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Trump succèdera-t-il à lui-même ?

Mardi, 30 juillet 2019

Quelles sont les chances du président Donald Trump d’être réélu à la tête des Etats-Unis en novembre 2020 ? Le locataire de la Maison Blanche a déjà lancé, le 18 juin, sa campagne électo­rale pour un second mandat dans l’Etat-clé de Floride. De leur côté, 23 candidats se sont lancés dans la course à l’investiture du Parti démo­crate, dont l’ancien vice-président Joe Biden.

Bien qu’il soit trop tôt de faire des prévisions, quelques éléments de réponse sur les chances de Trump, candidat du Parti républicain, peu­vent d’ores et déjà être apportés. Il est d’abord dans une meilleure posi­tion que lorsqu’il avait lancé en 2016 sa campagne pour conquérir la Maison Blanche. Il entame sa course pour 2020 avec des avantages consi­dérables nés de sa position de prési­dent, en tête desquels celui d’avoir déjà amassé une somme importante de contributions financières, de quelque 120 millions de dollars, pour les besoins de sa campagne électo­rale. Au même moment où les mul­tiples candidats démocrates luttent entre eux pour gagner les faveurs financières des lobbys et des suppor­ters. Selon le New York Times, Trump a déjà dépensé 5 millions de dollars uniquement pour la publicité sur Facebook. C’est plus que tout autre candidat à l’investiture démocrate, chacun s’affairant à recueillir des dons qui seront dépensés pour gagner la nomination de son parti.

Contrairement à 2016, quand Hillary Clinton était la favorite du Parti démocrate, aucun candidat démocrate ne semble favori pour le moment. Les 23 en lice ont lancé une bataille féroce pour obtenir la nomi­nation de leur parti. Pendant qu’ils se battent entre eux, le président bénéfi­cie de l’unanimité républicaine autour de lui et organisera dans les semaines et mois à venir des rassem­blements électoraux à travers le pays. En 2016, Trump n’avait pas le soutien total du Parti républicain. Aujourd’hui, c’est l’inverse, ce qui signifie des armées de volontaires sur le terrain qui récoltent des infor­mations sur les adversaires électo­raux du président et font sa propa­gande. L’équipe électorale de Trump, plus expérimentée que celle de 2016, se mettra probablement à encourager ses fidèles partisans à aller aux urnes, plutôt que d’essayer de gagner des électeurs sceptiques ou des démo­crates modérés. Car l’enjeu de la prochaine échéance électorale porte­ra essentiellement sur le taux de participation, dans un contexte mar­qué, selon les spécialistes améri­cains, par une fatigue politique, en raison des multiples tribulations de Trump à la Maison Blanche.

Un autre facteur de taille qui jouera en faveur de la réélection de Trump est la vigueur de l’économie améri­caine. Dans l’ensemble, les Américains sont satisfaits de l’éco­nomie, notamment à cause du faible taux de chômage. Cependant, ce satisfecit économique est inégal en raison des effets négatifs ressentis dans certaines industries manufactu­rières touchées par la guerre com­merciale avec la Chine, alimentée par l’imposition de tarifs douaniers.

Tout n’est pourtant pas rose pour le candidat Trump, à cause notamment de son impopularité, indépendante de son action à la présidence. Ses taux d’approbation populaire, qui évaluent le degré d’appui du public, ont oscillé entre 30 % et 40 % pen­dant la majeure partie de son mandat, alors que ses taux de désapprobation populaire dépassaient la cinquan­taine. Ce qui fait de lui l’un des pré­sidents les plus impopulaires de l’histoire des Etats-Unis. Cela dit, le taux d’approbation exprimée par la population n’est pas le seul indica­teur du succès ou de l’échec d’un président sortant, candidat à sa propre succession. Trump avait déjà perdu le vote populaire en 2016, mais remporté la présidentielle grâce au système complexe du collège électoral qui accorde à chaque Etat fédéral, selon son poids démogra­phique, un nombre déterminé de « Grands électeurs ». Ceux-ci sont entièrement acquis au candidat qui remporte la majorité des voix dans un Etat précis.

Dans l’histoire des Etats-Unis, il y a eu cinq présidentielles, en 1824, 1876, 1888, 2000 et 2016, dans les­quelles le collège électoral a élu un président qui n’a pas recueilli la majorité des suffrages populaires. Des sondages confidentiels d’inten­tions de vote effectués par l’équipe électorale de Trump, mais dont les résultats ont été divulgués par les médias, indiquent que le président fera face à une bataille difficile dans plusieurs Etats-clés. En 2016, Trump a remporté la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin par de petites marges : 77 000 voix au total. Si Trump perd ces trois Etats-clés, il plongera au-dessous des 270 votes du collège électoral nécessaires pour gagner. Des fuites de l’intérieur de l’équipe électorale présidentielle suggèrent que les stratèges républi­cains cherchent les moyens de trans­former en victoires les échecs de Trump en 2016 dans des Etats comme le Nouveau-Mexique, le New Hampshire, le Nevada et le Minnesota, afin de lui donner plus de marge de manoeuvre. Un facteur très important dans l’évaluation des chances de Trump de se faire réélire est le nom du candidat qui lui fera face dans le camp démocrate. Qui des 23 candidats en lice pour l’inves­titure démocrate sortira vainqueur ? Le parti démocrate choisira-t-il un candidat modéré, comme Joe Biden, qui fera appel aux électeurs du centre ? Ou élira-t-il un candidat socialiste plus marqué à gauche, comme Bernie Sanders, qui mobili­sera des activistes énergiques aux urnes ? Ce rival de Trump ne sera connu que dans environ un an.

Enfin, d’ici à la présidentielle en novembre 2020, bien des dévelop­pements auront lieu sur le plan interne aux Etats-Unis et dans l’en­vironnement international, dont la guerre commerciale avec la Chine et l’escalade avec l’Iran, qui affecte­ront positivement ou négativement les chances de Trump de se faire réélire.

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