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Trump versus Biden

Dimanche, 04 octobre 2020

Dans le premier débat télévisé entre les deux candidats à la présidentielle améri­caine, le 29 septembre, le président Donald Trump a donné le ton dès le début d’un échange des plus violents et chaotiques de mémoire récente, attaquant et interrompant Joe Biden à plusieurs reprises. La posture agres­sive de Trump a séduit ses partisans les plus passionnés. Mais à la fin des 90 minutes du débat houleux, il ne semble pas que Trump ait réussi à élargir sa base électorale, en particulier auprès des femmes blanches instruites et des électeurs indépendants qui ont été en partie rebutés par le ton agressif du président. Trump n’a pas tenté de s’adresser à ceux qui se sont vigoureusement opposés à sa présidence et considèrent la perspective d’un second mandat comme une menace pour le système démocra­tique du pays. Il n’a pas non plus accordé une attention particulière aux Américains décédés cette année du coronavirus, insistant unique­ment sur le fait que le décompte aurait été plus élevé si Biden avait été président.

Le comportement de Trump a semblé aggra­ver les perceptions existantes, sans pouvoir inverser la dynamique observée en faveur de Biden. Les sondages ont montré que le prési­dent ne peut pas être réélu avec sa seule base électorale: il doit inverser sa fortune au moins à la marge avec des électrices diplômées d’uni­versité, des banlieues et des femmes qui sont consternées par les controverses de son pre­mier mandat. Il y a peu de preuves que sa per­formance au débat permettrait d’accomplir cette tâche, d’autant plus qu’il a refusé de désa­vouer explicitement les « suprémacistes » blancs, comme les Proud Boys, un groupe nationaliste blanc qui prône l’usage de la vio­lence contre les gens de couleur. C’était la plus grande erreur de Trump, renforçant l’image d’un président qui favorise la race blanche au détriment des autres. Résultat: la moitié des Américains pensent qu’un deuxième mandat de Trump fracturerait davantage un pays, déjà affecté par la violence policière contre les Noirs. Cette image pose un problème particu­lier aux femmes et aux indépendants, dont les deux tiers disent que Trump fait un travail médiocre pour rapprocher les communautés dont se composent les Etats-Unis.

Les observateurs proches du parti républi­cain, tout en reconnaissant les faiblesses de Trump au 1er débat télévisé, relèvent cependant que le président-candidat n’a jamais remporté un seul débat électoral pour le poste du prési­dent. Alors qu’il avait déclaré victoire après chacun de ses trois débats avec Hillary Clinton à l’automne 2016, les données ont montré clai­rement que le public n’était pas d’accord avec son évaluation. Et pourtant, Trump a battu Clinton et est devenu le 45e président améri­cain. Les sondages de sortie des urnes en 2016 ont fourni une explication à cette contradiction. Parmi les deux tiers des électeurs qui ont déclaré que les débats étaient un facteur « important » dans leur vote, Clinton a battu Trump de courte tête 50% à 46%. Ce résultat confirmait que Trump était considéré comme ayant perdu les débats. Mais parmi les 3 élec­teurs sur 10 qui ont déclaré que les débats n’étaient pas un facteur important dans leur vote, Trump a écrasé Clinton de 17 points. Et c’est ce qui a fait la différence le jour du scru­tin. Mais à la différence de la course électorale de 2016, Biden est entré dans le premier débat télévisé avec une avance beaucoup plus large sur Trump — à la fois au niveau national et dans les Etats indécis dits « pivots » (Swing States) — que Clinton ne l’a jamais eue.

A moins d’un mois du scrutin prévu le 3 novembre, la campagne présidentielle de 2020 est restée jusqu’ici remarquablement stable. Depuis début juin, le candidat démocrate Joe Biden devance le président Trump de 7 à 9 points. Dans les Etats indécis, la course a éga­lement été largement stable. L’évolution récente de la politique intérieure a également permis à Biden de creuser son avance sur Trump au niveau collège électoral qui élit le président, grâce au mécontentement populaire face à la gestion par Trump du Covid 19 et à sa réponse largement antipathique aux manifesta­tions en faveur de justice sociale. Début juillet, pour la première fois depuis le lancement de la campagne électorale, les sondages ont accré­dité le parti démocrate de 278 voix de l’en­semble des grands électeurs qui élisent le pré­sident, un nombre suffisant pour remporter la présidence. Au cours des deux mois suivants, Biden a renforcé ses gains de l’été. Aujourd’hui, les sondages créditent le parti démocrate de 290 grands électeurs sur un total de 541.

Quand on jette un regard de plus près sur ces sondages, on trouve qu’ils accréditent Trump d’environ 21 points d’avance sur Biden parmi les Blancs sans diplôme universitaire. Cela peut sembler beaucoup, mais il faut se rappeler que Trump menait parmi ce groupe d’environ 30 points lors des derniers sondages pré-élec­toraux en 2016. Ces électeurs constituent la majorité de l’électorat dans les Etats pivots situés dans ce qui est appelé la « Ceinture de la rouille » (Rust Belt) autour de la région des Grands Lacs dans le nord-est des Etats-Unis. Ce surnom désigne une région composée en grande partie des mégalopoles qui ont connu un déclin industriel à partir des années 1980. La « rouille » fait référence à la désindustriali­sation, ou au déclin économique, à la perte de population et à la décomposition urbaine due au rétrécissement du secteur industriel autre­fois puissant. Cette région était considérée comme le coeur industriel des Etats-Unis depuis le milieu du XXe siècle, mais a connu un déclin en raison de divers facteurs écono­miques, tels la délocalisation des usines à l’étranger, l’automatisation accrue et le recul des industries de l’acier et du charbon.

Les principaux Etats qui composent cet ensemble sont New York, Michigan, Pennsylvanie, Illinois, Ohio, Maryland, Iowa, Indiana et Wisconsin. Tous ces Etats ont été remportés de justesse par Trump en 2016. Sans surprise, la position de Biden dans ces mêmes Etats est considérablement supérieure à celle de Clinton il y a quatre ans. Il y bénéficie d’un avantage de 5 à 7 points sur le président. Si Trump ne parvient pas à éloigner les Blancs sans diplôme universitaire dans ces Etats-clés du candidat démocrate, Biden sera probable­ment le prochain président.

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