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Iran : Les probabilités d’une guerre

Mardi, 30 juillet 2019

Le monde entier s’inquiète de la possibilité que l’escalade actuelle dans le Golfe mène à une guerre catastrophique, étant donné les expériences récentes de conflits armés dans la région: la guerre Iran-Iraq, l’invasion du Koweït en 1990 et l’invasion de l’Iraq en 2003. D’autant plus que cette escalade inclut d’une part la première superpuissance mondiale, et d’autre part une puissance régionale influente. Par ailleurs, la scène d’un éventuel conflit est l’une des zones les plus sensibles du monde, ne serait-ce que pour son importance pour l’expor­tation du pétrole et pour l’économie mondiale.

Les pays et les peuples de la région partagent cette inquiétude, puisqu’ils seraient évidem­ment les premiers à subir les conséquences de la guerre. Il suffit de rappeler les dommages causés par les guerres dans les trois cas susmen­tionnés. Guerre ou pas guerre est donc la ques­tion au coeur de l’actualité. Mais existe-t-il une réponse sûre à la probabilité d’un conflit ?

Les analystes politiques connaissent la diffi­culté de prédire l’avenir en raison de la com­plexité des phénomènes politiques et du fait qu’il dépend d’un comportement humain imprévisible. En plus, tout pronostic se base sur l’hypothèse d’une prise de décision rationnelle de la part des acteurs. Si vous êtes un excellent joueur d’échecs, en suivant un tournoi, vous pouvez prévoir le meilleur mouvement pour chaque joueur, mais vous ne pouvez certaine­ment pas prédire les mouvements d’un joueur médiocre. Il en est de même pour une personne insensée, et qui utilise sa folie pour obtenir des concessions de son adversaire. Elle peut agir sur un coup de tête indépendamment des consé­quences de son acte.

La politique internationale nous offre des exemples de décisions rationnelles, tels que celle de l’ancien président américain Barack Obama, qui s’était abstenu de frapper la Syrie en 2013 malgré les accusations d’utilisation d’armes chimiques contre le régime syrien. De même, l’actuel président américain Donald Trump s’est abstenu de riposter après l’attaque récente d’un drone américain. Mais il existe aussi des exemples de décisions mal raisonnées comme beaucoup de décisions prises par Nixon lors de la guerre du Vietnam ou comme la déci­sion de George W. Bush d’envahir l’Iraq, ou encore celle de Saddam Hussein d’occuper le Koweït.

Comment cette histoire chargée peut-elle peser sur la décision d’une nouvelle guerre dans la région? Tout le monde s’accorde à croire que les Etats-Unis font monter la pression pour amener l’Iran à négocier un nouvel accord qui lui interdit l’acquisition de l’arme nucléaire, qui met des restrictions sur son programme de mis­siles balistiques, et qui endigue ses ambitions hégémoniques dans la région. Trump est connu pour sa politique du bâton et de la carotte, il a l’habitude de commencer par les menaces avant de négocier avec ses adversaires. Il est resté fidèle à lui-même dans le cas de l’Iran: après ses menaces de le rayer de la carte, Trump a fait l’éloge de cette nation capable de progrès, même sous son régime actuel. Tout ce qu’il veut de ce pays, a-t-il dit, c’est qu’il renonce à l’arme nucléaire.

De son côté, l’Iran, qui n’est pas à l’origine de la crise actuelle, est tout aussi soucieux d’af­firmer qu’il ne cherche pas la guerre, mais qu’il y est bien préparé au cas où elle lui sera impo­sée. Dans ce contexte, les déclarations irrespon­sables qui se moquent des capacités militaires de l’Iran sont le premier pas sur le chemin de la guerre.

La position des deux pays est compréhen­sible, vu le coût élevé de la guerre. Surtout pour l’Iran, étant donné l’équilibre des forces qui penche bien entendu en faveur des Etats-Unis. Pour ces derniers, malgré leur avantage mili­taire, les dégâts peuvent s’avérer intolérables : la région regorge de cibles appartenant aux Etats-Unis et à leurs alliés.

Mais pour les Etats-Unis, d’autres considéra­tions entrent en jeu, notamment la mémoire des précédentes aventures en Afghanistan et en Iraq, des expériences que Donald Trump a pro­mis de ne pas rééditer. En décidant des frappes contre la Syrie, Trump savait bien que le régime syrien n’était pas en mesure de riposter, et que la Russie, qui le soutient, n’irait pas jusqu’à risquer une confrontation directe avec les Etats-Unis. Ajoutons à tout cela que l’élection prési­dentielle approche et que l’enlisement dans un conflit armé dans un pays étranger ne serait pas apprécié par l’opinion publique américaine.

Reste le problème de la difficulté, aussi bien pour les Etats-Unis que pour l’Iran, d’entamer des négociations. L’enjeu est de taille pour l’un et l’autre des deux pays: l’honneur des Etats-Unis est en jeu, alors que le régime iranien risque sa propre vie s’il cède aux injonctions américaines. C’est ce qui explique l’échec des tentatives de médiation pourtant nombreuses.

La crise peut donc perdurer, augmentant les risques d’actes irréfléchis susceptibles d’em­braser la situation, surtout avec la présence d’éléments radicaux dans les cercles de prise de décision de chaque pays, comme les Gardiens de la Révolution dans le cas de l’Iran et John Bolton dans le cas des Etats-Unis. En outre, les deux pays ont chacun des alliés qui pourraient avoir intérêt à pousser vers la guerre, les Houthis, par simple bêtise, ou Israël par volonté de détruire l’Iran.

En conclusion, bien que l’analyse rationnelle exclue la guerre, rien ne garantit que la rationa­lité prévaudra toujours

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