles du Conseil de transition du Sud, une autorité de transition qui réclame la sécession du sud du pays, ainsi que la brigade des Géants, une milice hautement entraînée et dotée d’un équipement militaire de pointe. La plupart de ses combattants viennent du sud du Yémen et reçoivent des fonds et des armes des EAU. Grâce à leur contribution, les forces gouvernementales ont réussi, à la mi-janvier, à reprendre le contrôle de la province de Chabwa (sud-est), riche en pétrole, et sont parties à la reconquête de la province voisine de Marib, également pétrolifère. Ces victoires militaires, qui ont mis à mal les Houthis, expliquent la frappe du 17 janvier contre Abu-Dhabi.

Cette attaque a fait trois morts et 6 blessés et a provoqué l’explosion de trois camions-citernes dans la zone industrielle de Moussaffah, près des installations de stockage de la compagnie pétrolière nationale, ainsi qu’un incendie mineur à l’aéroport international d’Abu-Dhabi. Mais son objectif principal était d’écorner l’image d’oasis de stabilité et de sécurité des EAU. Cette réputation est l’un des principaux arguments des Emirats, les aidant à attirer des milliards de dollars d’investissements étrangers et des millions d’expatriés. Les Houthis sont à l’évidence conscients de la façon de la réputation des EAU en tant que centre pétrolier, commercial, touristique et de transport. Ils espèrent obtenir un haut rendement d’une frappe à faible coût en guise de représailles pour leurs récents revers militaires.

L’escalade de la violence au Yémen montre la détermination de la coalition à poursuivre la guerre contre les Houthis. Depuis le 25 décembre, les frappes aériennes se sont intensifiées et les combats au sol sont devenus plus féroces lorsque l’Arabie saoudite a lancé une attaque à grande échelle contre Sanaa, après que des missiles tirés par les Houthis ont tué deux personnes dans le royaume, les premiers morts de ce genre en trois ans. Le 28 décembre, l’envoyé de l’Onu au Yémen, Hans Grundberg, a estimé que l’ampleur des dernières escalades est « parmi les pires que nous avons vues au Yémen depuis des années ». Le raisonnement de la coalition – qui reproche à la rébellion d’avoir fait échouer toutes les initiatives de paix présentées depuis le début de la guerre — semble être la suivante : seule une action militaire résolue pourrait ouvrir la voie à une solution politique.

Certes, les gains militaires des Houthis au cours des sept dernières années de guerre les ont encouragés à radicaliser leurs positions, faisant échouer les efforts diplomatiques de l’Onu. Mais le choix des armes de la coalition est également à double tranchant, car si les frappes aériennes incessantes ont endommagé les installations et les armes des Houthis, elles ont également infligé de lourdes pertes à la population, servant par là même les objectifs de la rébellion de ternir l’image de la coalition et l’aidant à recruter de nouveaux combattants qui alimenteraient la poursuite de la guerre.

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