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Quelle politique américaine au Moyen-Orient ?

Jeudi, 20 janvier 2022

Un an depuis l’arrivée au pouvoir du président Joe Biden, qu’est-ce qui distingue la politique américaine au Moyen-Orient ? Celle-ci se caractérise par l’absence d’une stratégie globale qui chercherait à transformer la région. Il s’agit plutôt d’une politique pragmatique axée davantage sur la gestion du statu quo que sur la résolution des conflits, l’objectif étant de contrer les menaces aux intérêts des Etats-Unis avec le minimum de moyens.

Ce « réalisme » américain est bien présent dans l’ensemble des politiques de l’Administration Biden envers les principales crises de la région, du programme nucléaire de l’Iran à la question palestinienne et de la guerre en Syrie à celle au Yémen. Sur l’Iran, Washington veut revenir à l’accord nucléaire multilatéral, malgré les oppositions de ses principaux alliés du Golfe et d’Israël. Le calcul réaliste des Etats-Unis est que personne ne peut empêcher Téhéran de fabriquer une bombe nucléaire s’il le décide réellement et qu’il ne peut être non plus contraint d’abandonner son programme nucléaire, que ce soit par le biais de sanctions ou même par des frappes préventives contre ses installations d’enrichissement. Par conséquent, l’accord nucléaire reste la meilleure option.

Sur la question palestinienne, Biden a décidé de maintenir l’ambassade américaine à Jérusalem, cimentant le statu quo modifié établi par l’ancienne Administration. Il n’a pas non plus annulé la reconnaissance par Donald Trump de la revendication de souveraineté d’Israël sur le plateau syrien occupé du Golan. Biden a certes rétabli une partie de l’aide humanitaire aux Palestiniens, qui avait été supprimée par Trump, et a déclaré qu’il soutenait une solution à deux Etats. Mais il n’a rien fait pour concrétiser cette solution. Il n’a pas non plus tenu sa promesse de campagne d’ouvrir un consulat pour les affaires palestiniennes à Jérusalem-Est face à l’opposition d’Israël.

Sur le conflit syrien, on aurait pu s’attendre à un rôle américain plus actif si l’on se réfère aux déclarations de Biden lors de sa campagne électorale. Ce n’est pas qu’il a proposé un plan détaillé pour mettre un terme à la guerre civile, mais lorsque le candidat a parlé de la question, il a signalé une approche musclée. Or, un an plus tard, nous constatons que ce discours a laissé place à une reconnaissance implicite que le président Bachar Al-Assad a gagné la guerre et que personne ne peut rien y faire. La politique américaine est marquée par l’acceptation de cette réalité.

Sur le conflit au Yémen, Biden a annoncé dès son investiture l’arrêt du soutien aux « opérations offensives » saoudiennes et a demandé la fin de la guerre. Il a nommé à cet effet le diplomate chevronné Tim Lenderking en tant qu’envoyé spécial au Yémen, mais ses efforts diplomatiques et ses nombreux voyages dans la région n’ont rien donné jusqu’ici.

La politique moyen-orientale des Etats-Unis aux objectifs modestes est la conséquence de la modification de leurs priorités de politique étrangère en faveur de l’endiguement des ambitions mondiales de la Chine et de la Russie. En pratique, elle signifie une diminution de l’attention de haut niveau et de l’allocation de ressources diplomatiques, économiques et militaires. C’est dans ce sens que l’on comprend les efforts de la Maison Blanche visant à réduire les attentes de sa politique, afin que les revers inévitables ne soient pas considérés dans la région comme un indicateur du désintérêt américain, et à Washington comme un signe politiquement coûteux de la faiblesse ou de l’incompétence de Biden.

Cette nouvelle approche est l’une des leçons tirées à Washington de l’histoire récente de sa politique au Moyen-Orient. Depuis le 11 septembre 2001, les Etats-Unis sont devenus obsédés de manière disproportionnée par la région et ont surinvesti dans les moyens militaires pour exercer leur influence, au détriment des outils diplomatiques et économiques. Au cours des deux dernières décennies, ils ont constaté que, même en déployant l’armée la plus puissante du monde et en dépensant des milliards de dollars en interventions armées, ils ne pouvaient obtenir aucun des résultats souhaités. D’où l’élaboration d’une nouvelle approche axée sur un retrait relatif des affaires du Moyen-Orient et des objectifs modestes, loin de la volonté de transformer la région. Cette politique était déjà visible sous Barack Obama, puis Donald Trump.

Mais cette correction de cap implique l’évaluation précise de l’importance stratégique de la région pour Washington et ses alliés, en tant que source d’énergie, de capitaux d’investissement et d’achat d’armes, mais aussi — négativement — comme source potentielle d’instabilité en raison de ses multiples conflits. Certes, la région a perdu de son importance aux yeux des Etats-Unis au niveau bilatéral, mais elle reste vitale pour les intérêts de leurs alliés européens et leurs concurrents mondiaux, la Chine et la Russie. Ce qui signifie qu’elle garde son importance pour le maintien du leadership américain dans le monde

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