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Vers une impasse avec l’Iran ?

Mardi, 02 mars 2021

Les Etats-Unis et l’Iran se rapprochent de pourparlers sur le programme nucléaire de Téhéran. La danse délicate entre les deux parties est entrée dans une nouvelle phase ces derniers jours, après que le président Joe Biden avait offert d’engager des discussions directes avec l’Iran, avec la participation des autres puis­sances mondiales qui restent parties de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu en 2015. Une telle réunion pourrait avoir lieu dès ce mois de mars.

L’ancien président Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l’accord nucléaire en mai 2018 et a réimposé les sanctions américaines contre l’Iran, mettant Washington en désaccord avec ses plus proches alliés européens. Un an plus tard, l’Iran lui a emboîté le pas, prenant conti­nuellement des mesures hors de l’accord pour faire pression sur les Européens afin qu’ils com­pensent les sanctions américaines et fournissent le soulagement économique prévu par ledit accord.

Maintenant, les Etats-Unis sont de retour sur la même ligne que celle du groupe des trois puissances européennes (E3) faisant partie de l’accord nucléaire, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. Pour montrer sa bonne volonté, l’Administration Biden est revenue sur la déci­sion de Trump de vouloir rétablir toutes les sanctions de l’Onu contre l’Iran et a allégé les restrictions de voyage onéreuses imposées aux diplomates iraniens aux Nations-Unies. Elle a également accepté que la Corée du Sud débloque 1 milliard de dollars des avoirs iraniens gelés dans deux banques sud-coréennes. Le président iranien, Hassan Rohani, a, de son côté, révélé que des arrangements similaires avaient été conclus pour les fonds iraniens gelés en Iraq, au Japon et à Oman. De tels accords ne seraient pas possibles sans l’approbation de la Maison Blanche.

Pour aller de l’avant vers une reprise des négociations avec l’Iran, les membres de l’E3 ont récemment publié, en coordination avec Washington, une déclaration commune dans laquelle ils souhaitaient l’ouverture de pourpar­lers sur l’extension de l’accord nucléaire au programme de missiles balistiques de l’Iran et à sa politique régionale. Biden a, pour sa part, souligné sa volonté de resserrer et d'allonger les contraintes nucléaires de l’Iran. Or, les diri­geants iraniens ne veulent pas entendre parler d’un élargissement de l’accord nucléaire à d’autres dispositions. Le président réformiste Hassan Rohani tient cependant à sauver l’ac­cord initial avant la fin de son mandat le 18 juin prochain, car il était sa principale réussite en matière de politique étrangère. Il veut égale­ment retirer aux conservateurs cet argument de campagne électorale. L’Administration Biden est à son tour très désireuse de ressusciter l’ac­cord. Beaucoup de responsables américains qui l’ont négocié font maintenant partie de l’ac­tuelle administration, à commencer par le secré­taire d’Etat, Antony Blinken. Ils ont travaillé en étroite collaboration avec les membres du gou­vernement Rohani et sont personnellement investis dans l’idée de sauver l’accord.

Le problème principal qui se pose actuelle­ment est de s’entendre sur les termes de reprise des négociations. Les Etats-Unis refusent de lever les sanctions qu’ils ont réimposées sous Trump avant que Téhéran ne se conforme aux conditions de l’accord de 2015, alors que l’Iran refuse de réintégrer l’accord avant la levée com­plète des sanctions. Des considérations poli­tiques jouent beaucoup dans cette impasse. L’Administration Biden, sous le feu des cri­tiques des Républicains, ne veut pas être perçue comme trop laxiste face à Téhéran, car elle risque de perdre de son crédit politique si un accord complémentaire n’est pas trouvé. En même temps, Rohani ne veut pas être perçu comme celui qui a cédé aux exigences améri­caines face à ses opposants conservateurs qui contrôlent la plupart des puissantes institutions étatiques iraniennes. Une des solutions serait que Washington et Téhéran se conforment pro­gressivement à l’accord par des étapes concomi­tantes.

Cependant, la fenêtre d’une solution à long terme qui inclurait le programme de missiles balistiques et la politique de Téhéran dans le monde arabe pourrait se fermer rapidement à l’approche de la présidentielle iranienne. Déjà, l’actuel gouvernement réformiste à Téhéran n’est pas intéressé par de longues négociations qui seraient indispensables à une révision de l’accord nucléaire ou à un accord complémen­taire. Les dernières mesures iraniennes d’éloi­gnement de l’accord, prises après l’élection de Biden, sont probablement destinées à exercer une pression supplémentaire sur les Etats-Unis afin qu’ils reviennent rapidement à l’accord initial, de peur que les Iraniens ne développent leurs installations nucléaires d’une manière que Washington trouverait alarmante et irréversible. Dans ce sens, Téhéran a décidé, le 23 février, de ne plus partager les images de surveillance de ses installations nucléaires avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Le 4 janvier, l’Iran a commencé l’enrichisse­ment de l’uranium à 20 %, au-dessus de la limite de 3,67 % autorisée par l’accord de 2015. Le Guide suprême, Ali Khamenei, a souligné à l’occasion que l’Iran pourrait aller jusqu’à 60 % s’il le souhaitait, le rapprochant de la pureté de 90 % nécessaire pour une bombe atomique.

D’ailleurs, la présidentielle iranienne qui se profile à l’horizon n’est pas propice à l’engage­ment de nouvelles négociations, étant donné qu’elle sera probablement remportée par un conservateur, dont la mouvance est opposée à toute concession aux Etats-Unis et pour une alliance avec la Russie. Si Washington réintègre avant juin l’accord nucléaire, les tenants de la ligne dure en Iran affirmeront alors que Téhéran a obtenu tout ce qu’il voulait et qu’il se refusait à tout nouvel accord avec les Etats-Unis.

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