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Le coronavirus au Moyen-Orient

Mardi, 28 avril 2020

Le coronavirus n’a épargné aucun pays au Moyen-Orient tout comme le reste du monde, où il a fait de nombreuses victimes. La courbe est toujours ascendante, le pic n’a pas encore été atteint, tout de même, il est prévu que la courbe connaisse une certaine stabilité et qu’on voie finalement le bout du tunnel. Dans cette crise, le monde entier s’est trouvé face à des polémiques et des choix difficiles, y compris le Moyen-Orient. Au cours des dix dernières années, plusieurs pays du Moyen-Orient n’ont connu que violence, tuerie, destruction et exode forcé. Alors que l’Occident vivait dans une stabilité à peine troublée par les plaintes concernant la présence d’étrangers dont certains étaient classés terroristes.

Aujourd’hui, l’Orient comme l’Occident traversent la même crise, obligés de faire le choix difficile entre préserver les vies de la maladie par le confinement ou les préserver de la pauvreté. Ou encore face au choix, plus difficile pour certains, d’empêcher les fidèles de rites religieux, alors que ces derniers veulent implorer Dieu de mettre fin au désastre, ou de les laisser faire. En Israël par exemple, les autorités se sont trouvées obligées d’isoler des régions entières habitées par des juifs orthodoxes qui ont défié les règles et provoqué une explosion des contaminations afin d’éviter la propagation de la maladie. Le troisième choix difficile concerne le moyen de lutter contre la maladie: suivre la méthode chinoise qui consiste à isoler les malades et les villes contaminées ou bien la méthode japonaise appliquée également à Singapour, en Corée du Sud et en Suède. Cette méthode consiste à permettre aux gens d’aller au travail à condition de respecter les précautions nécessaires à la prévention contre la contamination tout en isolant les personnes âgées qui sont les plus vulnérables à la maladie.

Les pays du Moyen-Orient ont vécu ce dilemme, mais heureusement, à l’exception de l’Iran et de la Turquie, les nombres des malades et des morts dans la région sont parmi les plus bas au monde. Le coronavirus a certes eu des résultats directs sur toute la région, mais ils n’étaient pas tous négatifs. Cependant les grands projets de réforme actuellement en cours dans nombre de pays de la région, tels l’Egypte, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, la Jordanie et le Maroc ont été affectés.

Sur un autre plan, la crise irano-américaine a connu une escalade. Alors que l’Iran est le pays de la région le plus touché par l’épidémie— ce qui constitue de grandes pressions sur le régime déjà épuisé par ses ambitions expansionnistes—, il s’est imaginé pouvoir aller plus loin dans son bras de fer avec les Etats-Unis en Iraq, parallèlement avec l’escalade de sa présence en Syrie, au Liban et au Yémen. Par ailleurs, les Etats-Unis ont accru leurs pressions sur l’Iran, y compris en Iraq. Résultat: ce pays voit la crise du coronavirus s’ajouter aux multiples crises, notamment celle politique avec les difficultés de former un nouveau gouvernement. Le tout alors que l’Iraq est toujours coincé entre l’enclume américaine et le marteau iranien.

La Syrie elle aussi se trouve obligée d’affronter le coronavirus alors que la présence russe et turque augmente sur ses terres. Et ce, alors que différentes factions terroristes ont trouvé dans l’épidémie une occasion pour tenter de se repositionner. Et ils ne sont pas les seuls à tenter de tirer profit de la crise mondiale du coronavirus. A partir d’Istanbul, les Frères musulmans ont saisi l’occasion de l’épidémie pour lancer une vaste attaque médiatique contre l’Arabie saoudite, l’Egypte et les Emirats arabes unis au point de demander à leurs partisans de répandre l’épidémie dans ces pays. Et les chaînes télévisées de la confrérie ne font que critiquer les performances du gouvernement égyptien et les comportements des Egyptiens. Il est étrange que ni ces chaines, ni le réseau d’informations qatari Al-Jazeera n’ont eu le courage de revenir aux rapports internationaux spécialisés pour faire la comparaison entre les taux de morts en Egypte et en Turquie.

Heureusement, l’épidémie n’a pas apporté que des malheurs au Moyen-Orient. En plus de l’insistance sur la poursuite des plans de réforme, la crise a permis de saisir des occasions dans le domaine de la santé qui s’est largement développé et dans l’enseignement qui est devenu électronique, mais aussi dans le domaine de la technologie. De plus, les pays de la région ont bénéficié des expériences de ceux où la pandémie s’était déjà largement propagée en parvenant à un juste équilibre dans la gestion de la crise.

Par ailleurs, il y a eu des répercussions sur la géopolitique de la région. Par exemple, l’Arabie saoudite et la coalition arabe ont annoncé un cessez-le feu unilatéral au Yémen; les Emirats arabes unis ont ouvert des voies de coopération avec l’Iran et la Syrie pour lutter contre le coronavirus, tout comme une coopération israélo-palestinienne dans le même dessein

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