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Pourquoi hâter le changement du monde

Lundi, 13 avril 2020

Il semblerait que les observateurs et les ana­lystes se soient empressés d'annoncer la nais­sance d'un nouvel ordre mondial. Il est vrai que le XXe siècle et les deux premières décennies du XXIe siècle ont témoigné de changements impor­tants au niveau international. On a vu la naissance du terme « L’après-corona » pour insinuer que le monde et la vie ne seront plus les mêmes une fois que la crise prendra fin.

Mais d'autres théories avancent que cette manière de penser est à la fois hâtive et inquié­tante, car ignorant le fait que le changement est l'une des réalités ancrées dans la vie des individus.

Les transitions technologiques qui se sont mani­festées dans les 4 révolutions industrielles ont effectivement changé la face du monde. Idem pour les innovations, comme le train, la voiture, l'avion, les machines, les réacteurs nucléaires, l'ordinateur et le téléphone, qui ont représenté des transitions majeures, non seulement dans la vie des individus, mais également dans le système mondial. Ceci sans parler des satellites, de la révolution numé­rique et de la révolution biologique. Tout cela nous a légué un monde tout à fait différent.

Les calculs relatifs aux changements mondiaux ont toujours été liés à des événements majeurs comme les deux Guerres mondiales, la grande récession des années 1930 du siècle dernier, la fin de la Guerre Froide, les événements du 11 Septembre 2001 et la crise financière de 2008. Peut-on considérer le Covid-19 comme l’un de ces événements majeurs? Jusqu'à l'écriture de cet article, le nombre de victimes du Covid-19 frôle les 2 millions et il y a eu environ 100000 morts. Il s'agit de chiffres inférieurs à ceux des accidents de voiture, ou des personnes qui souffrent d'obé­sité et de malnutrition dans le monde. Certainement, le chiffre jusqu’à présent est infé­rieur à celui des guerres comme la guerre du Vietnam ou la guerre iraqo-iranienne. Il est vrai que la comparaison n’est pas tout à fait appro­priée, parce que le vrai défi est la rapide propaga­tion du virus dans les pays et les continents. Jusqu'à maintenant, l’épicentre de l’épidémie a été le monde développé avec des pays comme la Chine, l'Europe et les Etats-Unis. Dans d'autres pays comme la Corée du Nord, l'Iran et le Japon, les contaminations sont moyennes. Mais ce qui est constant jusqu'à maintenant c’est que dans notre recherche hâtive d'un monde nouveau, nous avons, semble-t-il, oublié la signification du Covid-19 et ses séquelles. On a parlé récemment de l'émergence de la Chine comme force mon­diale aux dépens des Etats- Unis. Le Brexit a été l’un des signes que l'Union européenne n'est plus la même. Il est évident que le monde changeait dans des directions différentes. On parlait alors d’un monde tripolaire et du monde de l'après-4e révolution scientifique. Il est possible que la crise du Covid-19 ait dévoilé des changements qui avaient déjà pris forme et qui ont culminé parallèlement au coronavirus. Il ne faut donc pas devancer des événements qui se jouent encore. Une course effrénée oppose aujourd’hui la mala­die et la découverte d’un vaccin ou d’un médica­ment. Le monde n’est pas resté les bras croisés en attendant le résultat des laboratoires, mais s’est empressé de mener des essais sur un nombre d’anciens médicaments qui ont effectivement mené à la guérison de centaines de cas. Il apparaît que la tranche d’âge la plus exposée est celle des septuagénaires. Hormis cette tranche, le nombre de personnes qui passent du positif au négatif et qui finissent par guérir est non négligeable. Aucun analyste ne peut prévoir aujourd’hui quand le Covid-19 entraînera la chute des chaînes d’approvisionnement mondiales. Plus difficile encore est de présager quel est le monde qui nous attend après la fin de la crise. Les observateurs font cependant remarquer que la Chine sortira de cette crise avec la stature d’un leader mondial plus affirmé qu’auparavant.

Les experts en politique étrangère remarquent que le pouvoir s’oriente plus vers la Chine. Ils espèrent un changement pacifique au sein de l’ordre prévalant plutôt qu’un conflit sino-améri­cain. Mais si l’ordre mondial que nous connais­sons est renversé, le virus n’en sera pas le seul responsable. Le Covid-19 a tout simplement accéléré une tendance mondiale qui avait com­mencé bien avant sa propagation. Il est donc trop tôt de prévoir un changement au niveau des rela­tions internationales dans le futur proche

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