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Vers une ouverture dans le Golfe ?

Dimanche, 06 décembre 2020

L’arabie saoudite et le Qatar seraient sur le point de conclure un accord préliminaire ouvrant la voie au règlement de leur litige qui secoue les pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) depuis plus de trois ans. Les ministres des Affaires étrangères des deux monarchies ont confirmé vendredi le progrès réalisé, sans don­ner de détails. L’annonce de cette évolution intervient à la suite des deux rencontres qu’a eues Jared Kushner, envoyé américain au Moyen-Orient et conseiller principal du président Donald Trump, les 30 novembre et 2 décembre, respectivement avec le prince héritier saoudien, Mohamad Bin Salman, et l’émir du Qatar, Tamim Bin Hamad Al Thani. Le résultat de la médiation menée par les Etats-Unis ainsi que le Koweït comprendrait la réouverture de l’espace aérien et des frontières terrestres, la fin de la guerre médiatique et d’autres mesures d’éta­blissement de la confiance inscrites dans le cadre d’un plan détaillé visant à reconstruire progressivement les relations bilatérales.

L’accord de principe n’implique pas les trois autres pays arabes qui ont également rompu leurs relations diplo­matiques et commerciales avec le Qatar en juin 2017, les Emirats Arabes Unis (EAU), Bahreïn et l’Egypte. Un règlement plus large de la crise reste en suspens car les problèmes sous-jacents, tels que le soutien de Doha aux Frères musulmans et ses relations avec l’Iran et la Turquie, sont loin d’être résolus.

La percée attendue fait suite à des mois de diplomatie intense menée par l’Administration Trump qui s’inquié­tait de l’impact de la crise du Golfe sur sa politique de pression maximale sur l’Iran. Trump a longtemps voulu mettre fin à la fracture entre les pays du CCG et a fait pression pour mettre fin au blocus imposé au Qatar afin d’ouvrir la voie à une région du Golfe unie contre l’Iran.

Les responsables américains étaient particulièrement préoccupés par le refus de l’Arabie saoudite d’autoriser les avions civils qatari dans son espace aérien. Le Qatar s’est vu ainsi obligé d’utiliser l’espace aérien iranien, payant au régime de Téhéran environ 100 millions de dollars de frais annuels de survol, une somme qui nourrit l’économie de l’Iran et lui permet, selon les responsables américains, de financer plus facilement des pro­grammes militaires que Washington considère comme une menace.

Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, et le conseiller à la sécurité nationale, Robert O’Brien, ont également souli­gné leurs craintes que le gouverne­ment iranien ne force les avions de Qatar Airways à atterrir sur son terri­toire, créant potentiellement une situa­tion de prise d’otages s’il y avait des Américains à bord. O’Brien avait ainsi insisté le 16 novembre sur le fait que permettre aux avions qatari de survo­ler l’Arabie saoudite via un « pont aérien » était une priorité pour l’Ad­ministration Trump.

Par sa médiation, Washington cher­chait aussi à encourager la normalisa­tion des relations de l’Arabie saoudite et du Qatar avec Tel-Aviv après que les EAU et Bahreïn ont noué des liens avec Israël et que le Soudan a accepté de faire de même. O’Brien a déclaré, en novembre dernier, qu’une résolu­tion du conflit du Golfe visait égale­ment à « inciter davantage de pays arabes à ouvrir des relations diploma­tiques avec Israël », voire à encoura­ger d’autres pays du monde arabe et musulman à faire de même. L’Arabie saoudite et le Qatar, tous deux proches alliés de Washington, ont jusqu’ici résisté à la pression américaine, insis­tant sur le fait que la question palesti­nienne doit être résolue avant de nor­maliser les relations avec Israël. L’Arabie saoudite a cependant accepté le mois dernier d’autoriser les avions de ligne israéliens à traverser son espace aérien en route vers les EAU, après des discussions avec Kushner.

L’assouplissement de la position de Riyad vis-à-vis du boycott de Doha s’explique par une raison principale, celle du changement de pouvoir aux Etats-Unis et l’arrivée en janvier pro­chain d’un président démocrate dont les positions sur les relations avec les pays du Golfe et l’Iran sont proches de celles de l’ancien président Barack Obama. Bien que l’Arabie saoudite, avec les EAU, fût la force motrice derrière les sanctions imposées au Qatar, elle se sent aujourd’hui plus exposée aux menaces provenant de la République islamique après la défaite de Trump à la présidentielle. Riyad craint que le prochain président, Joe Biden, n’adopte des politiques sur l’Iran similaires à celles d’Obama, qui ont tendu les liens de Washington avec ses alliés régionaux tradition­nels.

Biden a déclaré pendant sa cam­pagne électorale qu’il rejoindrait l’ac­cord nucléaire international avec l’Iran, que Trump avait abandonné en mai 2018, et travaillerait avec ses alliés européens pour renforcer ses conditions si Téhéran recommençait d’abord à s’y conformer strictement. L’Arabie saoudite anticipe par consé­quent que Biden exercera moins de pression que Trump sur la République islamique, laissant ses installations pétrolières et son territoire plus expo­sés à des menaces provenant de Téhéran et de ses alliés dans la région. L’incapacité des Etats-Unis à fournir une couverture militaire après une attaque en septembre 2019, imputée à l’Iran, contre un important complexe de traitement de pétrole au coeur du territoire saoudien — alors même que Trump était au pouvoir —, ainsi que les difficultés économiques subies par la pandémie de coronavirus ont contri­bué à la révision de la position du Royaume à l’égard du Qatar .

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