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Le Covid-19 et l'élection américaine

Mardi, 04 août 2020

Moins de trois mois avant l’élection présidentielle aux Etats-Unis, prévue le 3 novembre, le président Donald Trump est sur une mauvaise pente, alors que son rival démocrate Joe Biden s’est construit une avance importante reflétée dans presque tous les sondages d’opinion. Le chemin de Trump vers la victoire s’est considérablement rétréci au cours des mois qui ont suivi le début de la pandémie de coronavirus. Sa fortune semble de plus en plus liée à la trajectoire de cette crise de santé publique qu’il n’a pas réussi à contenir, avec plus de 4,5 millions de personnes qui ont été contaminées et 155 000 morts, faisant des Etats-Unis le pays le plus affecté au monde par le Covid-19.

Un sondage de Washington Post-ABC News publié en juillet a montré que Biden était loin devant Trump, avec 55 % des intentions de vote contre 40 % pour Trump. Ce pronostic, corro­boré par d’autres sondages, contraste avec celui des sondages effectués en mars, lorsque Biden et Trump étaient presque au coude-à-coude alors que le virus commençait tout juste de se propa­ger. Le même sondage a révélé que la cote d’ap­probation de Trump était tombée à 39 %, soit à peu près la même proportion de l’électorat qui a approuvé sa réponse à la pandémie, tandis que 60 % l’ont désapprouvée. Les sondages des der­nières semaines suggèrent à quel point Trump est en décalage avec la majorité de la population sur la pandémie, contrairement à Biden. La plu­part des Américains soutiennent l’utilisation de masques et craignent la réouverture des villes et le retour des élèves à l’école. Et ils ont perdu confiance dans la capacité — ou la volonté — du président de sortir le pays de la crise, au profit décisif de Biden. Ce constat a été révélé par les différents sondages menés aussi bien au niveau national qu’à celui des Etats dits pivots (Swing states). Ceux-ci, appelés également Etats char­nières, se distinguent par leur vote indécis qui peut changer de camp, d’un scrutin à l’autre, entre les deux partis dominants, républicain et démocrate, et faire basculer le résultat du vote final. Dans ces Etats, les candidats à la présiden­tielle appartenant aux deux partis ont toutes les chances d’arriver en tête des suffrages exprimés et donc de remporter la totalité de leur collège électoral. C’est pour cette raison qu’ils ont ten­dance à se concentrer sur ces quelques Etats, qui détiennent souvent la clé de la victoire à la pré­sidentielle. Pour le scrutin de cette année, les Etats pivots sont le Michigan, l’Arizona, le Wisconsin, la Pennsylvanie, la Caroline du Nord, la Floride, le Minnesota, le New Hampshire et le Maine.

Il existe aujourd’hui des signes que Trump commence à saisir la gravité des défis auxquels il est confronté à cause du Covid-19. Après des semaines de rejet de la flambée des cas d’infec­tion et de décès, Trump a brusquement changé de posture. Il a encouragé les Américains à porter des masques ; une pratique à laquelle il avait longtemps résisté. Il a également décidé, le 23 juillet, d’annuler la convention républicaine de Jacksonville, en Floride, invoquant la menace du virus qui ravage l’Etat.

Pendant des mois, Trump a rabaissé Biden en tant que rival recroquevillé dans son domicile sous un masque, alors qu’il cherchait à nier la gravité d’une pandémie menaçant la santé des Américains et ses perspectives de réélection. Mais avec son acceptation soudaine du port du masque et l’annulation de la convention républi­caine en Floride, Trump a admis à contrecoeur la réalité d’un paysage politique qui a été transfor­mé par la maladie et la peur. La pandémie, qui a autrefois frappé des Etats démocrates comme New York et la Californie, s’est déplacée avec une force alarmante vers les Etats à majorité républicaine, au sud et à l’ouest, ce qui a obligé le président à changer de stratégie. La plupart des électeurs voient désormais l’élection de 2020 à travers le prisme de la pandémie, et la gestion de celle-ci sera la question centrale dans l’esprit des électeurs lorsqu’ils entreront dans l’isoloir.

Les tentatives de Trump de minimiser le dan­ger du coronavirus ou de le considérer comme une menace exagérée par ses opposants démo­crates et les médias se sont ainsi heurtées à la réalité de l’augmentation du nombre d’infections et de morts dans des Etats comme le Texas, l’Arizona, la Géorgie et la Floride, qu’il avait gagnés à la présidentielle de 2016, mais qui ris­quent désormais de lui échapper en novembre prochain. Conscient de cette évolution, Trump s’emploie dans ses rassemblements électoraux et ses tweets à faire en sorte que le Covid-19 ne soit pas la question centrale de la présidentielle. Les observateurs sont toutefois unanimes à dire que le candidat auquel les électeurs font le plus confiance pour gérer la pandémie remportera le scrutin. Ils s’appuient sur le fait que le coronavi­rus est arrivé en tête des préoccupations de l’électorat pendant 3 mois consécutifs, en avril, mai et juin.

La gestion de la pandémie par le président Trump s’annonce comme un échec politique. Plutôt que de renforcer sa position face à Biden, la réponse de Trump au Covid-19 a été une réac­tion brutale qui n’a fait qu’élever son adversaire. Sondage après sondage, les électeurs affirment que l’ancien vice-président est mieux placé que Trump pour traiter le problème. Un sondage du Pew Research Center publié en juillet a révélé que 52 % des électeurs étaient convaincus que Biden pourrait faire face au coronavirus. Seuls 41 % ont dit la même chose à propos de Trump. Ces taux de confiance correspondent presque parfaitement à la part des électeurs qui voteraient pour chaque candidat. Par ailleurs, ce modèle de choix de vote lié aux sentiments à l’égard du virus est constant depuis des mois. Et c’est l’im­pact politique-clé de la pandémie qui ne semble pas près de disparaître d’ici à novembre.

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