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Géopolitique de la Méditerranée orientale

Mardi, 25 août 2020

Il y a quelques temps, le terme « région » (Iqlim en arabe) n’était pas apprécié dans le jargon politique arabe. Bien que le sens direct du terme soit « la démarcation des frontières géographiques d’une entité politique », on craignait que le terme ne surclasse celui de « monde arabe » qui implique plus d’intimité et de rapprochement, ou bien qu’il mène à un cadre plus large où l’identité arabe serait perdue ainsi que le Moyen-Orient avant qu’il ne devienne le « Grand Moyen-Orient ». Cependant le concept de « région » a été relativement accepté, en particulier à l’extérieur de l’ordre arabe, et ce, avec la naissance au début des années 1980 de la région des Etats du Golfe arabe, représentée par le Conseil de coopération du Golfe, puis du Conseil de coopération arabe et l’Union du Maghreb arabe.

La région de l’Est de la Méditerranée, apparue tout récemment, n’est pas une zone de navigation commune, c’est un regroupement basé sur le renforcement de la coopération dans la production des richesses naturelles, tels le gaz naturel et le pétrole. Les régions maritimes sont basées sur un processus de démarcation des frontières maritimes entre les Etats en s’appuyant sur le Traité international du droit de la mer conclu en 1982. Celui-ci est devenu l’une des assises de la loi internationale relative à la démarcation des frontières dans les régions maritimes et les zones économiques.

L’accord de démarcation des frontières maritimes entre l’Egypte et l’Arabie saoudite, conclu en 2016, a jeté les bases pour la création d’une nouvelle région comprenant les deux pays, à savoir la région de la mer Rouge pour la coopération économique et sécuritaire.

L’accord de démarcation des frontières maritimes entre l’Egypte et Chypre, conclu le 17 février 2003, a ouvert la voie à une coopération entre les Etats de la région de la Méditerranée orientale dans le domaine de l’extraction, la liquéfaction et la commercialisation du gaz naturel et du pétrole dans la région. Ceci s’est concrétisé dans la création du Forum du gaz de la Méditerranée orientale en janvier 2019 (Egypte, Palestine, Jordanie, Israël, Chypre, Grèce et Italie). Il y a eu aussi la démarcation des frontières maritimes entre la Grèce et l’Italie en juin cette année, la démarcation des frontières maritimes entre l’Egypte et la Grèce, le 6 août 2020, et l’accord entre l’Egypte et Chypre pour transporter le gaz chypriote vers l’Egypte pour le liquéfier et le réexporter.

Ces interactions politiques et juridiques tournent autour des découvertes du gaz en Méditerranée orientale, qui ont commencé avec la découverte par Israël des deux champs de Tamar et de Leviathan et celle du champ d’Aphrodite à Chypre ainsi que le champ Zohr en Egypte.

La région de la Méditerranée orientale est très proche des conflits historiques, tels les conflits arabo-israélien et gréco-turc. Et bien que l’Egypte et la Jordanie aient signé deux accords de paix et de coopération avec Israël dans différents domaines, le conflit israélo-palestinien reste vif, malgré la participation de la Palestine, représentée par l’Autorité palestinienne, et Israël au Forum de l’Est de la Méditerranée. De plus, le voisinage israélien avec la Syrie et le Liban est aussi très tendu à cause des ingérences iraniennes dans les affaires des deux pays. Et bien que les Etats-Unis aient essayé de délimiter les frontières maritimes entre Israël et le Liban, les négociations n’ont abouti à aucun accord. Ensuite, la région de la Méditerranée orientale est limitrophe de la guerre qui a lieu en Syrie depuis près d’une décennie et qui implique des ingérences russe, turque et iranienne. Cette crise a elle aussi donné naissance à des conflits.

Enfin, la Turquie constitue maintenant une menace pour la région entière, non seulement en raison de sa position sur les eaux de la Méditerranée orientale. Ankara a des différends avec la Grèce à propos de leurs frontières maritimes communes, et il y a aussi la problématique de Chypre, militairement divisée entre Chypre grecque qui est membre de l’Union européenne et Chypre turque que seule la Turquie reconnaît comme une entité turque.

Par ailleurs, la Turquie a porté ses contradictions historiques dans les eaux de la Méditerranée pour aller jusqu’en Libye et signer avec le gouvernement libyen d’union nationale un accord de démarcation des frontières maritimes qui n’existent pas en réalité. La Méditerranée orientale est donc basée sur la coopération économique régionale qui procure aux Etats membres une opportunité de développement, de progrès allant jusqu’à l’instauration de la paix et le règlement des conflits en cours. Dans cette équation, la Turquie aspire à un prolongement du Califat ottoman. C’est le déséquilibre des forces entre elle et les pays arabes qui a donné à Erdogan l’occasion de penser à ce prolongement stratégique.

De plus, la Turquie a réussi à neutraliser l’Iran à travers ses relations en Syrie et en Iraq, ainsi qu'Israël tantôt par l’amitié et les bonnes relations, tantôt en prétendant tenir aux droits du peuple palestinien. Pour affronter la Turquie, il faut rectifier le déséquilibre dans les rapports de force entre le monde arabe et la Turquie et étudier la stratégie des alliances entre les pays de la Méditerranée orientale en prenant en considération les ambitions turques actuelles et futures.

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