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Le soulèvement américain

Lundi, 22 juin 2020

Le titre de cet article est emprunté à des articles américains qui ont abordé la conjoncture aux Etats-Unis après l’assassinat de George Floyd, le citoyen américain d’origine africaine, par le policier blanc Derek Chauvin. David Remnick a écrit dans le journal The New Yorker, le 31 mai, un article intitulé An American Upraising (soulèvement américain). Par la suite, le président du Centre de dialogue arabo-américain, Sobhi Ghandour, a utilisé la même expression dans un article intitulé Les Cinq éléments du soulèvement populaire américain. Les deux articles sont revenus sur les racines historiques du racisme aux Etats-Unis et sur les nombreux exemples où la police américaine blanche a tué les citoyens afro-américains engendrant de larges soulèvements populaires

Ce racisme existe toujours aux Etats-Unis mal­gré les longues années qui se sont écoulées depuis la guerre de l’indépendance, la guerre civile, la Constitution et les amendements constitutionnels, la loi sur les droits civils et l’élection du premier président américain noir, Barack Obama. En fait, le phénomène du racisme et de la discrimination sur des bases religieuses ou selon la couleur et la race est un phénomène mondial dont sont témoins les réfugiés et les immigrés en Europe et en Inde. Mentionnons aussi les tueries perpétrées au Moyen-Orient au cours des dernières années à cause de la religion.

Cependant, nous avons pris l’habitude de placer les Etats-Unis et les pays occidentaux en général dans des cadres différents d’évaluation du fait qu’il s’agit de pays démocratiques, développés, libéraux qui possèdent des positions claires envers les soulèvements populaires dans le monde. Cependant, la réalité est plus compliquée s’il s’agit de phénomènes populaires qui sont censés relever du droit d’expression, mais qui ne sont en fait que des bombes prêtes à exploser à tout moment. Bien que des expressions comme « les troupes », « la révolution » et « le soulèvement » aient acquis un caractère sacré du fait qu’elles sont l’expression du peuple, les soulèvements populaires dégénèrent le plus souvent en vagues de colère et de violence. Dans le cas américain, ceci était valable même du temps de Barack Obama. Sous Trump, la situation est encore plus compliquée vu l’état de congestion politique aigue, un fait qui a poussé les deux pré­sidents Obama et Trump à gouverner le pays à travers les décrets exécutifs. Ce procédé octroyé par la Constitution américaine pour gouverner le pays dans les moments exceptionnels ne peut être aboli que par la majorité des deux tiers du Congrès. Ce qui est impossible vu l’équilibre his­torique entre les républicains et les démocrates. Cette congestion politique empêche la réalisation des principales conditions de la pratique démocra­tique, à savoir la capacité de parvenir à une concorde et de trouver des compromis. Au contraire, les différends se transforment en menaces qui arrivent jusqu’à la tentative d’isoler le président de la République par le Congrès amé­ricain. Et ce, bien que le Congrès soit convaincu de l’échec de cette tentative à cause de la majorité des républicains au Sénat.

Le régime démocratique américain a été mis en danger lorsque le soulèvement est sorti de son cadre normal, celui d’un acte de protestation contre un crime, pour devenir un outil entre les mains d’organisations fachistes antifachistes comme Antifa ou autres qui optent pour la vio­lence pour couvrir leur pillage.

Quand l’autorité politique devient incapable de gérer la crise via les procédés politiques et juri­diques, et lorsque l’élite politique devient inca­pable de créer un bloc pour protéger le régime politique, c’est l’échec démocratique. Lorsque Trump a utilisé des expressions comme « ouvrir le feu sur les protestataires », lorsqu’il a fait allusion à l’utilisation de l’« Insurrection Act » et lorsqu’il a utilisé la religion et l’Evangile pour gagner un point dans sa bataille politique, son objectif n’était pas tant de résoudre la crise que de rassembler les forces de la droite qui le soutiennent pour les pro­chaines élections. La gestion sage qui a empêché la situation d’empirer revient aux ex-directions militaires, tels Mattis, Dempsey ou les directions actuelles, tel Esper, qui ont clairement indiqué que le rôle de l’armée américaine n’était pas d’affron­ter les citoyens américains.

Le coronavirus a fortement impacté la crise. L’assassinat de George Floyd, le long passé raciste et la polarisation politique n’auraient jamais abouti à ce niveau de violence sans cette endémie et sa forte influence sur l’économie amé­ricaine : l’arrêt du développement, l’augmentation des taux de chômage à des niveaux sans précé­dents depuis la grande récession des années 1930, le coût exorbitant de l’affrontement de la crise qui a atteint 6 milliards de dollars, alors que le coût le plus élevé a été le nombre de malades et de morts et l’incapacité et la lenteur du régime fédéral amé­ricain à affronter cette crise. D’une certaine manière, la crise sanitaire et le soulèvement popu­laire ont placé l’Administration américaine dans un examen difficile qui ne pourra être résolu que face aux urnes en novembre prochain, lorsque le peuple américain décidera s’il veut l’Administra­tion Trump pour quatre ans encore, ou s’il veut une autre administration démocrate.

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