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L'annexion rampante de la Cisjordanie

Dimanche, 18 octobre 2020

Israël a approuvé la construction de 4948 uni­tés de logement dans les colonies de la Cisjordanie, portant à 12159 l’ensemble des nou­veaux logements en 2020, un record pour la construction juive dans ce territoire palestinien occupé en juin 1967. Le Conseil de planification du ministère de la Défense a approuvé ces nouvelles constructions, dont 1100 près de Jérusalem, au cours d’une réunion de deux jours tenue mercredi et jeudi derniers. Le conseil pourrait approuver une nouvelle série de constructions de quelque 5000 unités avant la fin de l’année, selon « La paix main­tenant », un mouvement israélien qui supervise les activités de colonisation en Cisjordanie.

Ces nouvelles constructions dans les colonies constituent une annexion rampante de la Cisjordanie, en particulier du grand Jérusalem. Elles font partie d’un boom de la construction qui a pris de l’ampleur sous le mandat du président amé­ricain Donald Trump, allié fidèle du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu. Tandis qu’Israël a promis le mois dernier de suspendre ses plans d’annexion « de jure » d’une grande partie de la Cisjordanie en échange de la conclusion en mi-septembre d’un accord de normalisation négocié par les Etats-Unis avec les Emirats Arabes Unis (EAU), puis avec Bahreïn, il poursuit inlassable­ment son annexion « de facto » du territoire pales­tinien à travers une expansion effrénée des colonies de peuplement juif.

Alors que les accords avec les EAU et Bahreïn étaient présentés en Israël comme des percées poli­tiques, Netanyahu et son ministre de la Défense, le premier ministre suppléant et rival politique Benny Gantz, se disputaient le soutien politique des colons de Cisjordanie, chacun prodiguant la promesse de plus de constructions. Début septembre, juste après l’annonce de la prochaine signature d’un accord avec les EAU, Gantz a déclaré qu’il était désireux de promouvoir la construction de près de 5000 nouvelles unités dans les colonies de Cisjordanie. Voyant son parti chuter en popularité et se démener pour assurer sa base de soutien parmi les colons, Netanyahu a pour sa part convoqué, après une interruption de huit mois, le « Conseil de planifica­tion supérieur de l’administration civile en Judée-Samarie » (le nom biblique de la Cisjordanie), qui a approuvé les 14 et 15 octobre la construction des 4 948 unités de logement susmentionnées. Ce conseil est responsable des décisions concernant la construction des colonies.

Il est évident que le gouvernement israélien a été encouragé dans ses plans d’accélération des constructions dans les colonies et d’annexion de fait de la Cisjordanie par le « plan de paix » améri­cain présenté par Trump en janvier dernier. Promu par Washington comme le « marché du siècle », ce plan controversé a donné la bénédiction des Etats-Unis à l’annexion par Israël de quelque 30% de la Cisjordanie, y compris toutes les colonies construites illégalement depuis 1967.

Cette position de Trump est aux antipodes de celle adoptée par toutes les Administrations améri­caines, ainsi que le reste de la communauté interna­tionale, qui se sont opposées à la construction de colonies israéliennes, considérées comme illégales par le droit international. Mais Trump, entouré d’une équipe de conseillers étroitement liés au mouvement des colons, a adopté une approche différente. Contrairement à ses prédécesseurs, l’Administration Trump n’a ni critiqué ni condam­né les annonces de construction de nouvelles colo­nies et, dans une décision historique de l’année dernière, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a déclaré que les Etats-Unis ne considéraient pas les colonies comme illégales.

A l’exclusion de Jérusalem-Est annexée, plus de 450000 Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie occupée, aux côtés de quelque 2,7millions de Palestiniens, dans 132 « colonies » officiellement reconnues et 121 « avant-postes » qui n’ont pas encore reçu d’approbation gouvernementale. Cette population croissante de colons illégaux rend de plus en plus difficile la réalisation d’une solution politique au conflit avec les Palestiniens sur la base de deux Etats. Constituant environ 15% de la popu­lation totale de la Cisjordanie, ces colons vivent dans leurs propres communautés, séparés de la population palestinienne. Pour rendre effective cette séparation, Israël s’est approprié des terres de la Cisjordanie pour construire un réseau de routes reliant les colonies à Israël et entre elles. Ces routes sont généralement interdites aux Palestiniens, ce qui entrave leur liberté de mouvement et rend leurs déplacements en Cisjordanie plus difficiles et plus longs. Les nombreux points de contrôle de sécurité et de barrages routiers de l’armée israélienne, qui parsèment la Cisjordanie en vue de protéger les Israéliens des attaques d’activistes palestiniens, restreignent et compliquent également la capacité des Palestiniens à se déplacer.

L’idée répandue soutient que la majorité des colons est composée de juifs ultra-orthodoxes et fanatiques qui ont choisi la Cisjordanie pour des raisons religieuses. Mais la vérité est que la plupart des colons de ce territoire palestinien sont laïcs, en particulier ceux qui ont émigré de l’ex-Union soviétique depuis le début des années 1990. Ils y vivent pour des raisons économiques: les investis­sements injectés par le gouvernement israélien et ses incitations visant à encourager les juifs à s’y installer ont rendu le coût de la vie plus bas qu’en Israël. Même les juifs extrémistes vivant en Cisjordanie, qui croient que Dieu a offert la Cisjordanie à Israël, s’y installent principalement parce qu’ils peuvent trouver un logement abordable et une meilleure qualité de vie. On estime que seul un quart environ des colons de Cisjordanie y vit par conviction idéologique et religieuse. Ces colons fervents sont pourtant une minorité très visible, car ils provoquent souvent des affrontements avec la population palestinienne. Ils vivent généralement dans de petites colonies, appelées « avant-postes », installées profondément à l’intérieur de la Cisjordanie. Ils jugent leur présence comme un moyen d’assurer un contrôle juif permanent sur la région et croient qu’en vivant en Cisjordanie, ils servent la volonté de Dieu et contribuent à la venue tant attendue du Messie.

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