Jeudi, 23 mai 2024
Opinion > Opinion >

Le coronavirus et la présidentielle américaine

Lundi, 20 avril 2020

La pandémie du coronavirus et la récession économique qu’elle a provoquée ont fait irruption dans la campagne présidentielle aux Etats-Unis au point d’en devenir rapidement le point de focalisation des deux principaux concurrents, le président Donald Trump et le candidat pressenti du parti démocrate, l’ancien vice-président Joe Biden.

Trump a fait de la reprise économique son cheval de bataille et espérait qu’elle le conduirait à la réélection. Il doit maintenant convaincre les électeurs que sa gestion de la crise du Covid-19 et de ses répercussions sur l’économie était la meilleure pour remettre le pays sur le chemin de la croissance. Il ne cesse d’avancer que les décès d’Américains dus au coronavirus étaient bien inférieurs aux projections, ce qui, selon la Maison Blanche, est la preuve du succès de ses politiques. Partant, Trump souhaite commencer à ouvrir l’économie le plus rapidement possible pour freiner les effets négatifs de la pandémie.

Le président américain a bénéficié d’une remontée du soutien du public lorsque le virus a frappé les Etats-Unis, et sa cote d’approbation a grimpé à presque son plus haut niveau depuis son élection fin 2016. Mais au fur et à mesure que les inquiétudes suscitées par la réaction de l’Administration à la pandémie se sont accrues, le taux d’électeurs convaincus que le président fait du bon travail est retombé à son niveau pré-coronavirus. Ceux qui désapprouvent sa gestion de la crise (48,7%) dépassent désormais ceux qui sont satisfaits de sa politique de lutte contre le virus (46,8%), selon une enquête réalisée par RealClearPolitics.

En outre, un certain nombre de conseillers de Trump et de ses alliés au parti républicain sont parmi ceux qui désapprouvent sa performance décousue lors de ses points de presse à la Maison Blanche sur la politique de l’Administration contre le virus. Le New York Times et le site d’informations Axios ont rapporté que plusieurs personnalités de haut rang étaient consternées par ces briefings, devenus un rituel quotidien, que Trump utilise, selon eux, pour propager de la désinformation sur sa réponse à la pandémie. Ces hauts responsables, ainsi que des parlementaires républicains, pensent de plus en plus que ces points de presse sur Covid-19 font plus de mal au président qu’à l’aider dans sa réélection. Même le sénateur Lindsey Graham, un fidèle de Trump, fait partie de ceux qui exhortent le président à freiner ses briefings qui durent souvent plusieurs heures et qui présentent régulièrement un président contrarié qui s’en prend à la presse. Malgré ces appels, il semble peu probable que Trump change d’attitude dans ses apparitions quotidiennes, qu’il utilise de plus en plus pour diffuser le type de message habituellement réservé à ses rassemblements électoraux.

L’impact économique

de la pandémie

Plus important est l’impact économique de la pandémie sur des Etats dits charnières (Swing States) dont le vote sera crucial pour l’avenir politique du président. Ces Etats pivots, où aucun des partis, républicain et démocrate, ne domine, se distinguent par leurs suffrages indécis. Ils peuvent changer de camp d’un scrutin à l’autre au profit de l’un des candidats des deux partis politiques dominants, faisant basculer le résultat final du vote. Les candidats à la présidentielle ont donc tendance à se concentrer sur ces quelques Etats qui détiennent la clé de la victoire. Il s’agit de l’Arizona, la Floride, le Michigan, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

La Pennsylvanie et le Michigan sont parmi les plus durement touchés par les pertes d’emploi liées au coronavirus. Une évolution qui pourrait compromettre le principal argument du président en faveur de sa réélection. Le Michigan, que Trump a remporté lors de la présidentielle de 2016, se classe en 3e position au niveau national en nombre de décès par le coronavirus, juste derrière New York et le New Jersey. La Pennsylvanie, qui compte le 4e plus grand nombre de cas du Covid-19, s’est classée première au niveau des nouvelles inscriptions sur les listes des demandeurs d’emploi au cours des deux dernières semaines de mars.

Les dégâts économiques de la pandémie frappent davantage parmi une composante-clé de l’électorat pro-Trump qui l’avait porté au pouvoir, celle des cols-bleus, les ouvriers et les travailleurs peu qualifiés et sans diplôme. Selon les chiffres gouvernementaux, l’emploi de ces personnes a diminué de 2,5 % de février à la première moitié de mars. En raison de la pandémie, l’économie américaine devrait connaître une contraction historique au deuxième trimestre de l’année courante, de nombreux économistes prédisant un taux de chômage de plus de 13% d’ici la fin de l’année, un niveau bien supérieur au pic de 10% atteint au lendemain de la dernière récession provoquée par la crise financière de 2008. Au cas où l’élection présidentielle, prévue le 3 novembre prochain, serait dominée par l’impact du Covid-19 sur l’économie, la position de Trump serait plus fragile qu’elle ne l’a jamais été.

Plus inquiétantes pour Trump sont les prévisions sur ses chances de remporter la présidentielle face au candidat démocrate. Selon un sondage de la chaîne CNN, Biden l’emporterait avec 53% des voix contre 42% pour Trump. Un autre sondage publié par RealClearPolitics indique que Biden arrive en tête des intentions de vote dans tous les Etats-charnières. En Floride par exemple, il devance Trump de 6 points, selon un sondage effectué en avril par l’Université de Floride du Nord. Même en Arizona, un Etat traditionnellement républicain, indispensable pour Trump, le candidat démocrate arrive en tête avec 52% des voix contre 43% pour Trump, selon un sondage OH/Predictive Insights. Il est vrai que Biden a bénéficié très tôt de l’unité du parti démocrate autour de lui, ce qui n’était pas le cas avec Hillary Clinton lors de la précédente présidentielle. Les démocrates ne sont pas en désarroi, comme il y a 4 ans. Ils sont unis par leur détermination de mettre un terme à la présidence de Trump.

Pourtant, l’atypique Trump a souvent défié les règles bien établies de la politique américaine et il reste encore beaucoup d’incertitudes avant que les électeurs ne se rendent aux urnes dans sept mois. Beaucoup dépendra de la manière dont le président utilisera les moyens du gouvernement pour apporter des améliorations visant à minimiser l’impact négatif du coronavirus. Il pourra inverser la tendance exprimée par les sondages et améliorer ses chances de réélection si l’économie montre des signes de reprise avant le scrutin l

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique