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Quelle politique arabe de Biden ?

Mercredi, 09 septembre 2020

Que sera la politique arabe et moyen-orientale du candi­dat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden s’il remporte la présidentielle du 3 novembre ? Les sondages le donnent gagnant. Certes, les prévisions sur les intentions de vote des électeurs américains sont à prendre avec précaution, les son­dages ayant échoué à prévoir la vic­toire du candidat républicain Donald Trump contre sa rivale démocrate Hillary Clinton en 2016. Il est cepen­dant nécessaire, à moins de deux mois du scrutin, de porter un regard de plus près sur les positions de Biden sur les questions de la région.

S’il est élu, l’ancien vice-président ramènera probablement la politique étrangère des Etats-Unis aux années de l’ancien président Barack Obama et aux calculs politiques traditionnels dans le processus décisionnel améri­cain. Biden et la plupart de ses conseillers en politique étrangère sont des internationalistes de l’époque d’Obama qui partagent un engagement en faveur d’un ordre régional fondé sur les règles tradi­tionnelles de la politique américaine, une vision explicitement rejetée par Trump. C’est ainsi que les alliances traditionnelles et l’approche multila­térale seront à nouveau au premier plan de la politique américaine. L’équipe des conseillers du candidat démocrate sur le Moyen-Orient est composée d’un cercle restreint de spécialistes de la région. Elle est dirigée par Daniel Benaim, qui devrait assumer un poste de haut niveau en politique étrangère ou de sécurité en cas de présidence Biden, et comprend Dafna Rand, Mara Rudman, Tony Blinken et Jake Sullivan. Ces deux derniers ont joué un rôle-clé dans la définition de la politique américaine envers l’Iran pendant la présidence Obama.

Sur le conflit israélo-palestinien, Biden devrait remettre la politique américaine à l’heure de la solution de deux Etats, compromise par la politique de Trump. Celui-ci, un fervent partisan d’Israël, a soutenu dans son plan de paix présenté le 28 janvier les efforts d’Israël pour annexer des parties importantes de la Cisjordanie palestinienne, ce qui nuit aux perspectives d’une solution à deux Etats au conflit. Début mai, Biden a déclaré que sa priorité serait de reprendre le dialogue avec les Palestiniens et de presser Israël de ne pas prendre de mesures unilaté­rales qui rendraient impossible une solution à deux Etats. Il a affirmé qu’il rouvrirait le consulat améri­cain à Jérusalem-Est ainsi que la mission diplomatique de l’Organi­sation de Libération de la Palestine (OLP) à Washington — tous deux fermés par le département d’Etat — et reprendra l’assistance écono­mique et sécuritaire aux Palestiniens que l’Administration Trump a arrê­tée.

Sous une présidence Biden, Netanyahu ne devrait plus bénéfi­cier des approbations générales de la Maison Blanche pour ses attaques répétées contre la possibilité d’un Etat palestinien viable. L’ancien vice-président réprouve le type de relations personnelles étroites que Trump entretient avec le pre­mier ministre israélien. Celui-ci a eu par contre une relation difficile avec Obama, malgré le soutien des Etats-Unis à Israël pendant ses deux mandats. Biden est cependant un démocrate pro-israé­lien. Il a déclaré qu’il ne fermerait pas l’ambassade américaine à Jérusalem — transférée dans la ville sainte par Trump en mai 2018 — et, contrairement à la fois à la pression de la gauche de son propre parti et aux affirmations de certains républi­cains, il s’oppose fermement à la réduction de l’aide américaine à Israël comme moyen de pression sur Netanyahu.

Sur l’Iran, Biden soutient le retour conditionnel à l’accord sur son pro­gramme nucléaire négocié par l’Ad­ministration Obama, qui a supprimé les sanctions contre la République islamique. Il estime que l’accord, duquel Trump a retiré les Etats-Unis en mai 2018, a réussi à empêcher l’Iran de construire une arme nucléaire. Biden se rangerait du côté des partenaires européens de Washington, en particulier la France, en exigeant que certaines dispositions de l’accord soient rené­gociées, avec un accent particulier sur les clauses dites « d’extinction » qui permettent de lever certaines restrictions au fil du temps. Il appuie la position de la France qui souhaite négocier un accord supplémentaire concernant le pro­gramme de missiles à longue portée de l’Iran et sa politique déstabi­lisatrice de la région. En retour, l’Iran exi­gera probablement des garanties explicites que Washington ne cherchera pas à chan­ger le régime à Téhéran, un objectif publiquement visé par l’Administration Trump.

Cette politique de Biden sur l’Iran, qui abandonnera celle de « pression maximale » soutenue par Trump, serait très préoccupante pour la majorité des alliés arabes de Washington dans le Golfe, en parti­culier l’Arabie saoudite, dont les installations pétrolières ont été visées par des missiles iraniens en septembre dernier. Un rapport de l’Onu a confirmé en juin l’implica­tion de l’Iran dans l’attaque.

Malgré les divergences majeures entre les positions de Biden et Trump sur le conflit israélo-palesti­nien et l’Iran, les deux hommes s’accordent sur le principe d’un « partage du fardeau » qui demande aux alliés arabes des Etats-Unis dans le Golfe de faire plus pour assurer leur propre sécurité. Biden est sus­ceptible de continuer dans ce sens et peut-être même d’aller plus loin, étant donné que le public américain est hostile à un engagement exté­rieur, notamment militaire, au Moyen-Orient. Le programme élec­toral de Biden comprend un mes­sage anti-guerre qui fait écho à Trump en 2016 et à Obama en 2008. Il s’y engage à « mettre fin aux guerres » et à retirer les troupes américaines d’Iraq et d’Afghanistan.

Il y cite cependant une exception, identique à celle défendue par Trump : le candidat démocrate tient à ce que l’armée américaine pour­suive la lutte contre les organisa­tions terroristes, Daech et Al-Qaëda, ce qui indique qu’il n’est pas favo­rable à la fin de toutes les opérations militaires américaines dans la région. Les Etats-Unis ont plusieurs milliers de soldats en Iraq et en Syrie, où ils combattent Daech aux côtés des forces de sécurité ira­qiennes et des combattants kurdes des « Forces démocratiques syriennes ».

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