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Les piliers de l'Etat arabe moderne

Mercredi, 23 décembre 2020

Les pays de notre région font face à des défis majeurs, souvent difficiles à relever. Certains Etats se sont écroulés sous le poids des problèmes, donnant naissance à des crises humanitaires comme celles qui sévissent en Syrie, en Libye ou au Yémen. Ces crises n’ont fait qu’amplifier des crises comme celles des réfugiés et du terrorisme dont l’étendue menace les voisins limitrophes. Face à cette situation, les décideurs politiques égyptiens ont pris pour principes la protection et la consolidation des composantes et fondements de l’Etat, afin de pouvoir contribuer à l’établis­sement de la paix et de la stabilité dans la région perturbée du Moyen-Orient.

L’Etat est un concept qui remonte aux plus anciennes civilisations et son apparition fut un développement important dans l’histoire de l’humanité qui marqua le début de la civilisa­tion. Au début, l’Etat signifiait l’élite au pou­voir qui contrôlait les territoires et percevait les taxes et qui, en contrepartie, assurait la sécurité et le règlement des litiges.

La force militaire et les nombreux sites antiques sont les indices les plus évidents des grandes civilisations. C’est le cas des pyra­mides et des temples égyptiens, des théâtres romains, de la Grande Muraille de Chine et des palais, des citadelles des anciens rois euro­péens et des grandes églises et des mosquées dans de nombreux pays. Certains diront qu’un pays sans monuments est un pays sans civilisa­tion. D’où l’intérêt de certains pays, privés d’un tel héritage, de construire des édifices monumentaux pour se réserver une place dans les encyclopédies et les records mondiaux. Le rôle des peuples dans les processus de construc­tion de l’Etat a changé. Alors que le peuple dans le passé était considéré comme l’une des ressources utilisées dans l’opération de construction, il est devenu aujourd’hui le socle même de l’Etat.

Aujourd’hui, l’Etat compte 4 fondements essentiels qui sont l’armée, l’économie, la croyance inspiratrice et l’organisation civile. Dans ses premières phases de gestation, l’Etat peut se passer de l’un ou de plusieurs de ces éléments. L’armée étant, cependant, le mini­mum pour l’établissement et la survie d’un Etat. Historiquement parlant, les Etats ont évo­lué et gagné en force par la conquête. A cette époque, les slogans « le plus fort prévaut » et « le droit à la conquête » représentaient des principes acceptables pour l’établissement et la légitimité de l’Etat.

La pluralité des factions armées a toujours entravé la construction de l’Etat. Dans de tels cas, deux scénarios sont possibles : l’une des factions armées arrive à soumettre par la force les autres, au prix même d’écraser sur son che­min d’autres acteurs, faute de quoi les diffé­rentes parties se trouvent obligées de s’en­tendre pour se rallier en une seule et même armée nationale, ce qui suppose un certain degré de raison, de patriotisme et de pragma­tisme. L’Etat d’Israël n’aurait pas vu le jour si les gangs sionistes armés n’avaient pas accepté volontairement de rejoindre les rangs de l’ar­mée. Suivant la même logique, nous pouvons dire que la restauration de l’Etat national ne sera pas possible en Libye avant la réunifica­tion des factions armées qui y prolifèrent aujourd’hui.

Pour qu’un Etat soit consolidé et arrive à survivre, d’autres éléments entrent en jeu, à savoir l’économie, la croyance inspiratrice et l’organisation civile. Dans la plupart des cas, l’Etat impose des taxes et des impôts, pour consolider l’armée et répondre aux besoins de la société. Ainsi, dans toutes les grandes civili­sations humaines, la civilisation a toujours été synonyme d’une économie forte utilisée notamment pour consolider le pouvoir de l’Etat.

De même, toute civilisation se construit autour d’un slogan qui résume son âme, ses valeurs et ses ambitions et qui constitue, pour le peuple, une source d’inspiration qui le pré­pare aux ultimes objectifs et aux sacrifices qui vont avec. Il s’agit, pour l’expliquer simple­ment, d’une devise politique qui résume les priorités de la société. « Dieu, le roi, la nation » était la devise des Egyptiens avant 1952. Alors que « liberté, socialisme et unité » était celle de l’Egypte de Nasser. Mais ayant accumulé les déceptions, les peuples sont devenus scep­tiques vis-à-vis de tels slogans politiques.

Aujourd’hui, les peuples sont devenus partie prenante de la sphère politique, et l’organisa­tion civile est devenue une importante compo­sante dans la construction de l’Etat. La partici­pation politique organisée et la mise en place d’institutions répondant aux espoirs des per­sonnes soucieuses de participer à la vie publique sont donc devenues des sources de légitimité pour un Etat moderne. Ainsi, aux côtés de la classe dirigeante dans les institu­tions et les organes étatiques, les citoyens sont entrés dans la vie politique à travers l’organi­sation civile. Pour garantir sa stabilité, l’Etat a besoin de partisans, d’opposants et de ponts de dialogue entre les deux.

L’armée, l’économie, l’inspiration et l’orga­nisation s’avèrent donc les 4 piliers de l’Etat. L’absence de l’un ou de l’autre de ces piliers est non seulement un signe de faiblesse, mais une source de danger.

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